09/25/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/25/2026 13:03
Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate de la journaliste indépendante Tuğba Tekerek. Elle a été arrêtée dans le cadre de la campagne nationale de perquisitions "Ailem Güvende" ("Ma famille est en sécurité") visant les organisations LGBTQ+ et est placée en détention provisoire depuis le 15 septembre. Elle fait l'objet d'une enquête pour un article journalistique datant de 2024, publié sur le site d'information Kaos GL, consacré à la communauté LGBTQ+ en Géorgie. Deux reporters qui couvraient les manifestations contre ces perquisitions ont également été placés en garde à vue. RSF considère ces événements comme une nouvelle escalade de la répression contre le journalisme indépendant en Turquie.
Le procureur d'Ankara a accusé Tuğba Tekerek de gérer le compte Instagram de l'organisation LGBTQ+ Kaos GL. Cependant, la journaliste a déclaré aux procureurs lors d'un interrogatoire le 15 septembre qu'elle n'avait rédigé qu'un seul article pour le site d'information de cette organisation, également intitulé Kaos GL, en octobre 2024, sur la situation des personnes queer en Géorgie à l'approche des élections législatives dans ce pays, et qu'elle ne s'était même jamais rendue dans les locaux de l'organisation.
Le 15 septembre, un tribunal a placé Tuğba Tekerek et sept membres du conseil d'administration de Kaos GL en détention provisoire. Parmi les motifs invoqués pour justifier leur détention figurent des violations présumées de la loi sur les associations et des accusations relatives à des publications "obscènes". Le site web principal de Kaos GL et son portail d'information ont depuis été bloqués sur décision judiciaire.
"Lorsque les droits des minorités sont mis sous pression, la liberté de la presse l'est souvent également. Les récentes attaques contre la communauté LGBTQ+ ont ouvert la voie à une répression étatique plus large, puisque sont pris pour cible ceux qui traitent de sujets jugés par les autorités comme contraires à la conception étatique de la moralité et de la protection de la famille. Lorsque le travail journalistique sur les minorités sociales est criminalisé, c'est en fin de compte toute la population de la Turquie qui est privée de son droit à une information indépendante.
Plusieurs journalistes interpellés en l'espace de quelques jours
Dans le cadre du plan plus large du gouvernement turc visant à "protéger la famille", les organisations LGBTQ+, les personnalités publiques et les comptes sur les réseaux sociaux ont été qualifiés de menace pour les structures familiales et ont fait l'objet de mesures répressives sévères. Selon le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, les autorités ont engagé des poursuites judiciaires contre 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises dans 15 provinces depuis le 13 septembre.
Ces perquisitions et arrestations ont déclenché des manifestations. Le 15 septembre, la police est intervenue lors d'une manifestation devant le tribunal de Çağlayan, à Istanbul, et a placé 109 personnes en garde à vue, dont des journalistes venus couvrir les manifestations. Sarya Toprak, journaliste au quotidien BirGün, et Şener Azak, caméraman au bureau d'Istanbul de la chaîne publique allemande ARD, ont notamment été placés en garde à vue. Tous deux ont été remis en liberté dans les 48 heures suivant leur interpellation.
RSF recense depuis des années le recours à la détention préventive et aux poursuites pénales contre les professionnels des médias critiques à l'égard des autorités turques. En mai 2026, RSF avait appelé à la libération des journalistes Alican Uludağ, Merdan Yanardağ et İsmail Arı, qui avaient été placés en détention en raison de leur travail journalistique. Merdan Yanardağ est toujours en détention. RSF a également demandé la relaxe des journalistes poursuivis pour leur couverture des manifestations de masse de mars 2025.
La Turquie occupe la 163e place sur 180 pays dans leClassement mondial de la liberté de la presse 2026.