05/07/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/08/2026 18:05
En déplacement à Toulouse, le Premier ministre a confirmé, jeudi 7 mai 2026, la construction de la nouvelle ligne à grande vitesse du Sud-Ouest.
Le réseau ferroviaire est « un outil essentiel de souveraineté pour électrifier le pays et donner une alternative utile à la voiture et à l'avion », a souligné le Premier ministre, en détaillant le calendrier du projet qui doit permettre de mieux relier Toulouse à Bordeaux et à Paris.
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AutoriserPoint presse du Premier ministre sur la ligne nouvelle à grande vitesse du Sud Ouest à Toulouse, le 7 mai 2026.
Sébastien LECORNU, Premier ministre, chargé de la Planification écologique
Bien, Mesdames, Messieurs, je suis heureux d'être ici avec vous.
Restez assis où vous le souhaitez.
Je veux resaluer l'ensemble des élus : ça a été dit, M. le Premier ministre, mon cher Jean, je suis heureux, pour plein de raisons, amicales évidemment, mais aussi professionnelles, d'être à tes côtés aujourd'hui dans tes fonctions de président et directeur général de la SNCF.
Tout a été dit, ou presque, et au fond, plutôt que d'inutilement répéter ce qui a été très bien dit par le ministre TABAROT et le président de la SNCF, pourquoi a-t-il été décidé de venir aujourd'hui ? Cela pose peut-être une question plus politique et plus globale.
Du reste, il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale, une situation de finances publiques particulièrement difficile, peu de temps d'ici à la fin du quinquennat, et une situation internationale complexe, à la fois aux portes de l'Europe et au Moyen-Orient. Alors certains, évidemment, voudraient y voir des freins ou des capacités d'entrave complètes. Il y a une autre manière de le vivre - en tout cas c'est ce que j'essaie de faire depuis que j'ai été nommé à l'automne dernier - c'est tout simplement de se concentrer sur l'essentiel. Et quand on se concentre sur l'essentiel, ça aide à faire des choix.
Cela veut dire aussi (et c'est difficile parce qu'on aime la politique, on a envie de traiter tous les sujets) : c'est avoir le courage, parfois l'amertume, je dois bien le dire, de se dire que certains sujets peuvent attendre (ou malheureusement ils devront attendre), et que d'autres sujets, l'intérêt général, exigent de ne pas laisser s'installer l'immobilisme ou l'inaction.
Mon propos va être assez libre, pour être transparent avec vous. Il est clair que sur certains sujets, en dépit de l'inertie que certaines forces politiques parfois peuvent mettre dans le débat politique français, il était impensable de ne pas bouger. C'est ce qu'on fait en ce moment même au Parlement avec la haute programmation militaire. C'est impensable de se dire que notre appareil de défense ne peut pas continuer de s'adapter aux risques de sécurité que nous connaissons.
Sur l'énergie : heureusement qu'en sortie de séquence budgétaire, on a pris ce décret pour la programmation pluriannuelle pour l'énergie, là où certains demandaient encore d'attendre ou de se renvoyer à des hypothétiques propositions de loi. Avec la crise énergétique que nous connaissons aujourd'hui, il vaut mieux avoir défini le cap. Après, on peut en penser ce qu'on veut, mais il y a un cap. Pareil pour les sujets agricoles qui sont autrement plus complexes. Je le dis ici en Occitanie, avec une crise qui nous a tous bouleversés cet hiver dernier. Mais enfin, on le voit bien : le rapport à la nourriture et à la production agricole va devenir un sujet géopolitique de première ampleur. On le voit sur les engrais. On va très vite le voir, si la guerre devait se poursuivre au Moyen-Orient : on va avoir potentiellement un choc international sur les denrées alimentaires qui peut être extraordinairement brutal. Heureusement pour le peuple français, nous avons des outils d'autonomie, pour le coup, sur ce sujet, mais enfin, ça va bouleverser évidemment l'ensemble de l'économie mondiale.
Pourquoi vous dire cela ? Parce que, si on y regarde de près, dans l'essentiel, il y a malgré tout, quand même, de grandes politiques publiques qui structurent la vie du pays. On a beaucoup parlé de logement depuis 15 jours ou 3 semaines avec un plan de relance. On y met du poids de corps, de l'argent, un texte spécifique. Et il est clair que les questions de transport, inévitablement, sont toutes aussi importantes.
Et je crois que ça fait longtemps, Jean le disait tout à l'heure, qu'on n'a pas marché aussi volontairement sur nos deux jambes.
On a un patrimoine ferroviaire issu des grands anciens. Et donc celui-ci mérite d'être et doit être entretenu. C'est ce qu'on appelle dans notre jargon « la régénération ferroviaire ». Enfin, derrière le mot régénération, je le dis dans des mots peut-être encore plus grand public, tout l'argent qu'on met sur la table, cela s'appelle - et notamment parce que nos deux présentes régions ont beaucoup de petites lignes et des lignes intermédiaires en Occitanie et en Aquitaine - tout simplement : un plan anti-retard.
C'est faire en sorte que le service public soit de qualité, c'est faire en sorte aussi que la sécurisation soit au rendez-vous. On se rappelle tous avec douleur ce qui s'est passé à Brétigny. Et puis lorsqu'on compare avec d'autres pays européens, que je ne citerai pas, on voit bien la différence entre celles et ceux qui ont pris leur courage à deux mains pour entretenir leur réseau ferroviaire et ceux qui ne l'ont pas fait suffisamment.
Mais en même temps, on se projette aussi vers l'avenir. Et c'est vrai que parfois, nous autres, les élus, je m'en souviens, on peut aimer les grandes infrastructures : ça crée du mouvement, il y a un attachement des élus locaux à tout cela. Je m'en souviens, une fois de plus. Je m'en souviens, dans une région (en Normandie), dans laquelle, précisément, on n'a pas eu de grandes infrastructures en matière de transport.
Enfin, il y a quand même une réalité qui est l'aménagement du territoire : Jean-François GRAVIER, dans Paris et le désert français (1948), ne peut pas ne pas voir que la dynamique démographique du pays est d'une brutalité inouïe. Et c'est tout le défi d'ailleurs que le ministre de l'Éducation nationale doit affronter d'une part, avec la carte scolaire qui bouge un peu malgré nous parce qu'il y a une réalité démographique, puis, de l'autre côté, les ministres chargés du grand âge. On voit bien qu'on a là, pour le coup, aussi, un énorme défi. Mais c'est pareil aussi sur la carte de France : Paris, Lyon, Marseille. Paris, Marseille, Toulouse et Lyon. C'est la réalité démographique. Et cela, vous, les élus de ce territoire, vous êtes confrontés à un défi démographique aussi génial - parce qu'objectivement, c'est génial de devoir le gérer - qu'il est redoutable.
Et là, au fond, quand je vous disais qu'il faut se consacrer à l'essentiel, c'est qu'il ne faut pas que tous nos ennuis du moment nous conduisent à complètement mettre de côté le long terme. Et comme on est sur du temps long - j'entendais en 1991, Michel ROCARD : c'est la première fois où on évoque ce projet (j'avais 5 ans) - je me dis que si je peux, au moment où je vais souffler mes 40 bougies dans un mois, donner au moins une impulsion décisive en la matière, eh bien j'en suis heureux parce que cet aménagement du territoire, le maire de Bordeaux, le président ROUSSET le savent : le TGV à Bordeaux (ou la LGV, comme on veut, à Bordeaux ou pas), ce n'est plus complètement la même vie et municipale et métropolitaine. Coucou amical à Alain JUPPÉ au passage.
Donc cela, il est clair qu'il ne faut pas que notre classe politique, ce que nous sommes en ce moment, quelles que soient nos divergences d'opinion, on a dit du long terme. C'est exactement ce que nous avons souhaité faire sur le volet militaire, sur le volet énergétique, parce qu'au fond, ce sont quand même des pans entiers, ça a été dit par Carole, aussi des pans entiers potentiellement de croissance, de création d'emplois et d'outils qui nous aident à aménager le territoire.
La troisième des choses, ou plutôt en guise de conclusion de mon propos, je pense aussi que nos concitoyens et nos concitoyennes en ont un peu marre de nous voir faire des annonces et qu'à un moment donné, au moment où on a une crise des finances publiques qui est importante, sur lequel, vous le voyez, on a des premiers résultats sur le redressement du déficit, même si tout ça peut être très vite impacté par la guerre que nous connaissons, on revient aussi à l'essentiel et faire des choix.
Ça vaut le coup de faire des efforts pour redresser les finances publiques. Ça vaut le coup. Ça vaut le coup pour notre protection, notre souveraineté, notre liberté sur les marchés financiers. Ça vaut le coup parce qu'une génération d'êtres humains laisse à plusieurs autres générations ensuite une dette et un déficit qu'on n'arrive pas à résorber. Ce n'est pas franchement de bonne politique. Mais enfin, ça vaut le coup parce que ça permet de signer ce qu'on vient de signer. On revient à l'essentiel, et donc investir. Et cela, pour le coup, je pense aussi que c'est ce qu'il faut collectivement on essaie de réexpliquer aux Françaises et aux Français, notamment au moment où on va reparler du budget à l'automne.
On n'aura sans doute pas les mêmes outils ou les mêmes conclusions politiques sur la manière de le résorber. Mais ça, c'est normal, c'est la vie démocratique. Et d'ailleurs, c'est ce qui fait que les Républicains entre eux ont un débat de qualité. C'est ce qui fait aussi que les démagogues, en général, viennent avec des solutions qui n'existent pas. C'est la différence entre ceux qui disent leur vérité et ceux qui viennent avec leurs mensonges. Bon. Enfin, venir sur le long terme, c'est aussi être capable de se dire qu'on réduit le déficit public d'un côté, ce qui permet d'un côté de signer un contrat d'objectif avec le Président CASTEX en disant : « On va régénérer l'ensemble du réseau et y compris nos petites lignes ».
Il y a tout le débat aussi sur les petites lignes entre les contrats, les CEPR, les contrats de plan État-région que l'ancien Premier ministre CASTEX connaît bien, entre SNCF, les conseils régionaux, qui permet aussi de traiter les lignes intermédiaires. C'est un sujet important, mais il faut être capable de se projeter.
Et donc, ce que nous sommes venus dire ici (parce que j'ai cru entendre depuis Vernon que quelques campagnes municipales, locales avaient un tout petit peu pris en otage parfois la parole de l'État en disant que ça n'allait pas se faire) : eh bien, je me suis dit que plutôt que de faire une visioconférence de travail, plutôt que de faire une réunion de travail technique à la faveur d'une autre réunion que j'avais eue avec Carole sur un dossier qui lui tient à cœur (l'usine et l'entreprise Fibre excellence), nous nous sommes dit qu'il valait mieux venir ici. Jean-Luc aussi m'y avait invité très gentiment il y a de cela quelques semaines, en redisant tout simplement que ce projet, désormais, est irréversible. Et que donc son irréversibilité se traduit évidemment par des premières sommes d'argent, pratiquement 500 millions d'euros qui seront débloqués, pour permettre de lancer les procédures d'appel d'offres.
Parce qu'au fond, ce qui rend irréversible le projet, ce sont d'une part les procédures d'appel d'offres, et d'autre part la question des réseaux, d'électricité, de fibre, etc., puisqu'il y a un enjeu d'ingénierie qui est absolument majeur.
Et le troisième volet, ce sont évidemment les questions liées au foncier, parce qu'il y a un enjeu de stratégie foncière. Foncier, réseaux, début des appels d'offres avec des procédures qui prendront nécessairement du temps - mais c'est normal. Personne ne veut faire n'importe quoi avec de la commande publique.
Néanmoins, il faut désormais que cela démarre et je vous propose, puisque nous sommes au début du mois de mai, de nous donner rendez-vous autour du mois d'octobre-novembre pour faire un point très précis. Messieurs les présidents, madame la présidente, monsieur le président de région, je vous ai entendus, ce qui nous permet de faire un point de procédure très précis et d'éviter justement que des démagogues racontent n'importe quoi et de faire la transparence complète sur la conduite du projet, parce que c'est comme ça qu'on arrive à le mener : chacun respectivement en nos grades et qualités.
Merci à toutes et à tous.
[Applaudissements]
Est-ce qu'il y a des questions ?
Journaliste
Bonjour Monsieur le Premier ministre, Madame et Monsieur les ministres. J'ai une question qui s'adresse à vous, Sébastien LECORNU. Consacré à la situation internationale. Mardi, vous avez pris longuement la parole dans l'hémicycle. Vous avez dit que vous avez fait le constat que les négociations n'aboutissaient pas, qu'on n'était pas loin de la reprise des conflits. Et face à ça, vous avez promis un changement d'ampleur et d'échelle dans les dispositifs de soutien. Vous allez prendre la parole à nouveau dans les prochains jours. Mais d'ores et déjà, qu'est-ce qu'on doit comprendre quand vous parlez de changement d'ampleur et d'échelle ? Est-ce que ça veut dire que d'être ciblé, vous allez passer à une aide généralisée ? Ou est-ce que vous allez proposer de nouvelles aides ciblées comme, par exemple, pour les taxis ou les infirmiers libéraux ? Merci beaucoup.
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup.
De fait, j'ai répondu à une question au Gouvernement du président Marc FESNEAU sur ce sujet. Il faut bien comprendre qu'au fond, on essaie de s'adapter évidemment à l'irrationalité des acteurs de cette crise. Ce n'est pas une guerre comme les autres : tantôt froid, tantôt se réchauffant, avec évidemment des négociations qui n'ont pas produit les effets escomptés.
Non seulement il y a un blocage du détroit d'Ormuz, mais un double blocage dans les conditions que vous connaissez et, on y reviendra sans doute, des enjeux de sécurité de la circulation maritime qui vont être durables - du reste d'ailleurs, on le découvre pour Ormuz, mais je rappelle que ces questions se sont posées durant de nombreux mois sur Bab-el-Mandeb dans un autre temps, y compris avec les Houthis au Yémen.
Au fond, j'essaie de suivre avec les ministres plusieurs lignes directrices pour gérer convenablement la crise, en étant plus que conscient, je le vois chez moi dans l'Eure à Vernon, de la grande fatigue de nos concitoyens et de nos concitoyennes, pour la pression que cela représente pour eux, pour leur pouvoir d'achat. J'en suis complètement conscient, étant d'origine par ailleurs populaire, de classe moyenne.
Enfin, c'est une très, très, très, très, très mauvaise séquence que nous vivons et le Gouvernement en est complètement conscient. Mais une fois qu'on a dit ça, je parlais de démagogie tout à l'heure, je pense qu'il faut qu'on puisse gérer ça avec beaucoup de sérieux, avec des lignes assez claires. La première : on ne peut pas faire n'importe quoi avec les finances publiques. On ne le peut pas. Et je vois bien les tentations de se dire : baissons de manière générale les taxes, etc. D'ailleurs, ceux en général qui proposent de baisser les taxes au mois de mai sont ceux qui vont vouloir en réinventer à l'automne pendant les débats budgétaires. J'invite nos concitoyennes et nos concitoyens à être méfiants : il n'y a pas d'argent magique et la situation des finances publiques est telle que, par définition, quelqu'un paiera toujours à la fin. J'invite à la plus grande des prudences.
La deuxième des choses : nous ne pouvons pas abandonner celles et ceux qui travaillent et qui bossent. Je pense que là, c'est pour moi un parti pris politique clair que j'assume profondément : c'est le soutien à l'activité. Et vous avez des filières effectivement qui, par définition, sont prises en otage par l'augmentation des coûts des hydrocarbures. Et c'est au fond très binaire : soit elles sont aidées et elles peuvent continuer à bosser, soit elles ne sont pas aidées et elles arrêtent de bosser. Les pêcheurs étant potentiellement d'ailleurs l'exemple le plus édifiant, le plus éclatant, c'est qu'il faut un calcul coût-avantage : est-ce que ça vaut le coup de prendre la mer pour sortir pêché ou pas.
Et c'est comme ça qu'on a imaginé d'ailleurs l'ensemble du plan d'aide sectoriel, pêcheurs, BTP et donc à la question, est-ce que d'autres professions peuvent rejoindre cette liste ? Oui, j'ai passé des commandes aux ministres en la matière, parce qu'on le voit bien, vous avez des professions qui avaient de la trésorerie, qui pouvaient très bien passer un mois, le mois d'avril, sur ce sujet, mais mai, voire juin, ça ne sera pas possible. Nous ne sommes pas déconnectés, nous le savons, et donc, par définition, les ministres ont reçu ça.
David AMIEL, évidemment, comme ministre des Comptes publics, ajuste tout cela, avec aussi un délai d'exécution pour que les aides soient vite versées. J'ai vu quelques commentaires ici ou là en disant : « Mais comment se fait-il que ce n'est pas encore versé ? », etc. Je vous renvoie à… Jean a géré de manière remarquable l'épidémie de Covid. Globalement, l'administration sait à chaque fois faire vite, mais on ne fait jamais n'importe quoi pour que tout ça, évidemment, soit robuste.
Donc ça, le soutien à l'activité, il est clé. Après, il y a le soutien aux travailleurs, parce que dans le soutien à l'activité, il y a celles et ceux qui travaillent, agents de la fonction publique d'ailleurs - l'État est employeur, donc là aussi David AMIEL y travaille. Et puis, bien sûr, les salariés de ce pays qui n'ont pas d'autre choix que de devoir prendre leur voiture pour aller travailler. Donc, ça, ce sont, évidemment, les pistes qui sont sur la table et sur lesquelles on aura l'occasion de revenir dans les jours qui viendront, parce que l'enjeu, c'est de garantir, justement, une continuité du travail, de l'activité et de faire en sorte que le pouvoir d'achat des Français ne soit pas plus que cela impacté, inévitablement - mais comment on fait en sorte que l'argent public soit bien utilisé pour permettre, justement, de traverser cette période.
Après, je l'ai dit, on n'abandonnera personne. Il y a aussi d'autres outils qui sont sur la table. Vous avez des petites et des moyennes entreprises qui peuvent avoir des difficultés de trésorerie liées à l'augmentation d'un certain nombre de coûts de facteurs, des prix du matériau et autres. Donc, là aussi, la ministre travaille à des solutions.
Dernier point : ce soir, on tiendra une réunion particulière sur la crise énergétique. Non pas tant sur le côté soutien, mais au fond, mettre sur la table des cas pratiques si la crise durait, des cas pratiques concrets sur la table, sur l'impact global pour l'économie, pour l'approvisionnement de certains matériaux. Vous avez des matériaux qui sont des dérivés du pétrole qui pourraient très vite être, en tout cas, difficiles à trouver ou en approvisionnement. Vous avez la question, pour le monde agricole, des engrais. Il n'y a pas que le GNR. La question des engrais, elle est redoutablement urgente. Et donc, ce soir, on va aussi traiter de la crise énergétique avec une approche, si j'ose dire, plus « défense nationale », c'est-à-dire sur la résilience de notre économie globale et comment, au fond, on est capable de gérer tous les scénarios critiques.
Martin BAUMER
Bonjour Monsieur le Premier ministre, Martin BAUMER pour France Télévisions. Je rebondis un peu sur ce que vous disiez, vous êtes plutôt à la recherche de solutions pour le moyen-long terme, ferroviaire, la réunion de ce soir, mais il y a aussi le court terme évidemment qui inquiète les Français. Pour le court terme, il faut regarder du côté du détroit d'Ormuz. Est-ce que le positionnement du porte-avions Charles de Gaulle dans la région du détroit d'Ormuz vous laisse à penser peut-être à ce que ce conflit trouve une solution rapide et que ça se voit assez rapidement aussi à la pompe pour les français. Merci.
Sébastien LECORNU
Moi, je le dis : il y a une grande irrationalité quand même dans la manière dont on peut comprendre cette guerre. Je pense d'ailleurs que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est la première guerre dans laquelle les effets finaux recherchés des belligérants ne sont pas si clairs. J'étais ministre des Armées au début de la guerre en Ukraine. Vous compreniez ce qui se passait. Une guerre territoriale, une puissance se servant de sa dissuasion nucléaire pour mener une guerre conventionnelle, en revendiquant un certain nombre de territoires, et le pays en question, l'Ukraine, organisant sa défense.
Et au fond, ce qui a été imprévu, et tant mieux, c'est la capacité des Ukrainiens à résister. Et très vite, on a pu comprendre aussi les effets de la guerre sur le terrain énergétique : gaz, approvisionnement en gaz venant de la Russie, dépendance dont il fallait se sortir, avec derrière un enjeu de volume et d'approvisionnement.
Ce n'est pas le cas de cette guerre. Notre approvisionnement à nous en pétrole, il est essentiellement sur l'Arc Atlantique, ce qui est d'ailleurs une autre difficulté. Arc Atlantique, Algérie, États-Unis, on en a d'autres au Brésil, on a d'autres dépendances. Donc nous, on a une crise de l'inflation importée, une crise des prix.
La deuxième des choses, c'est : est-ce que le président de la République agit pour faire en sorte de trouver une solution de long terme ? La réponse est oui. Il faut bien comprendre quelque chose. Vous avez le court terme. Les discussions telles qu'elles sont menées entre la République islamiste d'Iran, l'administration américaine, dans une autre mesure l'administration israélienne, notamment avec des intermédiaires (on a cité le Pakistan, il y en a d'autres). Est-ce que ça va donner quelque chose ? Je ne sais pas répondre à cette question. C'est d'ailleurs bien la difficulté pour nous tous pour organiser la résilience de notre économie, et y compris les accompagnements pour le carburant pour nos concitoyennes et nos concitoyens.
Mais si demain le détroit d'Ormuz devait être libéré, est-ce que nous avons un enjeu de surveillance, de sécurisation de cet espace maritime de long terme ? La réponse est oui. Parce que la géopolitique, elle est rentrée dans le réservoir des voitures des Français et ça va durer. Il faut être vraiment dans le déni de cette géopolitique pour ne pas voir que l'énergie est le principal outil, avec les attaques cyber, des guerres hybrides qui peuvent être menées.
Et vous voyez bien que les gardiens de la Révolution sont en train de se servir du détroit d'Ormuz comme étant justement un des moyens de peser sur l'économie mondiale. Donc le Charles de Gaulle - en tout cas le groupe aéronaval Charles de Gaulle - est un des outils. Les initiatives sont d'abord diplomatiques, comme la coalition telle qu'elle a été imaginée avec nos partenaires de la planification militaire : je le précise, il ne s'agit pas d'agir par la force, nous ne somme pas belligérants dans cette affaire. Mais demain si ça se libère, comment est-on capable de faire réappliquer le droit international de la mer tel qu'on le connaît depuis maintenant des décennies ? Notre marine nationale sert à cela. Ce qui est d'ailleurs aussi une réponse à celles et ceux (encore d'autres démagogues, parfois dans l'autre sens là pour le coup), qui nous disent : « Mais pourquoi on met autant d'argent dans la défense nationale, on ferait mieux de faire autre chose », etc. À un moment donné, si on est encore la France, avec nos capacités à peser sur la diplomatie mondiale, c'est aussi parce qu'on a une armée qui est capable de le faire. Et c'est vrai que la présence de la Marine nationale permet aussi d'être crédible dans les initiatives diplomatiques telles que nous le prônons.
Donc, le Charles de Gaulle a passé le canal de Suez, je crois qu'il ne doit pas être loin de Bab-el-Mandeb (je ne surveille plus cela autant qu'avant quand j'étais ministre des Armées), et il a vocation à rejoindre une zone qui lui permet aussi de montrer la crédibilité de l'offre française pour assurer la sécurité maritime. On revient aussi un peu à ce que le général DE GAULLE, et d'ailleurs le président MITTERRAND aussi, du reste, disaient : « alliés mais non alignés ».
Eh bien, cette position-là qu'on est en train d'essayer de construire, ramenant aussi d'ailleurs beaucoup de pays, je n'aime pas cette expression du « sud global », nous permet de définir un cadre de sécurisation sur le moyen et long termes. Après, vous avez raison, il ne faut pas cacher et mentir aux Françaises et aux Français, que ça reste une guerre. Et donc, par définition, il faut le traiter avec le plus grand sérieux en assumant, malheureusement, que c'est du temps.