04/02/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/01/2026 18:42
Une nouvelle analyse d'Oxfam publiée aujourd'hui en amont des Réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington, révèle que seuls 3 % de plus de 1 000 recommandations fiscales formulées par le FMI à l'intention des gouvernements ces dernières années portent sur l'imposition de la fortune nette ou des revenus du patrimoine.
Oxfam a examiné les recommandations fiscales prodiguées par le FMI à 125 pays entre 2022 et 2024. Malgré la croissance rapide des richesses extrêmes (la fortune des milliardaires a augmenté de 81 % depuis 2020), seules 30 des 1 049 recommandations portent sur l'imposition de la fortune nette ou des revenus du patrimoine, notamment des plus-values.
« Alors que les fortunes des milliardaires croissent à une vitesse extraordinaire, le silence du FMI sur l'imposition des richesses extrêmes devient de plus en plus insoutenable, » a déclaré Kate Donald, responsable du bureau d'Oxfam International à Washington.
« Le FMI conforte un système où les gens ordinaires, déjà étranglés par la hausse des prix, sont les premiers à supporter le poids des impôts. En même temps, de vastes concentrations de richesses indécentes restent largement non imposées. Une réforme fiscale sérieuse devrait commencer par ceux qui sont le plus en mesure de contribuer. »
L'analyse d'Oxfam met en évidence deux divergences frappantes dans les recommandations fiscales du FMI, variant de manière significative selon le niveau de revenu des pays.
Premièrement, 52 % des recommandations fiscales prodiguées aux pays à revenu élevé étaient progressives, tandis que 59 % de celles destinées aux pays à revenu faible et à revenu intermédiaire inférieur étaient régressives. Un système fiscal progressif garantit que les individus disposant de revenus plus élevés et de plus de richesses contribuent davantage à l'impôt. Or, les mesures progressives, telles que la taxation de la fortune nette ou des plus-values, ont rarement été recommandées ; lorsqu'elles l'étaient, ces préconisations se concentraient quasi exclusivement sur les économies à revenu élevé.
Deuxièmement, bien que le FMI reconnaisse publiquement que la politique fiscale est un outil essentiel de lutte contre les inégalités, il associe ses recommandations fiscales à cet enjeu bien plus souvent pour les pays à revenu élevé (34 %) que pour les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire inférieur (8 %). Près de 90 % des pays à revenu faible et à revenu intermédiaire inférieur présentent des niveaux d'inégalité moyens ou élevés.
« Le FMI applique un double standard inquiétant qui remet en cause l'uniformité qu'il érige pourtant en principe fondamental. Il réserve l'essentiel de ses recommandations fiscales progressives aux pays riches, tandis que ses orientations pour le reste du monde demeurent largement régressives. Le Fonds doit fournir des conseils sur l'imposition tout aussi progressifs à tous ses membres - ou admettre que son engagement à lutter contre les inégalités n'est qu'une simple figure de rhétorique », a déclaré Kate Donald.
L'analyse d'Oxfam a également révélé que 10 % des réformes fiscales recommandées par le FMI traitent des inégalités de genre, et que la plupart de ces références ne représentent que quelques phrases. Dans l'ensemble, plus de 90 % de toutes les recommandations fiscales du FMI se concentrent sur l'ajustement de mesures existantes.
Dans le contexte des attaques illicites menées par les États-Unis et Israël ainsi que la riposte iranienne, la politique fiscale demeure un outil essentiel pour atténuer l'impact de la flambée des prix de l'énergie, qui fait grimper les coûts des transports, de l'alimentation et des produits de première nécessité, touchant de manière disproportionnée les ménages à faibles revenus. Une taxe sur les superprofits des entreprises du secteur de l'énergie, qui s'apprêtent à enregistrer des bénéfices nettement plus élevés, devrait être systématiquement intégrée dans les recommandations fiscales du FMI. Oxfam estime que 45 entreprises énergétiques ont réalisé en moyenne 237 milliards de dollars par an de superprofits en 2021 et 2022.
Oxfam exhorte le FMI à saisir l'opportunité de sa révision stratégique en cours pour réformer en profondeur l'intégration de la politique fiscale dans ses missions de surveillance. Plus précisément, le FMI doit :
Oxfam a analysé les recommandations fiscales prodiguées par le FMI à 125 pays entre 2022 et 2024 en s'appuyant sur une base de données inédite comprenant 1 049 recommandations extraites des rapports au titre de l'article IV. Téléchargez le rapport d'Oxfam intitulé « Time to Walk the Talk: The IMF's Advice 2022-2024 » (en anglais) ainsi que la note méthodologique.
La fortune des milliardaires a bondi de 81 % depuis 2020, ce alors qu'une personne sur quatre n'a pas régulièrement de quoi se nourrir et que près de la moitié de la population mondiale vit dans la pauvreté.
Les données sur les inégalités proviennent de la plateforme « Poverty and Inequality » de la Banque mondiale. Un coefficient de Gini supérieur à 0,4 indique un niveau élevé d'inégalité des revenus, tandis qu'une valeur de 0,3 ou plus signifie une inégalité moyenne.
Oxfam estime que 45 entreprises énergétiques ont réalisé en moyenne 237 milliards de dollars par an de superprofits en 2021 et 2022. Les entreprises du secteur de l'énergie s'apprêtent à engranger à nouveau des superprofits exceptionnels.
Isabella M. Weber et d'autres chercheur.es ont constaté qu'aux États-Unis, en 2022, 50 % des bénéfices tirés des combustibles fossiles sont allés au 1 % des personnes les plus riches. En revanche, les 50 % les plus pauvres n'ont reçu que 1 % des bénéfices.
Annie Thériault au Pérou | [email protected] | +51 936 307 990