RSF - Reporters sans frontières

09/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/20/2026 07:59

Portrait : Deo Monteclaros, le photojournaliste philippin accusé de terrorisme pour avoir couvert l’impact environnemental de l’exploitation minière

Depuis dix ans, le photojournaliste Deo Monteclaros documente la destruction de l'environnement et les violations des droits humains aux Philippines. En représailles, il est aujourd'hui accusé de soutenir des organisations terroristes, conformément au schéma récurrent de répression par le "red-tagging" utilisé par les autorités pour réduire au silence les médias indépendants.

"L'engagement sans faille de Deo Monteclaros à documenter les enjeux environnementaux et sociaux aux Philippines, malgré les risques et les menaces auxquels il est confronté, est une source d'inspiration non seulement pour la communauté journalistique du pays, mais aussi pour les journalistes du monde entier. Son travail devrait être salué, au lieu de lui valoir une peine de prison sur la base d'accusations de terrorisme montées de toutes pièces. Nous appelons les autorités philippines à abandonner les poursuites engagées contre lui et, plus largement, à mettre fin à leur criminalisation du journalisme.

Cédric Alviani,
directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF

Le journalisme prolonge son engagement en faveur de la protection de la nature. En 2017, alors qu'il était membre d'une organisation de défense de l'environnement, Deo Monteclaros s'est rendu à Nueva Vizcaya, dans le nord du pays, pour rencontrer une communauté autochtone directement impactée par un projet minier. Les témoignages qu'il y a recueillis l'ont incité à se tourner vers le journalisme afin de documenter la réalité de ces populations marginalisées.

Il travaille alors avec les médias indépendants Pinoy Weekly et Northern Dispatch, tout en vendant ses photographies à l'agence allemande de photojournalisme Alto Press. "Au bout du compte, c'est le journalisme qui m'a permis de raconter des histoires et de transmettre des connaissances : chaque sujet est une leçon sur les réalités auxquelles mes communautés sont confrontées", raconte-il à RSF. Ses reportages portent sur l'exploitation minière, les questions environnementales dans les zones rurales, les droits humains et les conditions socio-économiques des agriculteurs.

Né en 1990, Deo Monteclaros s'inspire du travail des journalistes qui exerçaient leur profession sous la loi martiale aux Philippines, entre 1972 et 1981, "à une époque, rappelle-t-il, où dire la vérité pouvait tout coûter à un reporter". Il explique avoir voulu "rejoindre une rédaction prête à se battre pour une véritable liberté de la presse où il est possible de couvrir des sujets concernant les populations marginalisées sans craindre de représailles ni de persécutions". Les sujets environnementaux sont le miroir, selon lui, des inégalités dans le pays : "Notre terre est riche en ressources naturelles, et pourtant mon peuple vit dans une pauvreté extrême."

Du journalisme au "red-tagging"

Deo Monteclaros couvre alors l'opposition croissante au renouvellement du permis d'une société minière australo-canadienne opérant à Nueva Vizcaya. C'est précisément ce travail qui lui vaut d'attirer l'attention des autorités dans un contexte où sous la présidence de Rodrigo Duterte entre 2016 et 2022, les journalistes couvrant des sujets sensibles ont été accusés, sans preuves, de soutenir les groupes insurgés armés. Connue sous le nom de "red-tagging" (ou "étiquetage rouge"), cette pratique héritée de la guerre froide consiste à présenter des journalistes comme des membres du Parti communiste des Philippines et de sa branche armée, la Nouvelle Armée du peuple (NPA), tous deux classés comme terroristes, afin de les discréditer et de criminaliser leur travail.

"Ils ont commencé à suivre mes déplacements, à surveiller mes véhicules et à m'envoyer des messages de menace", explique-t-il. En janvier 2025, la pression est montée d'un cran lorsque les autorités l'ont officiellement inculpé pour "financement du terrorisme". La pression sur Deo Monteclaros s'est encore accentuée durant l'été 2026, lorsqu'il a appris qu'une nouvelle affaire avait été ouverte contre lui, là encore sur des fondements liés au terrorisme.

La procédure fait écho à celle engagée contre Frenchie Mae Cumpio en 2020. Reconnue coupable des mêmes faits de "financement du terrorisme", cette journaliste de 27 ans, la seule détenue dans le pays, encourt une peine de 12 à 18 ans de prison. Plusieurs enquêtes, notamment celle menée par RSF, ont mis en évidence le caractère infondé de telles accusations.

« La solidarité est la bouée de sauvetage qu'il nous reste »

Malgré les pressions, Deo Monteclaros refuse d'abandonner le journalisme et souligne l'importance de la solidarité au sein de la communauté des médias, qu'il décrit comme "la bouée de sauvetage qu'il nous reste en ces temps difficiles". "Pour moi, c'est la voie à suivre : des collectifs de journalistes ancrés dans les communautés qu'ils servent, afin que nous puissions non seulement survivre, mais aussi prospérer ensemble."

Les Philippines comptent parmi les pays les plus dangereux au monde pour les professionnels des médias et se classent au 114e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.

Publié le 19.09.2026
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