IMF - International Monetary Fund

05/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/21/2026 10:06

Un redémarrage de la croissance est nécessaire en Afrique

Au rythme de croissance actuel, il faudrait environ un demi-siècle pour que le revenu par habitant double en Afrique subsaharienne. Nous montrons dans un chapitre de la dernière édition des Perspectives économiques régionales pour l'Afrique subsaharienne que la mise en œuvre de réformes structurelles judicieusement conçues, en particulier dans les domaines de la gouvernance, de la réglementation des affaires et de l'ouverture des marchés, pourrait faire progresser la production d'environ 20 % en l'espace d'une décennie.

Il ne s'agit pas de réformer juste pour réformer. L'objectif est de faire évoluer le modèle de croissance, jusqu'ici principalement porté par l'État, vers un modèle davantage tiré par l'investissement privé, la productivité et l'emploi.

Pourquoi faut-il redémarrer la croissance ?

Malgré les bons résultats enregistrés dans un petit nombre de pays, dont le Bénin, la Côte d'Ivoire, l'Éthiopie, l'Ouganda et le Rwanda, la croissance économique dans la région est trop faible pour permettre une convergence significative de ses revenus. Au cours des trois dernières années, le PIB réel par habitant a augmenté d'environ 1,4 % par an, contre quelque 3,4 % dans l'ensemble des pays émergents et pays en développement.

Les épisodes de forte croissance observés par le passé, souvent alimentés par des hausses des cours de produits de base ou des investissements publics inefficients, se sont vite estompés. Ils n'ont pas suscité les investissements privés soutenus qui auraient permis de maintenir la croissance, la productivité du travail étant restée quasiment stable depuis 30 ans.

Le modèle de croissance porté par le secteur public a désormais fait son temps. Avec une dette lourde, des coûts d'emprunt élevés et une aide en baisse, l'État ne peut plus être le principal moteur de la croissance. La région a besoin de davantage d'investissements privés, soutenus par de vastes réformes favorables aux entreprises.

Quelles devraient être les priorités des responsables publics ?

L'Afrique subsaharienne accuse le plus grand retard par rapport aux autres régions en développement dans trois domaines : la gouvernance, la réglementation des affaires et l'ouverture des marchés. Ces écarts sont les plus marqués dans les États fragiles ou touchés par un conflit et dans les pays exportateurs de pétrole. Cependant, ils ne doivent pas être considérés comme irréversibles. Le Rwanda et le Bénin, par exemple, ont allégé les formalités administratives et utilisent des outils numériques pour faciliter la conduite des affaires.

La réforme des entreprises publiques, surtout dans les secteurs de l'énergie et des transports, est une autre priorité. Lorsque les tarifs restent inférieurs au seuil du recouvrement des coûts, la liquidité diminue, les travaux d'entretien sont reportés et les investissements, bloqués. Il en résulte un frein bien connu à la croissance : des services peu fiables et coûteux pour les entreprises et les ménages. Les meilleures initiatives de réforme s'appuient sur quatre éléments : recenser les parties prenantes, aligner les prix sur les coûts, définir clairement les objectifs sociaux et expliquer comment les économies réalisées seront utilisées.

Les gains

Les gains tirés des réformes peuvent être substantiels. D'après les analyses des services du FMI, si ne serait-ce que la moitié de l'écart avec les pays préémergents était comblée dans des domaines fondamentaux, la production pourrait augmenter d'environ 20 % sur un horizon de cinq à dix ans, à condition de préserver la stabilité macroéconomique. Ces gains pourraient être générés à la faveur d'un surcroît d'investissement, d'une accélération de la hausse de la productivité et d'un relèvement du taux d'activité.

Les réformes en matière de gouvernance revêtent une importance particulière, car leurs effets sont durables. Des conditions de concurrence plus équitables, un meilleur respect des obligations fiscales et un renforcement des capacités de l'État peuvent à la fois dynamiser l'investissement et instaurer la confiance.

C'est ce que l'on a observé dans plusieurs pays. Après la vague de réformes engagées après 2010-11, la Côte d'Ivoire a rétabli sa crédibilité et attiré des capitaux ; les investissements directs étrangers ont été multipliés par plus de dix, pour atteindre 3,3 milliards de dollars en 2024. Au Botswana, la gestion transparente des recettes tirées des diamants, soutenue par l'état de droit et la stabilité politique, a contribué à maintenir une forte croissance pendant plusieurs décennies. Les mesures de libéralisation adoptées plus tôt en Éthiopie, au Ghana, en Tanzanie et en Zambie ont également généré des gains de croissance considérables.

Comment faire en sorte que les réformes s'inscrivent dans la durée ?

La sélection et la conception des réformes ne constituent que l'étape initiale. Leur mise en œuvre est généralement plus difficile. En effet, les gains se font souvent attendre, parfois au-delà d'un cycle électoral, tandis que les groupes d'intérêts s'opposent au changement. La faisabilité politique est tout aussi importante que la conception technique.

Cinq principes permettent d'assurer la durabilité des réformes :

  • Commencer par les bases. La stabilité macroéconomique et la prévisibilité des institutions sont prioritaires. Des avancées rapides et tangibles, comme l'enregistrement en ligne des entreprises, peuvent créer une dynamique.
  • Mobiliser rapidement le soutien aux réformes. Pour être durable, une réforme nécessite de véritables consultations, un soutien de tous les partis et une communication claire sur ses avantages, les arbitrages à faire et le calendrier. Il importe de s'appuyer sur les ouvertures politiques, mais les crises peuvent aussi les créer, comme on l'a vu en Éthiopie, au Ghana et en Zambie. En Afrique du Sud, l'opération Vulindlela apporte la preuve qu'un dialogue structuré peut maintenir la dynamique.
  • Regrouper les réformes. Les mesures se renforcent souvent mutuellement. Associer la réforme des entreprises publiques à une réglementation favorable à la concurrence, par exemple, peut permettre d'attirer des investissements privés au lieu de renforcer les monopoles. Au niveau régional, l'harmonisation des règles dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine peut élargir l'accès aux marchés.
  • Protéger les plus vulnérables. Des transferts monétaires ciblés et temporaires, effectués par voie numérique et sur la base des registres existants, peuvent atténuer les coûts à court terme.Renforcer la capacité de mise en œuvre des pouvoirs publics. Il est essentiel de mettre en place de meilleurs systèmes d'apprentissage, de mémoire institutionnelle et de suivi. Les partenaires extérieurs peuvent y contribuer en soutenant un renforcement durable des capacités.

Prochaines étapes

Il n'existe pas de démarche qui s'applique à tous les cas de figure. Les pays dotés d'institutions plus solides peuvent conduire plus rapidement des programmes de réforme de plus grande ampleur. D'autres, en particulier les États fragiles, devront peut-être s'attacher en priorité à des réformes fondamentales de la gouvernance et à quelques avancées rapides permettant d'instaurer la confiance. Les pays riches en ressources naturelles doivent avant tout assurer la transparence et une gestion rigoureuse des recettes, afin que leurs richesses naturelles se traduisent par un développement généralisé.

Pour les responsables publics, le choix est de plus en plus évident : soit ils mettent dès maintenant en œuvre des réformes judicieusement échelonnées et inclusives, soit ils risquent une nouvelle décennie sans convergence. Avec un endettement élevé, une aide en baisse et un renforcement des vents contraires à l'échelle mondiale, le moment propice pour agir est en train de se refermer. Menée correctement, la vague de réformes actuelle peut traduire la stabilisation en une croissance durable, en emplois de qualité et en une amélioration du niveau de vie pour la jeune population de la région, qui connaît une expansion rapide.

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Grace Li et Nikola Spatafora sont économistes principaux ; Constant Lonkeng est chef de division adjoint au sein du département Afrique du FMI.

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