03/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/19/2026 16:32
La soixante-dixième session de la Commission de la condition de la femme (#CSW70) s'est achevée aujourd'hui dans un climat de fortes tensions, marqué par des divisions entre États Membres et une remise en cause inédite du consensus traditionnel, fragilisé par un projet de résolution des États-Unis dont l'examen a, finalement, été rejeté.
Malgré ces fractures, les responsables onusiens ont salué des travaux « revitalisés » et réaffirmé la nécessité de traduire les engagements pris en avancées concrètes pour toutes les femmes et toutes les filles afin de « garantir et renforcer leur accès à la justice », thème de l'actuelle session.
Dans son discours de clôture, la Présidente de la soixante-dixième session s'est félicitée de l'adoption du document sur les conclusions concertées, dont elle a souhaité qu'il « bénéficie aux femmes pour lesquelles nous l'avons écrit », à savoir « ces femmes qui attendent que les tribunaux les entendent enfin, ces jeunes filles dont les droits sont reconnus sur le papier mais pas encore dans la vie ».
« Cette adoption a montré ce dont nous sommes capables », s'est félicitée Mme Maritza Chan Valverde.
« Vous avez été à la hauteur. Grâce à vous, les travaux de la Commission ont été revitalisés », a lancé de son côté la Directrice générale d'ONU-Femmes. Mme Sima Sami Bahous n'a pas fait mystère des vents contraires en ce qui concerne l'égalité de genres, mais a assuré que « notre engagement en faveur de l'égalité est inébranlable ».
Au préalable, les explications de vote sur les conclusions concertées de cette session (E/CN.6/2026/L.2), adoptées le 9 mars par 37 voix pour, une contre (États-Unis) et 6 abstentions (Arabie saoudite, Côte d'Ivoire, Égypte, Mali, Mauritanie et République démocratique du Congo), ont mis en évidence un climat de fortes tensions, de nombreuses délégations ayant dénoncé une remise en cause du consensus traditionnel qui caractérise les travaux de la Commission.
De nombreux États Membres, dont le Canada, le Royaume-Uni, la Suède, la Colombie ou encore le Liechtenstein, ainsi que l'Union européenne, ont déploré un résultat en deçà des attentes et appelé à renforcer la lutte contre les discriminations et à progresser vers une justice effective pour les femmes.
Dans le même sillage, les États-Unis, à l'origine du vote, ont regretté que leurs lignes rouges, notamment sur le genre, n'aient pas été prises en compte. Ils ont dénoncé une instrumentalisation des enceintes internationales contraire à la souveraineté des États et réaffirmé leur position fondée sur la « réalité biologique » ainsi que la protection des femmes, des familles et des enfants.
Abondant dans le même sens, le Nigéria, le Pakistan, la Malaisie, la Tanzanie, le Sénégal, le Mali, la Namibie, l'Indonésie, la Mauritanie, la Libye ou encore la Fédération de Russie ont exprimé de fortes réserves face à l'introduction de concepts jugés non consensuels, en particulier sur la santé et les droits sexuels et reproductifs, les « formes multiples et croisées de discrimination » ou encore la notion de genre.
D'autres pays, tels que l'Argentine ou l'Uruguay, ont mis en garde contre les risques de fragmentation du multilatéralisme, tout en appelant à éviter les approches clivantes. Cuba a pour sa part dénoncé le vote des États-Unis comme une « aberration historique », accusant Washington de tenter de faire reculer les avancées en matière d'égalité de genre.
Dans ce contexte, plusieurs délégations, notamment issues des petits États insulaires comme les Tuvalu, les Tonga et les Îles Salomon, ont plaidé pour une meilleure prise en compte des réalités spécifiques, notamment en matière d'accès à la justice et d'impact des changements climatiques. D'autres, comme le Guatemala ou la Chine, ont réaffirmé leur engagement en faveur de l'autonomisation des femmes, tout en soulignant le rôle central des cadres nationaux.
Le Saint-Siège a, pour sa part, regretté un texte entaché par des termes non consensuels et appelé à un processus plus inclusif, fondé sur un véritable équilibre.
La Commission a ensuite adopté, par 43 voix pour et une contre (États-Unis), une résolution sur « les femmes et les filles face au VIH et au sida » (E/CN.6/2026/L.3).
Présenté par l'Afrique du Sud au nom de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ce texte demande aux gouvernements, aux partenaires internationaux et à la société civile d'accorder toute leur attention aux niveaux élevés de nouvelles infections par le VIH chez les jeunes femmes et les adolescentes et aux causes profondes de ce phénomène.
Salué par plusieurs délégations africaines comme une mise à jour stratégique alignée sur les cadres régionaux, ce texte a été défendu comme un outil concret pour renforcer la réponse à l'épidémie.
Les États-Unis, de nouveau à l'origine de la demande de vote, ont exprimé leurs réserves au sujet de différents éléments de langage relatif aux droits sexuels et reproductifs.
Plusieurs délégations, dont le Nigéria, le Mali, l'Arabie saoudite, le Burundi ou encore l'Argentine, ont également pris leurs distances avec certaines formulations, notamment liées au genre, insistant sur une interprétation conforme à leurs cadres juridiques, valeurs culturelles et priorités nationales.
D'autres pays, tels que la Namibie ou l'Égypte, ont souligné la gravité de l'impact du VIH sur les femmes et les filles, tout en appelant à une réponse respectueuse des contextes nationaux.
Lors de cette session, riche en rebondissement, un court projet de texte présenté par les États-Unis sur la « protection des femmes et des filles au moyen d'une terminologie appropriée » (E/CN.6/2026/L.4) a fait l'objet d'une motion de non-décision présentée par la Belgique, au nom de l'Union européenne.
La Belgique a en effet pointé la présentation d'un texte sans consultations, ni préavis. « C'est une action unilatérale », a-t-elle dénoncé, appuyée par le Brésil, selon qui le projet américain cherche à modifier l'annexe IV du rapport de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, « soigneusement négocié il y a 30 ans ».
La Commission a adopté cette motion, par 23 voix pour et 17 abstentions. Les États-Unis, le Chili et le Pakistan ont voté contre.
Le projet réaffirmait que le terme « gender », tel qu'il est employé dans la Déclaration et le Programme d'action de Beijing, « doit être entendu et interprété dans son sens ordinaire, c'est-à-dire comme désignant les femmes et les hommes, et qu'il n'y a aucune raison de supposer qu'il ait un sens ou une connotation s'écartant de cet usage ».
La Commission a ensuite adopté par acclamation le rapport de la soixante-dixième session (E/CN.6/2026/L.1) que lui a présenté sa Rapporteuse, Mme Samah Dbouk (Liban), ainsi que l'ordre du jour provisoire de sa soixante et onzième session (E/CN.6/2026/L.5).
Cette prochaine session sera présidée par M. Wellington Darío Bencosme Castaños (République dominicaine), élu par acclamation, de même que Mme Ligia Jovelina Mavale (Mozambique) et M. Bayarsaikhan Altankhuyag (Mongolie), qui assureront la vice-présidence.
Son thème prioritaire est: « Accélérer la réalisation de l'égalité des genres et l'avancement de toutes les femmes et de toutes les filles dans le contexte du Programme de développement durable à l'horizon 2030 ».
*En raison de la crise de liquidités qui affecte l'Organisation des Nations Unies, la Section des communiqués de presse n'a pas pu couvrir les 14e et 15e séances plénières, la 16e séance plénière s'est déroulée en consultations privées.
Retrouvez les délibérations sur: EN DIRECT: 70e session de la Commission de la condition de la femme