UNOG - United Nations Office at Geneva

04/17/2026 | News release | Distributed by Public on 04/17/2026 22:37

« Abattus comme des chèvres » : désespoir et abandon au Soudan du Sud

De hauts responsables de l'ONU ont dressé vendredi, devant le Conseil de sécurité, un tableau désolant du Soudan du Sud, décrivant une tourmente politique, une violence croissante, la faim et la maladie, le tout sur fond de coupes budgétaires limitant la capacité de la mission de maintien de la paix de l'ONU à protéger les civils.

Anita Kiki Gbeho, nouvelle Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) - nommée le 11 avril à la suite du décès de son prédécesseur, Nicholas Haysom - a alerté sur la détérioration de la situation dans le pays depuis le dernier briefing, tenu au début de l'année.

Les combats entre les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud et le Mouvement populaire de libération du Soudan (également connu sous le nom d'Armée d'opposition) se sont intensifiés, en particulier dans l'État du Jonglei, et les civils continuent d'en payer le prix fort.

L'ONU a signalé une augmentation de 40 % du nombre de morts et de blessés en 2025 par rapport à 2024, et a averti que la violence intercommunautaire persistait dans certaines parties des Équatorias, du Bahr el Ghazal et du Warrap, alimentée par les vols de bétail, les différends fonciers et les attaques de représailles.

Photo de l'ONU / Loey Felipe
Anitia Kiki Gbeho, Cheffe de la mission de paix des Nations Unies au Soudan du Sud, fait le point lors d'une réunion du Conseil de sécurité.

Moins de moyens financiers

L'intensification des combats et des violations des droits de l'homme coïncide avec des coupes budgétaires affectant la MINUSS, lesquelles ont contraint la Mission à réduire la voilure sur certaines activités. Mme Gbeho a fait observer que la capacité opérationnelle avait été réduite de 24 à 30 %.

Bien que les Casques bleus aient été en mesure de protéger les civils à la suite d'incidents violents à Akobo et Abiemnhom, Mme Gbeho a souligné que leur présence à plus long terme n'était pas financièrement viable dans les conditions budgétaires actuelles.

La diminution des capacités en matière de lutte antimines, a-t-elle ajouté, a limité la capacité de la Mission à neutraliser les engins explosifs tout en assurant simultanément le soutien aux patrouilles et la sécurité des sites, entraînant ainsi des retards dans la réponse aux demandes humanitaires dans des zones à haut risque telles que le Jonglei.

Les Casques bleus disposent de moins de moyens pour interagir avec les autorités locales, les chefs traditionnels et les communautés. Cette situation affecte les mécanismes d'alerte précoce, le renforcement de la confiance et la visibilité, risquant ainsi d'éroder la confiance et d'accroître la probabilité de désinformation.

La Cheffe de la Mission a souligné le dilemme auquel sont confrontés la MINUSS et le Conseil. « L'ampleur et l'urgence des besoins sur le terrain ne sont pas à la hauteur du type d'engagement soutenu et d'investissements requis pour concrétiser pleinement l'ambition partagée d'une voie durable vers la paix », a-t-elle dit.

UNMISS/Denis Louro
Des Casques bleus de la MINUSS en patrouille dans le sud-ouest du Soudan du Sud (photo d'archives).

Un carrefour dangereux

La crise humanitaire dévastatrice au Soudan du Sud a été soulignée par Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, qui a déclaré au Conseil que la plus jeune nation du monde « se trouve à un carrefour dangereux ».

Cette année, a-t-il indiqué, environ les deux tiers de la population auront besoin d'une assistance humanitaire. Pourtant, le Plan humanitaire des Nations Unies, d'un montant de 1,46 milliard de dollars, n'est financé qu'à hauteur de 22 %.

M. Fletcher a cité des données récentes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui révèlent que 1,35 million de personnes dans tout l'État de Jonglei ont perdu l'accès aux soins de santé après la destruction ou la fermeture forcée de 26 établissements. Le choléra est en recrudescence et la rougeole persiste.

Lors d'une récente visite à Jonglei, des femmes de la région ont confié à M. Fletcher qu'elles avaient fui une violence extrême, que leurs maisons avaient été incendiées et que des gens avaient été « massacrés comme des chèvres ».

Les combats dans l'État du Haut-Nil, a-t-il ajouté, sont tout aussi alarmants : les affrontements, les restrictions d'accès et les entraves aux opérations humanitaires de l'ONU bloquent l'acheminement de l'aide.

Des niveaux d'insécurité alimentaire critiques sont prévus dans les 10 États du Soudan du Sud au cours de la période de soudure, qui débute ce mois-ci et se prolonge jusqu'en juillet : plus de 7,5 millions de personnes auront besoin d'une aide alimentaire cette année.

© UNOCHA/Adedeji Ademigbuji
Une femme est assise avec son bébé à l'intérieur d'un abri d'urgence de fortune à Malakal, au Soudan du Sud.

Fournir de l'aide sous le feu

Face à de multiples défis, les Casques bleus et les travailleurs humanitaires au Soudan du Sud continuent de soutenir la population.

Rien qu'à Jonglei, plus de 113 000 personnes ont déjà reçu de la nourriture cette année, et les partenaires de l'ONU ont fourni plus de 14 tonnes de fournitures médicales d'urgence, ainsi que des milliers de kits d'eau, d'assainissement et d'hygiène.

Malgré les contraintes, la Mission a pu poursuivre un travail crédible de surveillance et de signalement des violations des droits de l'homme, ce qui a contribué à améliorer le contrôle des lieux de détention et à obtenir la libération de personnes détenues arbitrairement.

La MINUSS continue également de soutenir l'accès à la justice dans les zones où les institutions formelles sont absentes depuis longtemps, grâce à des tribunaux mobiles et spéciaux, contribuant ainsi à réduire les cycles de violence de représailles et à rétablir la confiance dans l'autorité de l'État.

Découverte de corps lors de travaux routiers

Photo ONU/Isaac Billy
La violence intercommunautaire affecte durement la population du Soudan du Sud.

Le jour même où Mme Gbeho faisait son exposé devant le Conseil de sécurité, la Commission des droits de l'homme de l'ONU au Soudan du Sud a exprimé sa vive préoccupation face à des informations faisant état de la découverte de corps dans le Jonglei au cours de récents travaux routiers, avertissant que le véritable coût humain de la reprise de la violence dans le pays pourrait être considérablement plus élevé que ce qui est actuellement connu.

Selon les enquêteurs de l'ONU, les premières informations suggèrent que ces corps pourraient être ceux de combattants tués lors de combats antérieurs, bien que les circonstances entourant leur mort et leur inhumation restent floues.

« Ces informations sont profondément troublantes. La découverte de restes humains dans une zone touchée par le conflit est toujours un sujet de grave préoccupation », a déclaré Yasmin Sooka, présidente de la Commission.

Nécessité d'une enquête impartiale

Ces informations font surface alors que le conflit a repris dans le pays, notamment avec des combats intenses autour d'Akobo ces derniers jours, où le contrôle du territoire aurait basculé entre les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (SSPDF) et des éléments du Mouvement populaire de libération du Soudan dans l'opposition (APLS-IO).

La Commission a averti que la reprise des hostilités traduisait un effondrement plus général de l'accord de paix et un retour à des schémas de violence qui, historiquement, ont conduit à des atrocités de masse.

« La possibilité que des victimes soient enterrées dans des sites non signalés met en lumière une réalité encore plus troublante : celle où l'ampleur réelle des souffrances est dissimulée », a ajouté Mme Sooka.

La Commission a également souligné que la découverte de fosses communes liées au conflit suscitait de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire et des droits de l'homme, et nécessitait l'ouverture d'une enquête rapide, indépendante et impartiale.

Sites à préserver en vue d'une enquête

Elle a insisté sur le droit des familles à connaître le sort de leurs proches et à voir leur dignité respectée. « Tous les efforts doivent être déployés pour veiller à ce que les dépouilles soient identifiées dans la mesure du possible et à ce que les enquêtes soient menées de manière transparente et conformément au droit international ».

La Commission a souligné que ces sites devaient être sécurisés et préservés en vue d'une enquête indépendante, impartiale et professionnelle, comprenant des examens médico-légaux appropriés, conformément aux normes internationales. Il s'agit « de mener des enquêtes médico-légales en bonne et due forme et de veiller à ce que les responsables soient identifiés et traduits en justice ».

« Une gestion adéquate des sites funéraires est essentielle non seulement pour établir les responsabilités, mais aussi pour préserver les preuves médico-légales », a affirmé l'un des membres de la Commission, Barney Afako. « Le non-respect des procédures régulières risque d'entraîner la perte d'informations cruciales sur les circonstances dans lesquelles ces personnes sont décédées ».

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