UNOG - United Nations Office at Geneva

06/19/2026 | News release | Distributed by Public on 06/19/2026 12:40

RDC : la peur d’Ebola éloigne les femmes enceintes des hôpitaux

Le virus tue. La peur aussi. En République démocratique du Congo (RDC), de plus en plus de femmes enceintes évitent les centres de santé par crainte d'Ebola. L'agence de l'ONU en charge des questions de santé sexuelle et reproductive (UNFPA) redoute une crise silencieuse : celle des mères et des nouveau-nés qui pourraient mourir faute de soins pourtant accessibles.

Sur le terrain, les soignants voient la même scène se répéter. Des femmes enceintes repoussent leurs consultations prénatales, contournent les établissements de santé ou choisissent d'accoucher chez elles, même lorsque des complications surviennent.

« Lorsque le virus Ebola se propage, la peur se propage également », résument les équipes médicales. Selon l'UNFPA, le danger est désormais double : certaines femmes risquent de perdre la vie non à cause du virus, mais parce que les soins capables de les sauver sont délaissés ou deviennent hors de portée.

S'exprimant depuis Kinshasa, la capitale congolaise, la Représentante adjointe de l'UNFPA en RDC redoute les conséquences de ce climat de peur.

Jusqu'à 90 % de mortalité chez les femmes enceintes infectées

« La plupart du temps, on ne leur fait plus confiance (aux équipes de santé), ou bien ces établissements ne sont plus sûrs. Nous constatons déjà les conséquences de cette situation : le taux de mortalité maternelle dans la région la plus touchée par l'épidémie d'Ebola a doublé depuis le 25 mai », a déclaré Noemi Dalmonte lors d'un point de presse régulier de l'ONU à Genève.

Sans donner de chiffres précis sur le nombre de décès maternels supplémentaires dans la province orientale de l'Ituri, épicentre de l'épidémie, l'agence onusienne craint que cette épidémie risque de déclencher « une deuxième crise, plus discrète, liée aux décès évitables de mères et de nouveau-nés ».

D'autant que les épidémies précédentes ont révélé des taux de mortalité maternelle alarmants. « Ce taux chez les femmes enceintes infectées par le virus Ebola a atteint 90 %, et les parents font face à une mortalité élevée. La mortalité périnatale concerne la période juste avant ou après la naissance ; dans certains contextes, elle atteint 100 % », a ajouté Mme Dalmonte.

© UNICEF/ John James Une équipe d'agents d'hygiène œuvre pour prévenir la propagation d'Ebola à Bunia, dans l'est de la RDC.

Protéger les services maternels

Face à cette situation, l'UNFPA concentre son action de terrain sur la grossesse, l'accouchement, la violence sexiste et la confiance communautaire.

« Nous soutenons la prévention et le contrôle des infections dans les structures de maternité en formant le personnel, en renforçant les systèmes de lavage et de gestion des déchets, et en fournissant des équipements de protection individuelle pour les procédures impliquant des liquides corporels », a détaillé Mme Dalmonte.

Au-delà de la prévention immédiate, l'agence onusienne insiste également sur la nécessité de protéger durablement les structures de santé maternelle et les populations les plus vulnérables.

Les femmes et les jeunes filles ne doivent pas être laissées en marge de la riposte à Ebola, avertit l'UNFPA. Le risque est systémique : si les services de maternité s'effondrent, des femmes en mourront ; si le personnel de santé n'est pas protégé, ces services ne pourront plus fonctionner ; si la confiance des communautés s'érode, les patients retarderont ou éviteront les structures de soins. Et si les dispositifs de protection sont perturbés, les survivantes pourraient se retrouver sans aucun accompagnement.

Plus de 75 soignants infectés, dont 17 morts

Depuis que l'épidémie d'Ebola a été déclarée il y a un peu plus d'un mois, le nombre de cas confirmés d'Ebola en RDC s'élève désormais à au moins 896 dont plus de 232 décès, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). A ce jour, 78 patients se sont rétablis de la maladie dans l'est du Congo.

En outre, 75, professionnels de santé ont contracté le virus Ebola, ce qui a entraîné 17 décès depuis le début de l'épidémie.

« Quand ils vous expliquent comment ils vivent cette situation, comment ils ont été contaminés… cela peut vous briser le cœur », a déclaré Marie Roseline Belizaire, directrice des opérations d'urgence de l'OMS, lors d'une conférence de presse par visioconférence depuis Bunia, dans l'est de la République démocratique du Congo.

Un virus toujours actif dans les communautés

La Dre Belizaire a tout de même salué « l'engagement extraordinaire des intervenants de première ligne », ces professionnels de santé, qui dispensent des soins dans des conditions difficiles. Mais aussi ces équipes de surveillance travaillant sans relâche pour enquêter sur les alertes, et toutes ces personnes de la mobilisation communautaire qui aident les familles à surmonter la peur et l'incertitude.

Malgré cet engagement des équipes de terrain, la situation épidémiologique reste préoccupante et continue d'évoluer. Un mois après la déclaration de l'épidémie, des décès sont toujours enregistrés au sein des communautés, ce qui laisse penser que certaines chaînes de transmission pourraient encore échapper aux dispositifs d'intervention.

Dans plusieurs zones, notamment celles touchées par les déplacements de populations, les besoins dépassent encore les ressources disponibles, souligne l'OMS. L'extension de l'accès au dépistage, au traitement, à la sensibilisation communautaire ainsi qu'aux autres services essentiels reste donc une priorité de la réponse sanitaire.

© UNICEF/Jospin Benekire Des familles dans le camp de déplacés de Shari, à Bunia, dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo (photo d'archives).

Une menace pour les communautés déplacées

De son côté, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) s'est dit profondément préoccupé par les risques croissants que la souche Bundibugyo fait peser sur les communautés déplacées dans toute la région.

Par exemple, le 7 juin, le HCR a enregistré l'arrivée d'environ 2.250 personnes en provenance de Mbau, à 20 km de Beni, l'un des épicentres de l'épidémie, après que les mouvements de groupes armés ont semé la panique et les ont poussées à fuir vers Oicha, au Nord-Kivu, une zone touchée par Ebola qui accueillait déjà plus de 14 300 personnes déplacées.

Pour les réfugiés et les déplacés internes, l'épidémie alimente la peur et la désinformation, érode la confiance envers les équipes d'intervention et retarde l'accès aux soins vitaux. Le 3 juin, cette méfiance a conduit certains déplacés à bloquer temporairement l'accès aux équipes d'intervention à la suite de deux décès liés à Ebola sur le site de Kpangba, dans la province d'Ituri, à seulement 25 km de Bunia.

« Cela illustre à quel point la méfiance peut entraver directement les interventions vitales », a alerté le Dr Allen Maina, responsable de la santé publique au HCR.

Plus de 2 millions de personnes déplacées de force, dont plus de 320.000 réfugiés, vivent dans des zones à risque en RDC, où les combats se poursuivent parallèlement à la propagation de la maladie d'Ebola.

L'ONU renforce la coordination

Face à l'épidémie, l'ONU a également annoncé cette semaine renforcer son soutien aux autorités et aux acteurs humanitaires sur le terrain. Le Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, Tom Fletcher, a nommé Julien Harneis comme Coordonnateur principal de la réponse à Ebola, en concertation avec le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Basé à Bunia, M. Harneis aura pour mission d'améliorer la coordination, de résoudre les difficultés opérationnelles et d'accélérer l'acheminement de l'aide aux populations touchées, a précisé jeudi le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric.

Cette semaine, les partenaires humanitaires ont livré plus de 16 tonnes de fournitures médicales et renforcé la surveillance sanitaire, notamment à l'aéroport international de Kinshasa. En Ouganda, une allocation de 4 millions de dollars du Fonds central d'intervention d'urgence de l'ONU (CERF) soutiendra la réponse dans 29 districts, avec l'appui de plusieurs agences onusiennes. Ces fonds s'inscrivent dans le cadre de l'allocation du CERF annoncée fin mai.

Nouvelles directives de l'OMS sur Ebola et Marburg

De son côté, face à l'absence de vaccins ou de traitements homologués contre les maladies à virus Ebola dues aux souches Bundibugyo et Soudan, ainsi que contre le virus Marburg, l'OMS a publié cette semaine ses premières directives complètes sur leur prise en charge clinique.

L'agence souligne que le dépistage précoce et des soins de soutien optimisés restent essentiels pour améliorer les chances de survie.

Parmi les 16 recommandations :

  • Détecter rapidement les complications grâce à des analyses de laboratoire ciblées.
  • Traiter sans délai la déshydratation par réhydratation orale ou intraveineuse.
  • Prendre en charge précocement l'état de choc grâce à une surveillance étroite et à des traitements adaptés.
  • Traiter les infections bactériennes associées, notamment les septicémies.
  • Assurer un suivi des survivants afin de favoriser leur rétablissement et prévenir de nouvelles infections.
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