05/22/2026 | Press release | Archived content
La journaliste norvégienne Helle Lyng, du quotidien Dagsavisen, fait l'objet d'une campagne de cyberharcèlement et de diffusion publique d'informations personnelles (doxxing), après avoir dénoncé le refus du Premier ministre indien Narendra Modi de répondre aux questions de la presse à Oslo le 18 mai. Reporters sans frontières (RSF) appelle autorités indiennes et plateformes sociales à y mettre un terme. Son compte Instagram doit également être restauré.
C'est une simple question qui a déchaîné une tempête. Le 18 mai, une journaliste du quotidien Dagsavisen, Helle Lyng, assistait à Oslo, la capitale norvégienne, à un point presse réunissant le Premier ministre indien Narendra Modi et son homologue norvégien, Jonas Gahr Store. Ces derniers avaient prévenu qu'ils ne répondraient pas aux médias.
Alors que les deux dirigeants descendaient de l'estrade, elle a interpellé le chef du gouvernement indien : "Monsieur le Premier ministre Modi, pourquoi ne répondez-vous pas à quelques questions de la presse la plus libre au monde ?" Narendra Modi, qui n'a jamais tenu de conférence de presse depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 2014, a quitté la salle sans lui répondre. "Je savais que les Premiers ministres ne répondraient pas aux questions", explique la journaliste contactée par RSF. "Mais je refuse l'idée qu'un dirigeant étranger puisse venir en Norvège, se contenter de dérouler ses éléments de langage, puis quitter la scène sans répondre à la presse. Surtout lorsqu'il s'agit d'un dirigeant aussi puissant que le Premier ministre indien."
La journaliste a relaté la scène sur la plateforme X en citant le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF : "Le Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi, n'a pas pris ma question, je ne m'attendais pas à ce qu'il le fasse. La Norvège occupe la première place au Classement mondial de la liberté de la presse, l'Inde est à la 157e place, en concurrence avec la Palestine, les Émirats arabes unis et Cuba. C'est notre travail de questionner les pouvoirs avec lesquels nous collaborons."
Depuis cette publication, Helle Lyng est la cible d'une vague massive de messages hostiles sur les réseaux sociaux, provenant de comptes proches de l'extrême droite nationaliste hindoue. Certains posts l'accusent notamment d'être une "espionne", une "propagandiste à la solde de la Chine", un "agent du Pakistan", une "prostituée", une "djihadiste", entre autres. Un "portrait" publié dans la foulée sur la plateforme OpIndia, rouage central du harcèlement des journalistes en Inde, a en outre contribué à amplifier les attaques contre elle.
La journaliste a également indiqué sur X que ses comptes Instagram et Facebook avaient été suspendus le 19 mai : "Tout au long de la journée, j'ai lutté pour me connecter à mon compte Instagram. Maintenant, j'ai été suspendue. C'est un petit prix à payer pour la liberté de la presse, mais je n'ai jamais vécu cela auparavant." Elle a finalement pu accéder à Facebook à nouveau le lendemain, mais son compte Instagram est toujours bloqué. Son numéro de téléphone circule également sur les réseaux sociaux, elle a reçu des messages haineux sur son compte Whatsapp, dont l'un souhaitant que sa famille soit "anéantie par une bombe nucléaire".
"Cette affaire est la démonstration éloquente de la situation dramatique de la liberté de la presse en Inde : un Premier ministre qui depuis son arrivée au pouvoir se soustrait aux questions des journalistes et refuse l'exercice élémentaire de la conférence de presse, tandis qu'une campagne de discrédit et de haine en ligne, orchestrée par une armée de trolls proches du pouvoir, se déchaîne contre une journaliste critique. Il ne s'agit de rien d'autre que du quotidien des journalistes en Inde, ciblés par des réseaux de cyberharcèlement, et par les médias de l'extrême droite suprémaciste, dès lors qu'ils osent questionner le pouvoir ou enquêter sur des sujets sensibles. Une mécanique de la peur qui a pour but de réduire au silence les journalistes et qui se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Les autorités indiennes doivent mettre fin à l'impunité dont bénéficient ces réseaux de harcèlement, mais les plateformes doivent aussi prendre leurs responsabilités. Cette vague de harcèlement contre une journaliste témoigne encore une fois que les mesures de protection des professionnels de l'information, si tant est qu'elles existent, sont d'une inefficacité criante sur ces services numériques.