07/14/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/14/2026 13:39
Alors que la sous-région connaît une recrudescence d'attaques terroristes, notamment au Mali, au Niger et au Nigéria, le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Leonardo Santos Simão, qui est à la tête du Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (UNOWAS), a alerté ce matin le Conseil de sécurité sur la nécessité d'investir dans les fondements sociaux, économiques et environnementaux de la paix pour s'attaquer efficacement aux causes profondes de l'instabilité (pauvreté, mauvaise gouvernance, situation humanitaire ou encore les changements climatiques), car, a-t-il prévenu, « les réponses purement sécuritaires ne suffiront pas ».
Tout en présentant le rapport du Secrétaire général sur les activités menées par le Bureau depuis décembre dernier, il a parcouru les réalisations de la région pour s'attaquer à ces causes profondes et s'est réjoui, avec plusieurs délégations, d'exemples positifs d'actions nationales et d'initiatives sous-régionales.
En Afrique de l'Ouest et au Sahel, a-t-il résumé, trois grandes tendances se dégagent: la situation sécuritaire préoccupante; le regain de dynamique de dialogue et de coopération; et les évolutions démocratiques en cours.
Sur le plan sécuritaire, la menace posée par les groupes terroristes et autres groupes armés non étatiques reste « aiguë », non seulement dans le centre du Sahel et le nord du Nigéria, mais aussi les États côtiers du golfe de Guinée. Ces groupes adaptent leurs tactiques, utilisant de plus en plus des technologies avancées, comme les drones, ainsi que des moyens de communication modernes et des cryptomonnaies, a constaté M. Simão. De plus, leurs actions recoupent la criminalité transnationale organisée et visent à consolider le contrôle territorial et économique, érodant la confiance du public dans l'autorité de l'État, avec de graves dégâts pour la cohésion sociale.
Le 25 avril, a-t-il rendu compte, une coalition composée du groupe terroriste Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et du groupe séparatiste malien Front de libération de l'Azawad a lancé des attaques simultanées contre des cibles stratégiques à Bamako, Kati, Kidal, Gao et Mopti, entre autres, causant des pertes civiles et militaires, dont la mort du Ministre malien de la défense. Au Niger, des attaques terroristes ont ciblé l'aéroport de Niamey, ainsi qu'une base militaire à Tahoua, entre janvier et juin.
Le Burkina Faso a aussi continué à faire face à des attaques, notamment des opérations utilisant des drones dans les régions du Nord et de l'Est. Pour y faire face, les autorités ont annoncé vouloir recruter 100 000 réservistes et environ 12 000 militaires d'ici à la fin 2026. Quant au Nigéria, ses régions du nord et du centre ont également connu des attaques et des enlèvements qui ont fait plusieurs victimes civiles.
Associés au terrorisme, le trafic, la production et la consommation de drogues constituent un phénomène en croissance rapide dans la région, affectant principalement les États côtiers, où des quantités croissantes de différents types de ces substances sont saisies par les autorités. Pour M. Simão, la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité doit demeurer un objectif commun, dans le cadre de la lutte plus large contre le terrorisme. C'est aussi l'avis de plusieurs délégations comme la Colombie pour qui « il est essentiel de privilégier une approche globale qui intègre les dimensions du développement durable, de la gouvernance, des droits humains et des affaires humanitaires, et qui s'attaque aux causes structurelles de la violence ».
En raison du climat sécuritaire régional, la Côte d'Ivoire a indiqué accueillir plus de 105 000 réfugiés et demandeurs d'asile, rappelant, comme d'autres, que la lutte contre le terrorisme exige une réponse collective fondée sur la mutualisation des capacités et un financement durable des mécanismes africains de sécurité.
La Fédération de Russie, suivie par le Burkina Faso et le Panama, a évoqué l'existence de parrains extérieurs à ces attaques terroristes coordonnées. Les signalements concernant la fourniture de drones et la formation de militants par des instructeurs militaires ukrainiens ont été confirmés, a dit la Russie en notant que les Forces armées maliennes et l'Africa Corps russe ont, une fois de plus, fait barrage aux attaques terroristes. Pour corroborer l'idée de parrains externes au terrorisme sous-régional, la Russie a fait remarquer que des militants du Front de libération de l'Azawad circulent librement en France et y accordent des interviews.
Il faut agir avec détermination pour empêcher que la situation ne fasse boule de neige, a prié le Libéria, au nom du Groupe A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), en se disant favorable au principe de solutions africaines aux problèmes africains. Les A3 ont aussi demandé la mise en œuvre de la résolution 2719 (2023), qui assure le financement d'opérations de maintien de la paix africaines.
Le coût humain de la violence est dévastateur, a dit M. Simão en rappelant qu'en fin février, environ 6,8 millions de personnes étaient déplacées à l'intérieur de la région, en plus d'environ 1,28 million de réfugiés et demandeurs d'asile, dont environ 220 000 au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Ghana et au Togo. Cela pèse énormément sur les communautés d'accueil, les ressources foncières et les services sociaux de base alors que l'accès humanitaire reste sévèrement limité dans de nombreuses régions et le déficit de financement réduit la portée de l'aide vitale.
Face à ces défis, les acteurs régionaux s'efforcent de trouver des solutions. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a relancé ses efforts pour rendre opérationnelle sa force en attente, mais à une échelle réduite en raison de contraintes budgétaires. Le Représentant spécial a relevé que, le 19 juillet, la Sierra Leone accueillera un sommet de la CEDEAO pour établir l'avenir de l'intégration régionale, à la suite de récents événements politiques de la zone.
Avant cela, une Conférence consultative sur la coopération régionale et la sécurité, tenue à Accra en janvier, a réuni des dirigeants régionaux et des partenaires qui se sont entendus pour mettre en place un nouveau mécanisme de coopération en remplacement de l'Initiative d'Accra. Dans le même esprit, la CEDEAO a nommé l'ancien Premier Ministre de Guinée, M. Lansana Kouyaté, comme négociateur en chef chargé du dialogue avec les pays de la Confédération des États de l'Alliance des États du Sahel.
Plus récemment, le Mali et l'Algérie ont décidé de normaliser leurs relations bilatérales en ouvrant leurs espaces aériens respectifs et en rétablissant leurs ambassadeurs. De même, la Commission mixte Cameroun-Nigéria entre dans la phase finale de la mise en œuvre de l'arrêt rendu en 2002 par la Cour internationale de Justice, avec la préparation des étapes visant à délimiter les 36 derniers kilomètres de la frontière.
Les États du Sahel et leurs voisins doivent mettre de côté leurs divergences pour établir une réponse coordonnée contre le terrorisme, dans le respect des droits humains, ont déclaré les États-Unis, qui entendent poursuivre leur soutien. La Chine a convié ces États à renforcer leur coopération pour le contrôle des frontières et le partage des renseignements.
Malgré de nombreux défis, la démocratie s'enracine dans la région, comme en témoignent les élections pacifiques, les réformes et les progrès constants vers une gouvernance responsable, s'est félicité le Représentant spécial. Si les délais pour un retour à l'ordre constitutionnel restent incertains dans les trois pays du Sahel central, la nécessité de garantir la stabilité, l'obligation de rendre des comptes et l'état de droit, ainsi que le respect des droits humains et une gouvernance inclusive demeurent, a-t-il dit.
Au cours de la période considérée par le rapport, des élections se sont déroulées pacifiquement dans certains pays, tandis que les efforts de réforme sont en cours dans d'autres, comme la Mauritanie, où un dialogue national est à l'ordre du jour. Dans plusieurs pays, en particulier au Sahel central, les autorités ont mis en place de nouveaux cadres réglementaires régissant l'exercice des libertés politiques et civiques, a noté M. Simão. Justement, le Burkina Faso a expliqué au Conseil que la suspension ou la dissolution d'ONG par les autorités burkinabé visent à assainir le milieu associatif et assurer le respect des lois.
Selon la France, il faut renforcer les institutions et préserver les espaces politiques, civiques et médiatiques pour permettre l'expression démocratique et une lutte efficace contre la désinformation et les discours de haine. Le Burkina Faso a affirmé que la Confédération des États de l'Alliance des États du Sahel est ouverte au dialogue et aux efforts pour rapprocher les vues. De même, l'Alliance appelle le Conseil de sécurité à examiner la situation au Sahel en tenant compte des réalités de ces pays faisant face au terrorisme dont ils sont victimes, avec des complicités extérieures.
Enfin, M. Simão a rappelé qu'à la suite de la lettre du Président du Conseil du 19 février 2026, saluant la décision du Secrétaire général de procéder à un examen stratégique indépendant du mandat et des activités de l'UNOWAS, le processus d'examen a été lancé sous la direction de l'ancienne Présidente de l'Éthiopie, Mme Sahle-Work Zewde.