02/10/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/10/2026 14:17
Quelques semaines après l'adoption de la Déclaration politique de Doha, issue du deuxième Sommet mondial pour le développement social (novembre 2025), la Commission du développement social a conclu, ce matin, sa soixantième-quatrième session (CSocD64) entamée le 2 février dernier, dont le thème prioritaire était « promouvoir le développement social et la justice sociale au moyen de politiques coordonnées, équitables et inclusives ».
Cette session s'est tenue à un moment charnière, 30 ans après le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague, le premier du genre, et s'est appuyée sur la Déclaration de Doha pour garder le cap vers la réalisation des objectifs du développement durable (ODD) qui arrivent à échéance dans quatre ans.
Ce dernier des sept jours de travaux a donné lieu à des recommandations au Conseil économique et social (ECOSOC), dont la Commission est un organe subsidiaire: cinq textes adoptés sans vote qui réaffirment dans l'ensemble l'urgence d'accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l'horizon 2030, notamment par l'élimination de la pauvreté et le renforcement de systèmes de protection sociale universels.
Le texte dédié au thème prioritaire de la session, déposé par la Présidente de la Commission, Mme Khrystyna Hayovyshyn (Ukraine), souligne l'urgence d'accélérer l'action à tous les niveaux et par toutes les parties prenantes pour réaliser la vision et les objectifs du Programme 2030.
Le projet de résolution exprime la nécessité urgente d'éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. D'où son appel pour que les États Membres mettent en place des systèmes de protection sociale universels favorables à la famille, et tenant compte des questions liées à l'âge, au handicap et au genre, qui sont essentiels pour éliminer la pauvreté.
C'est avec insistance que le texte demande aux États Membres de placer les priorités de développement social au cœur des cadres de développement. Il souligne aussi que le développement social exige la participation active au processus de développement de toutes les parties prenantes, y compris les organisations de la société civile, les grandes entreprises, le secteur public et les petites entreprises.
Après adoption du texte, la République islamique d'Iran a pointé l'impact adverse des mesures coercitives unilatérales en appelant les États Membres à rejeter de telles « mesures illégitimes et contre-productives ». La Fédération de Russie a émis des réserves d'interprétation concernant la terminologie employée. Pour elle, le terme « genre » et ses dérivés ne font pas l'objet d'une interprétation claire et cela renvoie aux caractéristiques propres à l'appartenance à un sexe. Un point de vue semblable a été exprimé par les délégations du Sénégal et du Mali.
Le Saint-Siège, qui a aussi commenté le terme genre -qui renvoie à une identité biologique désignant l'homme ou la femme-, a salué le courage d'avoir élaboré « un nouveau texte plutôt qu'une résolution actualisée ». Il a également apprécié que la résolution reconnaisse le rôle important et unique de la famille: elle joue un rôle majeur en ce qui concerne la protection sociale de plus de 3,8 milliards de personnes ne bénéficiant toujours pas d'une protection sociale.
Une autre réserve a été formulée, par Israël, concernant le « droit au développement », alors que la Suisse, s'exprimant au nom d'un groupe de pays, a regretté l'absence de prise en compte des formes intersectionnelles de discrimination dans la mise en œuvre des politiques sociales. Cela risque de reproduire des biais, des hiérarchies et des exclusions, a-t-elle prévenu en soulignant qu'une telle approche peut aboutir à une protection sélective et partielle.
Le Libéria, au nom du Groupe des États d'Afrique, a exprimé un regret: certaines priorités essentielles de cette session n'ont pas été pleinement prises en compte dans les résultats des négociations. La quasi-suppression des références au droit au développement a été jugée préoccupante, car elle affaiblit des engagements solidement ancrés dans la Déclaration de Copenhague et son Programme d'action, ainsi que dans la Déclaration politique de Doha. Le Groupe a également déploré l'élimination des références au transfert de technologies, arguant qu'une meilleure compréhension mutuelle et une coopération renforcée seront nécessaires lors des négociations futures.
La CSocD64 a en outre recommandé que l'ECOSOC entérine un texte qui appelle à la mise en œuvre opérationnelle rapide de la Zone de libre-échange continentale africaine. Ce projet de résolution classique, présenté par l'Uruguay, au nom du Groupe des 77 et de la Chine et intitulé « aspects sociaux du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique », est une mise à jour du texte adopté annuellement. Il tient ainsi compte des résultats du Sommet de Doha sur le développement social, a notamment informé l'Uruguay.
En rappel, l'Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine est entré en vigueur le 30 mai 2019. Il vise à stimuler les échanges commerciaux en Afrique et l'intégration du continent et peut favoriser la création d'emplois décents ainsi que la transformation structurelle.
Le projet de résolution de la Commission réaffirme aussi qu'il importe d'appuyer l'Agenda 2063 de l'Union africaine (UA) et il engage les États Membres et leurs partenaires à accélérer l'action en faveur de plusieurs objectifs: l'élimination de l'extrême pauvreté, le renforcement des systèmes de santé, l'investissement dans l'agriculture et la mobilisation de ressources nouvelles et additionnelles pour le développement durable des pays d'Afrique.
La Türkiye, qui abrite à Gebze la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés (PMA), a rappelé que 33 de ces pays sont africains. La délégation a dès lors regretté que ce mécanisme ne soit pas mentionné dans un texte ambitieux centré sur l'Afrique. C'est à son avis une occasion manquée de promouvoir la contribution de la communauté internationale au renforcement des capacités de l'Afrique en matière de science, de technologie et d'innovation.
La Banque de technologies des Nations Unies, inaugurée en 2018, aide les 44 PMA à renforcer leurs capacités dans les domaines de la science, de la technologie et de l'innovation, afin de renforcer leur capacité à conduire des changements transformateurs.
Selon la Présidente de la session, tout au long de la session, un message clair s'est dégagé: les approches fragmentées ne suffisent plus à relever les défis complexes et interdépendants auxquels nos sociétés sont confrontées. Les délégations ont ainsi souligné à maintes reprises l'importance de politiques coordonnées, équitables et inclusives. Des politiques fondées sur des « approches pangouvernementales et sociétales » pour traduire les engagements mondiaux en résultats concrets aux niveaux national et local. De ce fait, a-t-elle insisté, « l'équité, l'inclusion et la coordination constituent le lien entre l'intention et l'action ».
Ce fut aussi, a poursuivi la Présidente dans son bilan, l'occasion de jeter la lumière sur les enjeux émergents, en particulier le rôle des systèmes de soins et de soutien résilients. Parallèlement, les délégations ont clairement indiqué que l'ambition doit s'accompagner de moyens de mise en œuvre, une préoccupation qui nous rappelle que « la concrétisation des engagements exigera une volonté politique soutenue, un soutien prévisible et des partenariats efficaces à tous les niveaux ». À ce propos, la Présidente a insisté sur le rôle indispensable de la société civile.
En concluant sa soixante-quatrième session, après en avoir adopté le projet de rapport présenté par sa Vice-Présidente et Rapporteuse, Mme Tursunbubu Chotonova (Kirghizistan), la Commission a organisé la prochaine.
Une décision recommandée pour adoption à l'ECOSOC contient le thème prioritaire de sa soixante-cinquième session: « renforcer le développement social au moyen d'approches intergénérationnelles devant permettre de réaliser le développement durable et de concrétiser les engagements pris à Copenhague et à Doha à l'horizon 2030 et au-delà ». Et la Commission a en adopté l'ordre du jour provisoire et la documentation.
La soixante-cinquième session s'est ensuite ouverte avec une brève séance pour élire son président: M. Stefano Guerra (Portugal). Celui-ci a souligné l'importance de la Commission pour son pays qui est résolument tourné vers le multilatéralisme. Il sera assisté de M. Abbas Tajik (République islamique d'Iran) et M. Shahriyar Hajiyev (Azerbaidjan), tous deux élus Vice-Présidents. L'élection des autres membres du Bureau, issus du Groupe des États d'Afrique et du Groupe des États d'Amérique latine et des Caraïbes, sera menée ultérieurement.
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