03/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/03/2026 05:53
La liberté de la presse en Europe n'a cessé d'être mise à rude épreuve en 2025, du fait de menaces de nature juridique, d'agressions physiques et d'intimidations, de tentatives d'appropriation des médias et de la répression transnationale, selon le rapport annuel des organisations partenaires de la Plateforme du Conseil de l'Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.
Cette situation a été atténuée par les initiatives prises dans plusieurs États et au niveau européen pour améliorer la liberté de la presse et la sécurité des journalistes, notamment par l'adoption de plans d'action visant à protéger les journalistes et de lois, dans certains pays, portant sur des questions telles que les poursuites judiciaires abusives, la désinformation et la protection des sources.
Les journalistes menacés dans un contexte de guerre ou de manifestations
Il est noté dans le rapport, intitulé « 2025 : Un point de bascule pour la liberté de la presse », que la guerre de la Russie contre l'Ukraine a été, cette année encore, la plus grande source de danger pour les journalistes : quatre professionnel·les des médias ont été tués, d'autres ont été blessés et beaucoup sont toujours détenus dans les territoires occupés ou ont disparu.
Dans toute l'Europe, les journalistes ont souvent été la cible d'agressions physiques lors de manifestations, de la part des forces de police, d'acteurs politiques et de manifestant·es. Ce type d'agressions a été signalé dans un quart des États couverts par le rapport, les niveaux de violence les plus élevés étant enregistrés en Géorgie, en Serbie et en Türkiye.
Les problèmes juridiques, une entrave au journalisme
Dans plusieurs pays, les médias de service public subissent les effets d'ingérences politiques, de lois restrictives et de financements insuffisants. Les poursuites abusives, que l'on qualifie également de poursuites stratégiques contre la participation publique (poursuites-bâillons), ont encore largement servi à réduire les médias au silence. À cet égard, les partenaires de la plateforme se félicitent des initiatives prises dans un certain nombre de pays pour mettre en œuvre la directive de l'UE et la recommandation du Conseil de l'Europe contre ce type de poursuites.
Le rapport exprime également des inquiétudes quant aux informations communiquées concernant la surveillance numérique de journalistes au moyen de logiciels espions, la répression transnationale des journalistes, les lois relatives aux « agents étrangers » adoptées ou prévues dans plusieurs pays et les conditions de travail précaires des travailleurs des médias dans de nombreux autres.
Dans quels pays ont eu lieu les menaces graves pesant sur la liberté des médias ?
En 2025, les partenaires de la plateforme ont publié 344 alertes relatives à des menaces graves pesant sur la liberté des médias, ce qui représente une augmentation significative (+29 %) par rapport à l'année 2024, au cours de laquelle 266 alertes avaient été enregistrées. Les pays qui ont fait l'objet du plus grand nombre d'alertes sont la Russie (50), la Türkiye (49), la Géorgie (35), la Serbie (35) et l'Ukraine (27) - les alertes étant principalement liées aux territoires occupés par la Russie ou attribuées aux forces russes.
La catégorie la plus fréquente d'alertes (90) concerne les atteintes à la sécurité et à l'intégrité physique des journalistes, dont les meurtres de quatre professionnel·les des médias commis par des drones russes, à savoir les journalistes ukrainiens Olena Hramova, Yevhen Karmazin et Tetyana Kulyk et le photojournaliste français Antoni Lallican, ainsi que le décès du journaliste indépendant turc Hakan Tosun après une agression brutale. Au 31 décembre 2025, 51 cas d'assassinats de journalistes signalés sur la plateforme n'avaient toujours pas été résolus.
Le rapport met en garde contre le recours systématique à la privation de liberté comme outil de contrôle des médias. Au 31 décembre 2025, 148 journalistes étaient détenus en Europe, dont 36 en Azerbaïdjan, 32 en Russie, 27 au Bélarus, 26 détenus par la Russie dans les territoires occupés de l'Ukraine, 24 en Türkiye, deux en Arménie et un en Géorgie.
Les partenaires de la plateforme demandent instamment au Conseil de l'Europe, à la Commission européenne et aux 46 États membres du Conseil de l'Europe de faire respecter les normes de liberté de la presse. Ils recommandent, en priorité, de renforcer la sécurité des journalistes, de mettre pleinement en œuvre les normes de lutte contre les poursuites-bâillons, de préserver l'indépendance des médias de service public et d'accroître la protection des femmes journalistes, entre autres mesures.
Les partenaires soulignent que le Nouveau Pacte Démocratique pour l'Europe du Conseil de l'Europe devrait placer la liberté des médias, le pluralisme des médias et la sécurité des journalistes au cœur de la résilience démocratique et inclure des garanties contre la désinformation et l'appropriation des médias, ainsi qu'une feuille de route pour intégrer les objectifs de sécurité des journalistes dans les activités pertinentes du Conseil de l'Europe.
Les partenaires déplorent qu'en 2025, moins d'un tiers des alertes aient reçu une réponse de la part des États ; face à ce constat, ils invitent les États à coopérer davantage avec la Plateforme.
Le rapport annuel de la Plateforme couvre les 46 États membres du Conseil de l'Europe, ainsi que la Russie, après son exclusion du Conseil de l'Europe en 2022, et le Bélarus.
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La Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a été établie par le Conseil de l'Europe en 2015, en coopération avec des ONG internationales de premier plan qui œuvrent dans le domaine de la liberté d'expression et des associations de journalistes, en vue de fournir des informations susceptibles de contribuer au dialogue avec les États membres sur les mesures de protection ou les actions correctives possibles.
Les 15 organisations partenaires sont la Fédération européenne des journalistes, la Fédération internationale des journalistes, l'Association des journalistes européens, Article 19, Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, Index on Censorship, l'Institut international de la presse, l'International News Safety Institute, le Rory Peck Trust, l'Union européenne de radiotélévision, PEN International, le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias, Free Press Unlimited et la Fondation Justice for Journalists.
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