08/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/19/2026 15:57
Le processus de sélection du ou de la prochaine Secrétaire général(e) de l'ONU a dominé le débat annuel que le Conseil de sécurité a tenu, aujourd'hui, sur ses propres méthodes de travail, jugées perfectibles par bon nombre des quelque 50 délégations inscrites. Les États-Unis ont notamment accusé la Présidente de l'Assemblée générale -qualifiée ironiquement de « superstar de la diplomatie »- d'outrepasser ses prérogatives dans le cadre de ce processus, au risque de le compromettre.
En amont de ce débat, la note de cadrage préparée par le Danemark et le Pakistan, coprésidents en 2025 du Groupe de travail informel sur la documentation et les autres questions de procédure, posait la question en ces termes: « Comment les méthodes de travail du Conseil de sécurité peuvent-elles être améliorées pour renforcer la transparence et l'inclusivité, en tenant compte de processus en cours tels que la sélection du Secrétaire général en 2026? »
Mme Shamala Kandiah Thompson, Directrice exécutive de l'organisation Security Council Report, a tenté d'y répondre de manière argumentée, alors que le mandat de l'actuel Secrétaire général, M. António Guterres, prendra fin le 31 décembre prochain. Pour mémoire, selon l'Article 97 de la Charte des Nations Unies, le Secrétaire général de l'ONU est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité.
En 2015, l'Assemblée générale a adopté une résolution historique qui met en place une nouvelle procédure, plus transparente, ouverte et inclusive, mise en œuvre en 2016. Pour la première fois, l'ensemble du processus de nomination a été public. Les candidat(e)s ont été invité(e)s à fournir une déclaration de vision stratégique et ont pu participer à des dialogues informels avec l'ensemble des États Membres de l'Assemblée générale. Contrairement aux fois précédentes, la société civile et le public ont pu dialoguer avec toutes les personnes candidates.
Mme Kandiah Thompson a rappelé qu'un premier vote indicatif a eu lieu le 30 juillet dernier, un prochain vote étant prévu ce vendredi. Les résultats n'ont pas été rendus publics même si ces derniers ont fuité dans les médias, avec le risque d'informations erronées. Dès lors, a-t-elle avancé, le Conseil devrait rendre publics les résultats de ces votes indicatifs, ne serait-ce que pour « mieux harmoniser la communication publique du Conseil avec les réalités et les attentes entourant le processus ».
Elle a également appelé à respecter l'ordre des rencontres avec les candidats avant les scrutins indicatifs. Alors qu'en 2016, tous les candidats, y compris ceux entrés en lice plus tard, avaient pris part aux dialogues interactifs de l'Assemblée générale, puis rencontré les membres du Conseil avant d'être inclus dans les scrutins indicatifs, cet ordre n'a, cette fois, pas été respecté, a-t-elle pointé. « Un candidat inclus dans le premier scrutin indicatif n'avait pas suivi le même parcours d'échanges avec l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité. »
Plus incisifs, les États-Unis ont déploré que les méthodes de travail du Conseil ne soient pas respectées s'agissant dudit processus de sélection, avant de rappeler que le processus intergouvernemental visant à désigner le prochain Secrétaire général doit permettre de choisir « le meilleur candidat, celui qui fait preuve des plus hautes qualités et compétences requises pour ce poste ».
« C'est pourquoi les États-Unis s'opposent fermement aux agissements irresponsables de la Présidente de l'Assemblée générale, qui a outrepassé ses prérogatives dans le cadre de ce processus », a assené la représentante américaine, pour qui l'ensemble de ces actions risque de « compromettre un processus de sélection essentiel ».
À l'origine de la colère des États-Unis, la Présidente de l'Assemblée a adressé deux lettres au Conseil, insinuant au nom de la transparence, de l'équité et de l'inclusion qu'il aurait agi de manière inappropriée. Or, « ce Conseil a respecté le processus de sélection tel qu'il est défini dans la résolution 79/327 relative à la revitalisation des travaux de l'Assemblée générale », ce que n'a pas fait Mme Annalena Baerbock, au détriment de « l'image des travaux de l'Assemblée générale dans leur ensemble ».
De surcroît, a poursuivi la déléguée, la Présidente de l'Assemblée a organisé, le 23 juillet, une évaluation « inéquitable, opaque et sans précédent » des candidats par des personnes qui n'avaient pas vocation à y participer. Ce faisant, elle s'est inscrite « dans une tendance où les dirigeants de l'ONU se prennent pour des superstars de la diplomatie plutôt que pour des administrateurs en chef », a-t-elle renchéri.
Notant enfin que, dans sa seconde lettre, Mme Baerbock a demandé au Conseil de ne pas prendre en considération les candidats n'ayant pas participé à un dialogue avec l'Assemblée générale, la représentante a fait valoir que le Conseil est « libre d'examiner des candidatures de personnes n'ayant jamais participé à un dialogue avec l'Assemblée générale ».
Le Royaume-Uni a indiqué qu'il continuera d'évaluer tous les candidats et candidates sur la base de leur mérite, en se concentrant avant tout sur la sélection de la personne la plus qualifiée pour diriger l'ONU en cette période charnière. « Notre tâche collective, à savoir la sélection du prochain ou de la prochaine Secrétaire général(e) de l'ONU, devrait continuer d'être guidée par l'Article 97 de la Charte, par les processus figurant dans la lettre conjointe du 25 novembre 2025 et par la résolution 79/327 de l'Assemblée générale. »
Consciente qu'aucune femme n'a encore été désignée à ce poste, la France a, de son côté, promis qu'elle examinera l'ensemble des candidatures officielles en présence « à la lumière de leurs mérites individuels, de leur capacité à défendre et promouvoir les buts et principes de la Charte, à mener à bien la réforme de l'Organisation, à en faire vivre la valeur fondamentale du multilinguisme, et à en revigorer l'activité dans les trois piliers ».
S'exprimant au nom des 10 membres élus du Conseil (E10), le Libéria a estimé que la transparence doit être de mise s'agissant de la sélection du ou de la Secrétaire général(e). Le Conseil devrait maintenir un dialogue constructif avec les candidats et tenir l'ensemble des membres régulièrement informés. « Une fois le processus achevé, il serait utile d'en faire le bilan afin de l'améliorer. »
L'Allemagne a aussi demandé que le processus de sélection soit aussi inclusif et transparent que possible, ce qui bénéficierait à tous les États Membres. S'exprimant au nom du Groupe Responsabilité, cohérence et transparence (ACT), la déléguée de la Nouvelle-Zélande a également appelé à davantage de transparence. « Le Groupe ACT a toujours été en faveur d'un processus juste, transparent, inclusif et permettant un traitement sur un pied d'égalité de tous les candidats », a-t-elle souligné.
Pour y parvenir, elle a préconisé une plus grande transparence sur les votes indicatifs et une annonce régulière des résultats officiels par la présidence de l'Assemblée générale.
Constatant à cet égard que les fuites sont « nombreuses et rapides », la représentante a plaidé en faveur d'une approche structurée pour l'annonce des résultats. Elle a enfin encouragé des communications pérennes et soutenues entre les présidences du Conseil et de l'Assemblée générale.
Les retards pris dans la répartition des présidences et vice-présidences des organes subsidiaires du Conseil ont été l'autre thématique essentielle de ce débat. « Il s'agit désormais de la plus longue période sans présidents ni vice-présidents désignés depuis que la pratique consistant à consigner cette répartition dans une note de la présidence a été instaurée en 1979 », a déploré Mme Kandiah Thompson, précisant que l'impasse actuelle est liée à un désaccord sur la présidence du Comité des sanctions contre l'Iran et au différend plus large concernant le rétablissement des sanctions contre ce pays.
Afin d'y remédier, la Directrice exécutive de Security Council Report a proposé au Conseil d'envisager de dissocier les nominations incontestées de celles qui font l'objet de désaccords. Elle a également suggéré de prévoir des mandats de deux ans pour les présidents, ce qui permettrait à un membre poursuivant son mandat une deuxième année de conserver la présidence sans être affecté par les désaccords. Mme Kandiah Thompson a préconisé que le Conseil adopte une note présidentielle précisant la marche à suivre.
En attendant, des délégations ont exprimé une réelle impatience, à l'instar de la Fédération de Russie qui a dénoncé la réticence persistante de « ses collègues occidentaux » à réexaminer les sanctions imposées aux pays lorsqu'elles ne sont plus adaptées. Le « balancier des sanctions » en République populaire démocratique de Corée, au Soudan, au Soudan du Sud et en République centrafricaine est, selon elle, « utilisé par certains États comme un levier privilégié de pression politique extérieure, sous couvert de l'ONU ».
Partisane elle aussi d'une révision des régimes de sanctions, la Chine a appelé à intensifier les consultations concernant les arrangements relatifs aux présidents et vice-présidents des organes subsidiaires. « Il convient de réfléchir à des approches innovantes pour faire face à cette situation », a-t-elle plaidé. Le Japon a, lui, vivement exhorté les membres du Conseil à trouver un accord sans plus tarder, « par le biais de consultations équilibrées, transparentes, efficaces et inclusives », tandis que l'Inde demandait l'adoption d'un calendrier définitif et non négociable pour ces désignations.
L'Allemagne a exhorté à son tour les membres permanents à sortir de cette impasse le plus rapidement possible. Le processus doit être consultatif et transparent, a abondé le Brésil, appuyé par le Zimbabwe, futur membre du Conseil. Plus globalement, le Brésil a estimé qu'il n'y a aucune contradiction entre la transparence et l'efficacité du Conseil, y compris en ce qui concerne l'une de ses plus importantes responsabilités: la recommandation du ou de la prochaine Secrétaire général(e).
Plusieurs pays ont par ailleurs soutenu une réforme de la composition du Conseil, à commencer par l'Inde, qui a réclamé un élargissement des deux catégories de membres, « avec une représentation plus importante du Sud ». Une position appuyée par l'Allemagne -qui a dit soutenir la position africaine- et la France, celle-ci plaidant en outre pour un usage raisonné du veto par les membres permanents de l'organe.
L'observateur de l'Union africaine a quant à lui appelé de ses vœux un Conseil qui entende les régions avant que les décisions soient prises et qui garantisse le bon fonctionnement de ses organes subsidiaires. « Cela permettrait de mieux servir l'Afrique dans la configuration actuelle du Conseil, quelle que soit la forme que celui-ci prendra à l'avenir. »