08/24/2026 | Press release | Archived content
Kyoto (Japon)/Rome - «L'agriculture doit s'éloigner d'un modèle axé en premier lieu sur la production de quantités suffisantes de nourriture pour faire une plus large place à la production d'aliments variés et nutritifs nécessaires à une alimentation saine», a déclaré ce lundi le Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), M. Qu Dongyu, qui a souligné à cet égard la contribution de l'horticulture à l'amélioration de la nutrition et à la mise en place de moyens de subsistance résilients et de systèmes agroalimentaires plus durables.
«Le succès ne peut plus être mesuré uniquement en fonction de la quantité d'aliments produits. Il doit également être mesuré à l'aune des critères suivants: l'agriculture fournit-elle les aliments dont les sociétés ont besoin pour être en bonne santé, et ces aliments sont-ils disponibles, accessibles et abordables pour tous?», a déclaré le Directeur général au Congrès international de l'horticulture 2026 à Kyoto, appelant l'attention sur la contribution des fruits, des légumes et d'autres cultures horticoles à une alimentation saine, à la biodiversité, à la résilience face au changement climatique et aux moyens de subsistance.
Entre 2010 et 2024, la production de fruits et de légumes a cru à un rythme plus soutenu que celle des céréales, et l'horticulture pèse aujourd'hui pour un quart de la valeur de la production agricole mondiale, soit environ 1 400 milliards d'USD. Les exportations ont augmenté à hauteur d'environ 2,6 pour cent par an au cours de cette période, pour atteindre 175 millions de tonnes et une valeur de 240 milliards d'USD en 2024.
«Toutefois, malgré ce bilan économique positif, l'alimentation des populations n'en est pas devenue plus saine pour autant», a fait savoir le Directeur général au public, constitué de scientifiques, de décideurs, de représentants d'entreprises et de producteurs.
Productivité, disponibilité, abordabilité
Le Directeur général a cité la productivité, la disponibilité et l'abordabilité comme étant les trois défis interdépendants qui se posent si l'on veut exploiter pleinement le potentiel que recèle l'horticulture pour l'amélioration de la nutrition.
Les rendements ont progressé à un rythme inférieur à 1 pour cent par an, loin derrière ceux des céréales, dans un contexte de sous-investissement dans la recherche, la génétique et les infrastructures qui sous-tend la question de la productivité.
S'agissant de la disponibilité, l'analyse la plus récente de la FAO montre qu'en 2023, seule la moitié des pays environ produisait suffisamment de fruits et de légumes pour atteindre la cible fixée par la FAO et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à savoir 400 grammes par personne et par jour. La consommation moyenne est considérablement inférieure à cette cible: on estime qu'elle se situe à 80 grammes de fruits et 190 grammes de légumes par personne et par jour à l'échelle mondiale.
Pour ce qui est de l'abordabilité, les prix à la production ont augmenté entre 2016 et 2025 dans 89 pour cent des pays pour les fruits et dans 93 pour cent des pays pour les légumes, avec une augmentation annuelle médiane d'environ 4,2 pour cent et 4,7 pour cent, respectivement.
Les tendances actuelles annoncent d'importants déficits à l'avenir. On estime qu'en 2050, moins d'un tiers des pays d'Afrique subsaharienne auront une offre de fruits et de légumes suffisante pour atteindre les niveaux recommandés par la FAO et l'OMS.
Les ressources en terres et en eau étant de plus en plus limitées et le changement climatique exerçant une pression de plus en plus intense en raison de la hausse des températures, de la raréfaction de l'eau, des phénomènes météorologiques extrêmes, des ravageurs et des maladies, le Directeur général a appelé à investir dans les semences et le matériel végétal améliorés, la santé des sols, l'efficacité de l'irrigation, la mécanisation et les technologies numériques, les services de vulgarisation, les systèmes après récolte et des liens plus étroits entre producteurs et marchés.
Le Directeur général a souligné qu'il importait d'améliorer l'efficacité de la production.
«La croissance future doit davantage provenir d'une production plus économe en ressources», a-t-il déclaré.
L'innovation doit parvenir aux agriculteurs
Le progrès ne passe pas uniquement par le développement, mais également par une transformation centrée sur les agriculteurs, selon le Directeur général.
«Nulle innovation, nulle politique et nul investissement ne peut porter de fruits sans leurs connaissances, leur confiance et leur participation. L'utilité du travail des scientifiques et des chercheurs doit être reconnue par les agriculteurs.»
«L'intelligence artificielle, l'édition génomique et les outils numériques accélèrent la sélection et réduisent les pertes après récolte», a ajouté le Directeur général, citant le travail du Centre mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l'alimentation et l'agriculture sur la sélection par mutation, qui a contribué à la mise en circulation officielle de plus de 3 450 variétés appartenant à plus de 70 espèces végétales, y compris de nombreux fruits et légumes.
Le Directeur général a appelé de ses vœux une innovation qui soit accessible, abordable et adoptable, en particulier pour les petits producteurs, qui fournissent une large part de la production horticole mondiale.
Les exploitations de 20 hectares ou moins sont responsables de plus de la moitié de la production mondiale de fruits et de légumes, et de plus de 80 pour cent de cette production en Asie et en Afrique subsaharienne.
M. Qu a également exhorté les gouvernements à soutenir le secteur par une action axée sur la recherche, les systèmes semenciers, les infrastructures, les politiques commerciales et les marchés qui favorise l'amélioration de la qualité et de la nutrition.
Allier tradition et innovation
«Il faudra également à l'avenir exploiter les connaissances traditionnelles transmises depuis des générations», a ajouté le Directeur général, qui a mis en avant les efforts de la FAO dans ce domaine. Près de la moitié des 104 systèmes distingués par la FAO en tant que Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial reposent sur l'horticulture, des vergers de jujube du comté de Jia, en Chine, aux palmeraies et aux oliveraies de l'oasis de Siwa, en Égypte, en passant par l'agriculture en terrasse pratiquée dans les Andes péruviennes.
Le Directeur général a également appelé l'attention, durant la séance de questions-réponses avec le public, sur l'application de technologies de pointe pour tirer le meilleur parti des cultures et des méthodes de production traditionnelles. Il a souligné en outre la nécessité d'orienter les consommateurs vers une modification de leurs habitudes alimentaires afin de s'adapter à l'évolution des conditions et de réduire les pertes alimentaires.
La FAO soutient ces efforts au moyen de l'approche axée sur l'agriculture intelligente et d'initiatives telles que les initiatives «Un pays, un produit prioritaire», Main dans la main et Villes vertes.
Le rapport de la FAO intitulé Exploiter pleinement le potentiel des fruits et des légumes à l'échelle mondiale, prévu pour 2027, examinera les tendances en matière de production, d'échanges commerciaux et de consommation et abordera des thèmes centraux pour le secteur des fruits et des légumes: moyens de subsistance, santé, productivité, santé des végétaux, approvisionnement en semences et marchés.
Les premières conclusions, présentées lors d'une manifestation en marge du Congrès, montrent qu'il est urgent d'agir.