02/16/2026 | News release | Distributed by Public on 02/16/2026 05:26
Vous revenez d'un congrès international à Kyoto. Pourquoi était-ce un rendez-vous important ?
Parce qu'il marquait les 20 ans de la découverte des cellules iPS, faites en 2006 chez la souris, puis en 2007 chez l'homme, par l'équipe du professeur japonais Shinya Yamanaka à Kyoto. Le congrès, organisé à l'initiative du Pr Yamanaka, a permis de faire un retour sur l'histoire de la découverte ainsi qu'un bilan très complet des progrès réalisés et des perspectives à venir.
Pouvez-vous rappeler ce que sont les cellules iPS ?
Ce sont des cellules humaines adultes - par exemple des cellules de peau - que l'on transforme pour leur faire perdre leurs caractéristiques spécialisées. Grâce à ce qu'on appelle le « cocktail de Yamanaka », une combinaison de quatre gènes, elles retrouvent des propriétés comparables à celles des cellules souches embryonnaires. Elles ont alors la capacité d'être transformées en tous les types de cellules du corps humain.
Ces cellules sont donc un point de départ, pas une finalité ?
Exactement. On ne travaille jamais "avec des iPS" pour le plaisir d'avoir des iPS. Elles constituent un point de départ. Ensuite, on les redifférencie en fonction de l'organe que l'on souhaite étudier : cœur, neurones, poumon… En reproduisant en laboratoire ce qui se passe naturellement au cours du développement embryonnaire, on fournit à la cellule l'environnement de culture adéquat.
Quels sont aujourd'hui les grands objectifs de la recherche sur les cellules iPS ?
Il y a deux grands objectifs. Le premier est la médecine régénérative : produire des cellules ou des tissus destinés à être greffés chez un patient, par exemple dans des maladies neurodégénératives, cardiaques ou ophtalmologiques. Le second est le développement de médicaments. Les cellules iPS permettent de créer des modèles cellulaires de maladies humaines, sur lesquels on peut à la fois étudier les mécanismes pathologiques et tester de nouveaux traitements en vue d'essais cliniques.
La médecine régénérative à partir des iPS est-elle déjà une réalité ?
Oui, mais elle est encore en phase d'essais cliniques, par exemple pour une utilisation dans la dégénérescence maculaire (yeux), certaines pathologies cardiaques congénitales ou encore la maladie de Parkinson… Depuis la conception des cellules iPS, leur utilisation technique a été constamment améliorée. Au départ, l'idée était de prélever des cellules chez un patient, de les reprogrammer en iPS, puis de les redifférencier avant de les lui réinjecter. Les tout premiers essais ont montré que cela prenait environ un an et coûtait près d'un million de dollars par patient. Ce n'était pas réaliste à grande échelle !
Quelle solution a été trouvée ?
Les chercheurs ont changé d'approche en développant des lignées cellulaires iPS de qualité clinique à partir de donneurs. Au Japon, 27 lignées ont été créées, présentant des profils immunologiques différents. Aujourd'hui elles ont déjà été utilisées dans plus de quinze essais cliniques. Cela permet de gagner énormément en temps, en coût et en faisabilité.
Qu'en est-il de la sécurité de ces cellules ?
Après vingt ans de recherche, ce que l'on peut dire, c'est que la sécurité clinique à court terme est très bonne dans tous les scénarios présentés. En revanche, nous manquons encore de recul à long terme, ce qui est normal pour une technologie relativement récente. Les essais se poursuivent avec beaucoup de vigilance.
Les cellules iPS ont-elles aujourd'hui le même potentiel que les cellules souches embryonnaires ?
Oui. Les chercheurs qui travaillent sur la médecine régénérative ou le développement de médicaments considèrent désormais que les cellules iPS ont un potentiel équivalent à celui des cellules souches embryonnaires humaines. Si les cellules embryonnaires semblent avoir une avance historique, c'est surtout parce qu'elles ont été découvertes plus tôt, en 1998. Mais aujourd'hui, aucun traitement autorisé n'en est issu.
Quel est l'engagement de la Fondation Jérôme Lejeune sur ce sujet ?
La Fondation s'intéresse aux cellules iPS depuis le tout début. Dès 2006, l'année de la découverte, elle a soutenu un congrès à Rome où le professeur Yamanaka est venu présenter ses travaux pour la première fois en Europe. Depuis, la Fondation accompagne et soutient activement les projets utilisant les iPS, car elles constituent une alternative scientifique crédible et respectueuse de la vie humaine à l'utilisation de cellules souches embryonnaires. Cependant, si la création de cellules iPS ne pose pas, en elle-même, de difficulté éthique, des dérives graves pourraient survenir dans leur utilisation, notamment dans le domaine de la procréation (création d'embryons ou de gamètes à partir de cellules iPS). Il s'agit d'une technique qui est, en elle-même, neutre, mais qui peut faire l'objet d'usages problématiques. La Fondation reste donc vigilante sur ce sujet.
Finalement, que retenez-vous de ce congrès ?
Ce congrès montre à quel point les progrès ont été considérables en vingt ans, mais aussi que le chemin est encore long. Nous sommes toujours dans une phase d'essais cliniques, de validation, d'optimisation. Les équipes travaillent activement pour que ces thérapies deviennent plus accessibles, moins coûteuses, et puissent bénéficier au plus grand nombre. Cela vaut clairement la peine de s'engager activement pour soutenir cette technique qui est à la fois exigeante sur le plan scientifique et respectueuse sur le plan éthique.