03/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 11:03
L'escalade des affrontements entre le Pakistan et l'Afghanistan, devenue une "guerre ouverte" depuis le 27 février, selon Islamabad, sert de prétexte à une nouvelle vague de répression visant les réfugiés afghans, qui n'épargne pas les journalistes en exil. Reporters sans frontières (RSF) alerte sur des arrestations et menaces d'expulsions de journalistes afghans réfugiés au Pakistan, exposés à un risque majeur de représailles s'ils sont renvoyés vers le régime taliban.
Alors que les tensions militaires entre les deux pays s'intensifient depuis une semaine, plusieurs journalistes afghans en exil ont été arrêtés depuis le 27 février. Placés en centre de rétention, ils viennent s'ajouter à la vingtaine d'interpellations déjà comptabilisées par RSF depuis début 2026. Au moins six journalistes soutenus par l'organisation ont été renvoyés de force en Afghanistan au cours des 15 derniers jours, neuf au total depuis janvier. Plusieurs professionnels des médias ont raconté leur désarroi à RSF : "Depuis le 27 février, la police procède à des contrôles et à des opérations répétées contre les Afghans dans notre quartier. Bien que mon visa soit toujours valide, la police est venue à notre domicile trois fois. Aujourd'hui, le 28, ils m'ont même emmené au commissariat et m'ont détenu pendant environ une heure avant de me relâcher", déplore l'un d'entre eux.
Un autre reporter témoigne de leur isolement dans ce pays qui n'est plus un refuge : "Cela fait plusieurs semaines que ma famille et moi ne quittons plus notre domicile par crainte d'être détenus par la police pakistanaise. Nous sommes en réalité prisonniers dans notre propre maison. Nous n'avons actuellement plus de nourriture ni de produits de première nécessité."D'autres parlent aussi d'extorsion par les forces pakistanaises, en dehors de tout cadre légal. "Après avoir passé une journée entière dans un centre de détention de la police pakistanaise, j'ai été contraint de payer 115 000 roupies pakistanaises [environ 350 euros] pour éviter l'expulsion et obtenir ma libération. Début février, le propriétaire de ma maison m'a demandé de quitter les lieux", précise un des journalistes interrogés par RSF.
Ces professionnels de l'information ont tous quitté l'Afghanistan en raison de la terreur du régime taliban qui ferme les médias, poursuit les journalistes, s'acharne contre celles et ceux qui osent encore informer. Dernier exemple en date : les autorités talibanes ont fermé la station privée Radio Khushal, dans la province de Ghazni, le 4 mars, après la diffusion d'appels téléphoniques de filles participant à un programme éducatif.
"Le contexte explosif actuel ne peut pas servir de prétexte à des arrestations et expulsions arbitraires. Ces représailles sont d'autant plus inacceptables qu'elles frappent des professionnels des médias qui ont fui l'Afghanistan précisément parce qu'ils étaient menacés par les talibans. Les arrêter et les renvoyer dans leur pays revient à les livrer à un danger prévisible : arrestations, violences, ou pire... RSF demande aux autorités pakistanaises de cesser immédiatement les arrestations et les expulsions de journalistes afghans, de garantir leur protection effective et de respecter le principe de non-refoulement.
Depuis que le Pakistan a lancé l'opération "Ghazab lil-Haq" (Fureur Juste) contre l'Afghanistan le 26 février, et parle désormais de "guerre ouverte", les réfugiés afghans sont réprimés, y compris ceux disposant de documents valides. De fait, les opérations policières se multiplient à Islamabad, la capitale et dans le reste du pays. Cette intensification s'inscrit dans une politique plus large d'expulsiondes réfugiés afghans initiée en 2023, sur fond de tension avec le régime taliban, accusé par le Pakistan d'abriter des insurgés dont des combattants talibans pakistanais menant des attaques sur son territoire.
Depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en août 2021, près de 200 journalistes afghans et leurs familles ont trouvé un refuge temporaire au Pakistan, dans l'espoir d'obtenir un visa pour un pays tiers. Or, ces procédures de réinstallationvers l'Europe ou l'Amérique du Nord sont aujourd'hui ralenties ou à l'arrêt, prolongeant pour certains l'exil pendant des mois, voire des années. En 2025 déjà, au moins une vingtainede journalistes afghans exilés au Pakistan avaient été renvoyés de force vers l'Afghanistan.
Sous le joug des talibans, le paysage médiatique afghan est étouffé par le poids des restrictionset de la censure. L'Afghanistan figure ainsi à la 175e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025.