02/04/2026 | News release | Distributed by Public on 02/04/2026 23:24
Dire que la croissance traditionnelle des villes n'a pas été une expérience positive pour la planète relève presque de l'euphémisme. L'urbanisation mal pensée - voire pas du tout encadrée - a engendré toute une série de maux : inondations, îlots de chaleur (lorsque les zones urbaines deviennent bien plus chaudes que les zones rurales) ou encore pénuries d'eau.
Parallèlement, les espaces urbains se sont progressivement détachés de la nature et de la production alimentaire. L'éloignement croissant entre citadins et campagnes contribue à la déforestation, aux émissions de gaz à effet de serre et à l'érosion de notre lien avec la nature. Mais Marcia Mikai et ses collègues pensent avoir trouvé une réponse à l'étalement urbain non durable qu'ils dénomment agrihood, ou quartier agro-urbain.
Son entreprise, Pentagrama Projetos em Sustentabilidade e Regeneração, repense la manière dont les villes se développent, afin que leur croissance puisse réellement favoriser la restauration des écosystèmes, renforcer la résilience climatique et créer des communautés en meilleure santé.
Les urbanistes, designers et architectes de Pentagrama mettent leurs idées en pratique dans plusieurs villes brésiliennes, notamment à São Paulo, dont la région métropolitaine de 22 millions d'habitants en expansion grignote terres agricoles et forêts, effaçant les frontières entre zones urbaines et rurales.
« J'étudie les modèles financiers des systèmes agroforestiers depuis des décennies », explique Marcia Mikai. « Une chose que j'ai découverte dans mes recherches, c'est que l'agrihood, le quartier agro-urbain développé autour d'une production agricole, peut être très rentable ».
« Beaucoup de gens s'inquiètent de la sécurité alimentaire ; ils veulent vivre dans un endroit offrant des espaces communs de qualité et un véritable sentiment de communauté. Lorsque je montre des images de ce à quoi ces quartiers pourraient ressembler, ils sont enchantés ».
Le modèle de Mme Mikai vise à stopper l'expansion incontrôlée des villes en redonnant vie à des terres dégradées - souvent abandonnées après avoir été utilisées pour des pratiques non durables, comme le pâturage intensif du bétail.
Dans cette version de l'agrihood - un concept né aux États-Unis pour désigner des quartiers résidentiels autour de terres agricoles - les sols sont régénérés afin d'allier agroforesterie durable, bâtiments à usage mixte et espaces d'éducation environnementale.
Ces nouvelles zones fonctionnent en harmonie avec la nature, au point de presque devenir une extension de l'environnement naturel. Des plantes et arbres autochtones et comestibles sont replantés, contribuant à rafraîchir les villes et à réduire les risques d'inondation en ralentissant le ruissellement - tout en rechargeant les nappes phréatiques.
Des espèces menacées, chassées des villes, y trouvent refuge ; les espaces verts partagés reconnectent les habitants à leur alimentation et à leur communauté ; et cet environnement riche en biodiversité absorbe activement le carbone de l'atmosphère, transformant la croissance urbaine en action climatique.
« Les agrihoods ont tant d'avantages », affirme Mme Mikai. « Ils économisent l'eau, protègent la biodiversité et permettent aux gens de consommer une nourriture produite localement. Nous les voyons comme des lieux où jeunes et personnes âgées, riches et ménages à faibles revenus vivent ensemble et s'intègrent ».
« Peut-être suis-je romantique, mais je pense que cela peut devenir notre réalité ».
Les agrihoods brésiliens, également expérimentés à Brasilia et Curitiba, illustrent l'argument avancé par l'ONU : investir dans des solutions « positives pour la nature » génère des retombées environnementales et économiques saines.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) vient de publier sa dernière édition du Rapport sur l'état des financements en faveur de la nature, qui révèle que les flux financiers destinés à des investissements nuisibles à la planète - comme les services publics, les énergies fossiles ou la construction - sont trente fois supérieurs à ceux consacrés aux solutions favorables à la nature, telles que les agrihoods.
Ivo Mulder, responsable de l'unité de financement climatique au PNUE, estime que l'exploitation des ressources naturelles doit être freinée car « la partie immergée de l'iceberg, c'est que, tant que ce financement destructeur pour la nature alimente nos économies, il finira par les mener à leur perte ».
Au-delà des réformes politiques préconisées dans le rapport, M. Mulder estime que notre façon de penser la nature doit également évoluer.
« On parle souvent de la nature comme d'environnements vierges, tels que des parcs nationaux clôturés. Mais nous devons davantage réfléchir à la manière d'intégrer la nature dans notre quotidien, d'adapter nos villes pour qu'elles puissent faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes, afin que, lorsqu'il pleut abondamment, nos rues et nos maisons ne soient pas inondées ».
Cet état d'esprit, ajoute-t-il, ne doit pas seulement concerner les dirigeants des secteurs de l'immobilier, du tourisme ou de l'industrie, mais aussi l'ensemble de la population.
« En cette période d'incertitude géopolitique, les gens ont une vision relativement pessimiste du monde, mais ils doivent pouvoir imaginer une alternative positive. Par exemple, à quoi ressemblerait New York si elle intégrait davantage de solutions fondées sur la nature ? »
« Plus de verdure, moins de chaleur, moins de climatisation… pour une ville plus vivable et une économie plus prospère ».