07/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/13/2026 09:32
On trouvera, ci-après, le texte de l'allocution du Secrétaire général de l'ONU, M. António Guterres, prononcée à l'ouverture du débat ministériel du forum politique de haut niveau, à New York, aujourd'hui:
Excellences,
Il y a un peu plus d'une décennie, nous nous lancions ensemble dans un voyage: le Programme de développement durable à l'horizon 2030.
Nous avons fait d'importants progrès.
Réduction de la mortalité maternelle et juvénile.
Accès accru à la protection sociale, à l'eau potable, à l'assainissement, à l'électricité et à Internet.
Recul plus rapide des pratiques préjudiciables, comme le mariage d'enfants.
Et croissance exponentielle des énergies renouvelables.
Le processus d'examen national volontaire a donné des résultats concrets.
À ce jour, 401 examens nationaux ont été présentés - dont 36 de plus à la présente session -, ce qui montre qu'avec de la volonté politique, on trouve des solutions et on peut progresser.
Tout cela est vrai.
Mais dans notre voyage, nous avons connu quelques revers majeurs, ces dernières années.
Et nous entrons maintenant dans sa partie la plus éprouvante.
Les conflits se multiplient.
Les inégalités concentrent le pouvoir au plus haut niveau, tandis que des millions de personnes sont prisonnières de cycles prolongés de souffrance, d'instabilité et de déplacement.
Nous venons de subir les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées, et nous approchons à grands pas d'un dépassement temporaire du seuil de 1,5 degré.
Les pays en développement sont pris dans un tourbillon de problèmes financiers qu'alimentent le fardeau écrasant de la dette, l'affaiblissement des monnaies, le manque d'investissements, la hausse des coûts d'emprunt et un volant budgétaire limité.
Et au-delà de ses répercussions évidentes sur les civils et les infrastructures civiles, le conflit au Moyen-Orient a fait flamber les prix du carburant, des engrais et des denrées alimentaires et perturbé le commerce mondial, les transports et le tourisme.
Les cessez-le-feu à Gaza, au Liban et dans la région du Golfe doivent être pleinement rétablis et respectés.
Et il faut respecter l'exercice des droits et des libertés de navigation, conformément au droit international.
Excellences,
Crise après crise, les objectifs de développement durable sont de plus en plus hors de portée.
Seules 36% de leurs 139 cibles mesurables sont en voie d'être atteintes ou font l'objet de progrès modérés, tandis qu'on a reculé sur 15% d'entre elles.
Notre mission est claire: accélérer les progrès à grande échelle et à un rythme soutenu.
En investissant dans les outils qui ont fait leurs preuves en matière de réduction de la pauvreté - qu'il s'agisse de l'éducation, de la couverture sanitaire universelle, de la sécurité énergétique ou des systèmes de protection sociale adaptatifs.
En adoptant des politiques de promotion du travail décent, de l'égalité des genres et de l'accès aux technologies.
En ancrant les progrès dans les droits humains.
Et en protégeant notre planète grâce à l'action climatique, à la préservation de la biodiversité et à une transition juste vers les énergies renouvelables.
Le Forum de cette année se concentre sur cinq objectifs de développement durable.
En ce qui concerne l'eau propre et l'assainissement, le rapport de synthèse mondial publié la semaine dernière met clairement en évidence les progrès accomplis ces dernières années par les gouvernements.
Des centaines de millions de personnes supplémentaires ont dorénavant accès à des services d'eau potable et d'assainissement gérés de façon sûre.
Mais le monde est loin d'avoir atteint l'objectif 6.
Quelque 2,2 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à l'eau potable gérée de façon sûre et 3,5 milliards n'ont pas accès à l'assainissement géré de façon sûre.
En attendant, nous vivons au-dessus de nos moyens hydrologiques.
Sous l'effet de la surconsommation, de la pollution et des changements climatiques, notre monde consomme l'eau douce trop vite pour qu'elle ait le temps de se reconstituer, ce qui a des effets permanents et irréversibles sur de nombreux bassins hydrographiques, lacs, aquifères et écosystèmes d'eau douce.
Les gouvernements, le secteur privé, les entreprises et les communautés doivent s'employer ensemble à combler les lacunes en matière de financement, d'innovation, d'infrastructures, de capacités et de gouvernance.
Ils doivent unir leurs forces et mobiliser les ressources voulues pour mettre en place des institutions responsables, équitables et inclusives qui garantissent eau propre et assainissement pour tous, gèrent les exigences concurrentes liées à l'eau et s'attaquent aux risques croissants qui découlent des changements climatiques et de l'utilisation non durable de l'eau.
L'eau est le dénominateur commun de l'humanité - elle est essentielle à toute forme de vie sur Terre.
La Conférence des Nations Unies sur l'eau de cette année offrira une occasion cruciale de stimuler l'action collective sur la question.
Concernant l'énergie propre et d'un coût abordable, le monde dispose maintenant d'une voie de sortie pour s'affranchir des combustibles fossiles.
Dans la plupart des pays du monde, les énergies renouvelables sont la source d'électricité nouvelle la moins chère, la plus rapide à mettre en place et la plus facile à déployer à grande échelle.
L'an dernier, pour la première fois, la production d'énergies éolienne et solaire a dépassé la croissance totale de la demande d'électricité.
Plus de 90% des nouvelles capacités de production d'électricité renouvelable mises en service dans le monde sont déjà moins coûteuses que les solutions fondées sur les combustibles fossiles les moins chères.
Et les énergies propres attirent désormais deux fois plus d'investissements que les combustibles fossiles.
Mais quatre dollars sur cinq investis dans les énergies propres vont aux économies développées et à la Chine.
L'Afrique ne reçoit que 2% des investissements mondiaux dans les énergies propres, alors qu'elle abrite 60% du meilleur potentiel solaire au monde.
Et nombre de pays en développement sont en proie à des coûts d'emprunt exorbitants.
Il nous faut réduire le coût des capitaux afin que les investissements aillent où les possibilités sont les plus grandes.
Les minéraux critiques pour la transition vers les énergies propres doivent être gérés de manière responsable et durable.
Et tout au long de cette transition, il nous faut soutenir les pays, les communautés et les travailleurs qui sont tributaires des énergies fossiles.
En matière d'industrie, d'innovation et d'infrastructure, nous voyons d'énormes possibilités dans les outils numériques, tels que l'intelligence artificielle, pour stimuler le développement, créer des emplois décents et étendre la portée des services publics.
Il faut donc faire en sorte que tous aient accès aux technologies numériques et à Internet et soient à même de mettre en place les infrastructures et d'acquérir les compétences requises pour profiter de ces avancées.
Et il faut que la technologie soit au service de l'humanité - et non l'inverse.
L'intelligence artificielle doit réduire les inégalités et atténuer les impacts environnementaux - et non les multiplier.
En février, j'ai appelé à la création d'un Fonds mondial doté de 3 milliards de dollars, pour veiller à ce que l'IA profite à toutes les personnes et à tous les pays, particulièrement les pays en développement.
Nous avons convoqué ce mois-ci, à Genève, le premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l'intelligence artificielle afin d'avancer encore sur ces questions.
Et le mois dernier à Londres, j'ai appelé à la mise en place d'une initiative en faveur de la transparence environnementale de l'IA, invitant toutes les grandes entreprises du secteur à divulguer l'ensemble des répercussions de leurs systèmes sur l'environnement et à prendre l'engagement d'alimenter tous leurs centres de données au moyen d'énergies renouvelables d'ici à 2030.
Pour ce qui concerne les villes et communautés durables, il nous faut agir afin de remédier à la crise mondiale du logement et bâtir des villes intelligentes, résilientes et sûres.
Les gouvernements, le secteur privé, les autorités locales et la société civile doivent s'attacher de concert à mobiliser des financements équitables et durables en vue de développer les infrastructures et les services urbains.
Et les groupes marginalisés doivent être associés au processus de planification pour des logements adéquats et d'un coût abordable, la résilience climatique et les espaces verts.
Cette année, l'examen à mi-parcours du Nouveau Programme pour les villes sera l'occasion de faire avancer les choses.
Et sur les partenariats, nous devons avoir à l'esprit que les gouvernements ne peuvent pas agir seuls.
Le développement demande que tout le monde soit sur le pont: entreprises, banques de développement, innovateurs, société civile, responsables locaux et jeunes.
Et il appelle la coopération Sud-Sud, de manière à ce que les pays puissent profiter d'une expertise et d'une expérience partagées en matière de développement, sans limiter l'importance de continuer la coopération Nord-Sud.
Excellences,
Dans tous ces domaines, il nous faut agir d'urgence pour combler le déficit de financement des Objectifs de développement durable, qui s'élève désormais à plus de 4 000 milliards de dollars par an.
Les pays en développement doivent faire face à des coûts d'emprunt qui sont souvent plusieurs fois supérieurs à ceux des économies avancées.
Beaucoup dépensent davantage pour assurer le service de leur dette que pour investir dans leur population.
Et l'aide publique au développement a connu sa plus forte baisse jamais enregistrée, retombant au niveau où elle se situait au lancement du Programme 2030.
L'Engagement de Séville montre la voie à suivre.
Les pays s'y sont engagés à mieux mobiliser leurs ressources nationales - notamment en luttant contre les flux financiers illicites - et à les affecter aux domaines où les besoins sont les plus pressants.
Il faut que les banques multilatérales de développement mettent à profit l'expansion de leur capacité de prêt pour intensifier massivement les investissements.
Il faut également que les actionnaires de ces banques les dotent d'une puissance financière bien plus grande.
En accélérant les réformes.
En apportant des capitaux frais.
En élargissant les financements à des conditions favorables.
Et en leur permettant de prendre davantage de risques là où cela compte le plus.
Chaque dollar public doit mobiliser bien davantage en investissements privés - grâce à des garanties, au financement mixte, aux financements en monnaie locale et à d'autres instruments.
Nous devons accélérer l'élaboration et la mise en œuvre de nouveaux outils de gestion de la dette ainsi que d'initiatives telles que la « Plateforme des emprunteurs », lancée cette année.
Et nous devons renforcer la voix et la participation des pays en développement - réformant l'architecture financière mondiale, afin que ces pays reçoivent l'appui dont ils ont besoin.
Excellences,
Au milieu de tout ce travail, mon espoir est immense.
Même en ces temps de division, le multilatéralisme porte ses fruits.
Du Pacte pour l'avenir à l'Engagement de Séville, en passant par la Déclaration politique de Doha, le traité sur la haute mer et le Programme d'Antigua-et-Barbuda pour les petits États insulaires en développement, les pays ont montré que la coopération était possible.
Et nos progrès croissants en matière de données et de mesure nous donnent une base factuelle nettement plus solide pour permettre aux pays de mieux cibler leurs efforts de développement.
Le Sommet sur les Objectifs de développement durable, qui se tiendra l'an prochain, sera une occasion cruciale de faire avancer tout ce travail et de mobiliser le leadership, les financements et la solidarité que cette mission exige.
Maintenons vivante la vision du Programme 2030.
Faisons en sorte que ces dernières années comptent.
Je vous remercie.