03/05/2026 | News release | Distributed by Public on 03/06/2026 10:59
5 mars, 2026En novembre 2025, alors que les délégués et déléguées se réunissaient à Sydney pour le quatrième congrès d'IndustriALL, le syndicalisme féministe occupait le devant de la scène. La Vice-présidente Rose Omamo y donnait le ton politique de ce qui allait devenir un moment décisif pour l'organisation.
« Cette résolution nous invite à embrasser le féminisme comme un projet politique transformateur. Il ressort comme outil pour s'attaquer aux causes profondes de l'oppression. »
Son intervention ne relevait pas d'une démarche procédurale, elle avait pour objectif d'indiquer un cap. En tant que défenseure de longue date du syndicalisme féministe au sein d'IndustriALL, ses paroles reflétaient des années de travail de syndicalisation mené par le Comité des femmes qui a façonné la résolution et contribué à ce moment crucial. Le féminisme, a-t-elle précisé, n'est pas une thématique de second plan. Il se pose en cadre politique pour le développement du pouvoir d'agir.
Le vote n'a fait l'objet ni d'aucun rejet, ni d'aucune abstention.
Loin d'un simple moment symbolique, l'adoption de ce texte marque un tournant stratégique, une décision politique délibérée des affiliés d'IndustriALL de placer le syndicalisme féministe au centre du programme de l'organisation.
Ce qui s'est déroulé à Sydney a été annonciateur d'un changement structurel. Le féminisme ne siégeait plus en marge du débat syndical. Il était reconnu comme un élément central des stratégies de syndicalisation, des priorités de négociation et de l'orientation au plan international.
La résolution féministe stipule que le syndicalisme féministe doit être intégré dans tous les domaines d'activité d'IndustriALL, de la transition juste à la politique commerciale, de la syndicalisation aux accords-cadres mondiaux, de la santé et la sécurité au travail à la responsabilité des entreprises.
Il ne s'agit pas d'un quelconque accessoire mais d'un témoin de la façon dont l'organisation évolue.
Si Rose Omamo a défini l'orientation politique, la première intervention de l'assemblée a prouvé que le syndicalisme féministe constitue un engagement collectif, y compris de la part des dirigeants masculins.
Etienne Vlok, du SACTWU en Afrique du Sud, a commencé par citer les femmes dirigeantes de son syndicat : Présidentes, Secrétaires générales et Représentantes internationales. Pas de geste rhétorique en l'occurrence mais la reconnaissance de changements concrets dans le rapport de force.
« Je viens d'un syndicat dont la Présidence est assumée par une femme. Je viens d'un syndicat dont la Secrétariat général est occupée par une femme… Cela me rend fier. »
Il a exprimé cette fierté avec détermination, validant les progrès accomplis tout en refusant de céder à la complaisance.
« Aujourd'hui 40 % des délégués présents à ce congrès sont des femmes. Mais 40 %, ce n'est pas la parité. C'est une pierre angulaire sur laquelle construire. »
En tant que premier intervenant dans le débat et en tant que syndicaliste masculin, il s'est exprimé sans détour : la thématique de la transformation féministe ne concerne pas uniquement les femmes. Elle concerne aussi les syndicats. L'objectif poursuivi ne se résume pas à une parité de représentation. Il vise l'égalité structurelle.
La résolution reflète cette approche. Elle exige que la pensée féministe inspire les stratégies de syndicalisation, les négociations collectives et la gouvernance syndicale.
Le leadership des femmes doit non seulement être rendu visible mais doit aussi faire l'objet d'une habilitation avérée, être outillé et intégré dans les processus décisionnels.
Plusieurs affiliés ont évoqué en toute franchise la dynamique interne des syndicats.
Leontine Mbolanomena, de la FESATI Madagascar, s'est montrée directe :
« Nous pouvons définir des quotas. Nous pouvons attribuer des titres aux femmes. Mais nous ne faisons pas confiance aux quotas dans la mesure où ils n'impliquent pas de réelles responsabilités ni de prise de décisions. »
Ses propos ont fait mouche, car ils ont soulevé une vérité dérangeante. L'inclusion formelle ne se traduit pas automatiquement par l'exercice du pouvoir. Le syndicalisme féministe requiert un changement structurel dans les processus décisionnels, la prise de responsabilité et la culture du leadership.
Maria Travasson Ramos, de la CNM CUT Brésil, a affiné les enjeux politiques :
« Le féminisme doit s'ancrer dans notre travail quotidien. Pas des mots vides de sens, mais une véritable politique en faveur de la justice. Il ne peut y avoir de syndicats forts sans un féminisme fort. »
Cette logique s'inscrit dans l'ADN de la résolution Les principes féministes doivent façonner les structures, les politiques et les campagnes syndicales. Avec pour ligne de mire la transformation et non la visibilité.
Le débat s'est appuyé sur les expériences vécues dans des secteurs où les travailleuses sont confrontées à une discrimination et à une violence systémiques.
Rukmini VP, de l'INTWF en Inde, a expliqué :
« J'ai été témoin de harcèlement et de discrimination quotidiens à l'égard des salariées sur leur lieu de travail. »
EndangWahyuningsih, de la FSP KEP Indonésie, a établi un lien direct entre le syndicalisme féministe et la santé et la sécurité sur le lieu de travail :
« Les travailleuses ne doivent pas seulement faire partie du Comité des femmes. Elles doivent être représentées dans tous les comités, en particulier ceux chargés de la santé et de la sécurité au travail, où elles ont besoin de protection, notamment en matière de santé reproductive et de harcèlement sexuel. »
La résolution étoffe les normes de santé et de sécurité au travail pour inclure explicitement la santé et les droits sexuels et reproductifs. Elle sollicite une formation sur l'égalité des genres dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement. Elle renforce les engagements visant à institutionnaliser la prévention de la violence et du harcèlement sexistes dans les conventions collectives et les cadres de travail.
Sujana Purba, de FSP2KI Indonésie, l'a exprimé haut et fort:
« Le harcèlement sexuel et la discrimination ne doivent pas être tolérés. »
Ces revendications s'alignent sur l'appel de la résolution en faveur de pratiques salariales transparentes et de mécanismes structurels visant à éliminer les disparités de rémunération et de promotion fondées sur le genre.
L'un des aspects les plus novateurs de la résolution réside dans son adhésion à l'économie politique féministe.
Le texte établit un lien entre la justice de genre et les régimes commerciaux au plan international, la restructuration néolibérale et la crise climatique. Il réclame une stratégie coordonnée d'économie politique féministe au sein d'IndustriALL afin de définir des politiques commerciales et des réponses solidaires.
Darius Guerrero, de PTGWO aux Philippines, a mis ce lien en lumière:
« Nous faisons pression pour obtenir un impôt sur la fortune et la justice climatique, afin que ces deux aspects soient placés au cœur de la transition juste pour laquelle nous nous battons. »
La résolution exige une transition juste en matière de genre qui intègre les charges familiales et l'autonomie économique des femmes. Elle range ces prestations au titre d'activité fondamentale qui doit être formalisée, protégée et intégrée dans les négociations collectives et la politique économique. Le rôle du syndicalisme féministe évolue ainsi de simple agent de représentation à acteur d'une restructuration économique.
Le texte évoque également la montée de l'autoritarisme de droite et les réactions antiféministes. Il engage les syndicats à défendre l'espace civique et à protéger les femmes syndicalistes confrontées à la répression.
Lamia Safa, du SNP-CDT au Maroc, a résumé les enjeux plus vastes :
« Libérer les femmes, c'est libérer notre société. »
Dans le contexte international actuel, cette position n'a rien de neutre mais elle se veut au contraire stratégique.
Après le congrès, la Secrétaire générale adjointe Christina Olivier a décrit la résolution comme une étape décisive pour l'orientation politique de l'organisation.
« Cette résolution montre de façon incontestable qu'IndustriALL ne fait pas du féminisme une thématique secondaire. Il est au cœur de notre manière de syndiquer, de négocier et de lutter. Dans le climat actuel d'inégalité et d'hostilité perceptible partout dans le monde, adopter cette position n'est pas une option mais une nécessité.»
Elle souligne que le vote unanime a envoyé un signal fort tant en interne et qu'en externe :
« Nos affiliés se sont exprimés d'une seule voix. Le syndicalisme féministe représente la direction prise par notre mouvement. »
Pour les dirigeants, l'importance de la résolution ne réside pas seulement dans son adoption, mais aussi dans ce qu'elle exige pour aller de l'avant, à savoir des changements concrets dans les stratégies de syndicalisation, les priorités de négociation et la culture institutionnelle.
La résolution défend une vision collective du syndicalisme féministe qui se focalise sur le leadership, les expériences et les droits des travailleuses dans toute leur diversité.
À Sydney, les affiliés ont fait plus qu'adopter un texte. Ils ont revendiqué le féminisme comme cadre central de syndicalisation pour lutter contre le pouvoir des entreprises, l'injustice climatique et les inégalités économiques.
Au départ d'un engagement, le syndicalisme féministe est devenu une stratégie au cœur même du programme d'IndustriALL. Ce faisant, l'organisation s'est positionnée comme une fédération syndicale internationale tournée vers l'avenir, prête à relever les défis politiques actuels avec lucidité et conviction.