10/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/06/2026 16:22
La Quatrième Commission, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation, a poursuivi cet après-midi son audition des pétitionnaires sur la Nouvelle-Calédonie, le Sahara occidental, les Îles Turques et Caïques et les Îles Vierges américaines, sur fond de divergences entre les intervenants calédoniens quant aux suites à donner aux référendums d'autodétermination.
S'appuyant sur les résultats « sans ambiguïté » des trois référendums d'autodétermination tenus en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l'Accord de Nouméa, Mme Naïa Wateou, de la Province Sud, a demandé à la Commission de retirer l'archipel de la liste des territoires non autonomes. « Les Calédoniens ont choisi de rester Français », a-t-elle noté, estimant que le boycott d'un camp politique ne saurait effacer la légitimité du dernier scrutin. « Accepter cette logique reviendrait à laisser l'abstention organisée, puis la violence, se substituer au suffrage pour imposer ce que les urnes ont refusé. »
Après la « rupture » avec l'Accord de Nouméa, qui a provoqué les « traumatismes » de 2024, M. Dialla Jean-Baptiste, de UK SPPF Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), a plutôt estimé que la « vérité doit être établie ». « Revendiquer la liberté et l'autodétermination ne doit jamais être assimilé à un crime », a-t-il affirmé. Le FLNKS a donc renouvelé sa demande de renvoi de la question de la validité du troisième référendum devant la Cour internationale de Justice (CIJ).
Plus de 40 ans se sont écoulés depuis la réinscription de la « Kanaky-Nouvelle-Calédonie » sur la liste des territoires non autonomes, a observé M. Hector Pindard, du Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES) Guyane, et elle attend toujours que l'ONU déploie « les efforts les plus élémentaires » pour soutenir sa décolonisation. C'est pourquoi le pétitionnaire a appuyé la demande présentée par les Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée en faveur de l'envoi d'une mission de visite de l'ONU.
Conscient des enjeux liés à la quatrième Décennie internationale de l'élimination du colonialisme, M. Jérôme Bouquet-Elkaim, JBE Avocat, a demandé à la Commission si elle œuvrait bel et bien à la réalisation de cet objectif ou bien si elle facilitait « le maintien de l'emprise des puissances coloniales » sur leurs possessions d'outre-mer. « Votre suivi du territoire a-t-il abouti à un quelconque changement positif depuis 1986? Non! » s'est-il emporté. « Une fois de plus, le projet de résolution que vous vous apprêtez à soumettre à l'Assemblée générale est déconnecté de la réalité du terrain », s'est agacé le pétitionnaire, jugeant « insuffisant » le simple maintien, année après année, des territoires colonisés sur une liste.
La France s'est dite fermement engagée dans le processus d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, en collaboration avec le Comité de décolonisation. « Notre objectif commun est celui d'une Nouvelle-Calédonie prospère, intégrée dans son environnement régional, où les droits et aspirations de tous les Calédoniens sont respectés », a argué son représentant. Paris poursuit le dialogue politique sur l'avenir du territoire d'outre-mer, a-t-il assuré, y compris sur les questions de redressement économique et financier, dans la continuité des Accords de Nouméa et de Matignon.
S'exprimant au nom d'un groupe de pays, Vanuatu a réaffirmé sa solidarité avec les peuples du Pacifique qui demeurent sur la liste des territoires non autonomes, dont la Nouvelle-Calédonie. Comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il a salué les progrès réalisés en vue d'établir un dialogue susceptible de rétablir la confiance entre les différents acteurs, dont la Puissance administrante, et de trouver une voie pacifique et durable vers l'autodétermination.
La Commission a également abordé aujourd'hui la question du Sahara occidental, sur laquelle 170 pétitionnaires avaient demandé à s'exprimer.
« Le statut international du Sahara occidental en tant que question de décolonisation est parfaitement clair, et le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination inaliénable est non négociable », a affirmé M. Sidi Mohamed Omar, représentant du Front POLISARIO. Dès lors, la question « fondamentale » à laquelle doivent répondre les États Membres est celle de savoir s'ils laisseront prévaloir « la loi du plus fort », ou bien s'ils défendront les principes de l'ordre international.
À ses yeux, la seule option consiste à permettre au peuple sahraoui d'exercer librement son droit à l'autodétermination et à l'indépendance. Au vu des « immenses sacrifices » consentis par son peuple pour parvenir à une paix juste et durable, celui-ci entend défendre ses aspirations à l'indépendance « par tous les moyens légitimes ».
Or, l'adoption de la résolution 2797 (2025) par le Conseil de sécurité a ouvert une « nouvelle étape » en faisant de l'initiative marocaine d'autonomie la base des négociations en vue d'une solution politique définitive, a rappelé M. Jose Israel Herrera, de la Fondation internationale pour le développement, appuyé par M. Javier Fernandez Arribas. « La question n'est plus de savoir si le plan d'autonomie est viable, mais comment le concrétiser. »
Pour M. Abdoul Latif Aidara, de Cispaix, Centre africain d'intelligence stratégique, « le Sahara marocain est une véritable opportunité pour la région », un « espace de connexion » entre l'Afrique du Nord, l'Afrique de l'Ouest et le reste du continent ». Une vision de l'intégration régionale partagée par M. Robert Monzonis Gomez, autre pétitionnaire attaché à la mise en œuvre de la résolution 2797.
La décolonisation du Sahara occidental ne saurait être remplacée par une « normalisation de l'occupation militaire » du Maroc ni par une solution qui ne respecte pas le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, a estimé pour sa part M. Fabio Vincenzo Salvia, de l'EUCOCO. C'est pourquoi le renouvellement du mandat de la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) est, à ses yeux, « indispensable ».
Même son de cloche de la part de M. Akihisa Matsuno, de Friends of Western Sahara Japan, qui a qualifié la gouvernance du Sahara occidental « d'échec » relevant « d'une domination coloniale ». Il a donc appelé l'ONU à tout mettre en œuvre pour garantir l'exercice rapide du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
S'agissant des Îles Vierges américaines, Mme Judith Bourne a déploré que la sixième convention constitutionnelle en cours se limite à la rédaction d'un document compatible avec le statut actuel de l'archipel en tant que territoire non autonome et ne contrevenant à aucun aspect du contrôle exercé par la Puissance administrante sur sa gouvernance.
« On voit ici à quel point l'impérialisme se manifeste dans la manière dont les territoires non autonomes sont traités », a lancé M. Benjamin Roberts, du Turks and Caicos Forum, venu témoigner de la situation dans les Îles Turques et Caïques. Selon lui, les pays colonisateurs « sabotent » le travail des organisations civiques afin que les peuples des colonies demeurent dans l'ignorance de leurs droits.
La Quatrième Commission poursuivra son audition des pétitionnaires sur la question du Sahara occidental demain, mercredi 7 octobre 2026, à compter de 15 heures.