06/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/11/2026 00:07
Incarcéré depuis plus de deux ans pour son travail journalistique, le journaliste tuniso-français Mourad Zeghidi a entamé une grève de la faim le 4 juin 2026 pour protester contre sa condamnation en appel à trois ans et demi de prison, prononcée le 12 mai. Reporters sans frontières (RSF) réitère son appel à un examen accéléré de son recours en cassation et à sa libération.
La mobilisation pour la libération de Mourad Zeghidi ne cesse de s'amplifier. Commentateur politique et sportif reconnu, chroniqueur sur la radio tunisienne IFM et ancien journaliste pour la chaîne française Canal+, Mourad Zeghidi est victime d'un acharnement judiciaire. Arrêté le 11 mai 2024 avec son confrère de Radio IFM Borhen Bsaies, il a été maintenu en détention à l'expiration de sa peine pour "diffusion de fausses nouvelles" et condamné cette fois pour "blanchiment d'argent".
"À quelques heures de la Coupe du monde, les Tunisiens et Tunisiennes seront privés de la voix de celui qui sait, mieux que quiconque, décrypter et commenter le football. Mourad Zeghidi n'a rien à faire derrière les barreaux : il est détenu pour son travail journalistique, victime d'un harcèlement judiciaire qui s'apparente davantage à une volonté d'éliminer une voix indépendante qu'à une procédure judiciaire ordinaire. RSF appelle les autorités tunisiennes à procéder à un examen accéléré de son recours en cassation et à mettre fin à sa détention injuste.
Dans une lettre transmise le 8 juin 2026 par son avocat, Ghazi Mrabet, depuis la prison civile de la Mornaguia, située à l'ouest de Tunis, Mourad Zeghidi décrit la confirmation de sa condamnation en appel comme "un choc violent". "Même dans les scénarios les plus pessimistes, nous n'avions jamais imaginé une décision d'une telle sévérité", écrit-il.
Le journaliste conteste fermement les accusations de blanchiment d'argent portées contre lui. "Depuis l'ouverture de ce dossier en février 2024, aucun élément de preuve, aucun indice ne permet d'établir un quelconque blanchiment d'argent", affirme-t-il, estimant que l'affaire relève d'un contentieux fiscal qui, selon lui, ne conduit pratiquement jamais à une peine d'emprisonnement. Estimant que son cas dépasse sa seule situation personnelle, Mourad Zeghidi considère que ces jugements "soulèvent des interrogations profondes" sur "l'état des libertés individuelles et publiques" dans le pays.
C'est dans ce contexte qu'il a annoncé avoir entamé une grève de la faim, qui est selon ses mots "un cri de colère, une protestation et un appel à l'aide dont [il] espère que l'écho parviendra jusqu'en Tunisie et au-delà de ses frontières".
Sa famille, qui a qualifié sa décision de grève de la faim de "douloureuse et lourde de conséquences", exprime sa vive inquiétude quant à son état de santé tout en réaffirmant son soutien indéfectible. Sa fille Inès et sa sœur Meriem, ainsi que des militants et défenseurs des droits humains ont entamé une grève de la faim en solidarité.
L'arrestation et la détention de Mourad Zeghidi s'inscrivent dans un climat de pression croissante sur les médias tunisiens : instrumentalisation du décret-loi n° 54, suspension ou harcèlement de médias indépendants, harcèlement judiciaire de Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies et Zied El Heni. La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.