02/02/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/02/2026 17:27
La Commission du développement social a entamé aujourd'hui sa soixante-quatrième session (CSocD64), qui, jusqu'au 10 février, examinera les moyens de « promouvoir le développement social et la justice sociale au moyen de politiques coordonnées, équitables et inclusives », thème prioritaire de la session, au regard de l'urgence du moment pour consolider la paix sociale.
Pour s'acheminer vers la justice sociale, la prise de décisions ne doit plus être fragmentée et les politiques économiques, sociales, environnementales et numériques doivent être alignées sur des objectifs communs, recommande d'ailleurs l'un des trois rapports du Secrétaire général dont était saisie la Commission.
Le développement social « n'est pas un luxe » réservé aux jours plus calmes, a averti Mme Annalena Baerbock, Présidente de l'Assemblée générale, en soulignant l'accumulation de crises dans le monde -des changements climatiques aux tensions géopolitiques, en passant par la transition démographique, les inégalités croissantes et la transformation numérique. Évoquant les témoignages de jeunes agriculteurs au Niger, elle a rappelé que certains, confrontés à la précarité, ont rejoint des groupes extrémistes « non par idéologie, mais pour survivre ».
La justice sociale et le développement social: des priorités qui ne peuvent plus être reléguées au second plan, a déclaré à l'ouverture la Présidente de la CSocD64, Mme Khrystyna Hayovyshyn (Ukraine), en exhortant les États Membres à intensifier leurs efforts à ces fins. Un appel repris par la Vice-Secrétaire générale de l'ONU, Mme Amina J. Mohammed, pour qui le développement social est « un investissement dans la stabilité, et non un coût ».
« Il est temps de revoir nos ambitions à la hausse » et d'adopter davantage de cohérence, a plaidé Mme Mohammed, tandis que Mme Hayovyshyn a insisté sur l'objectif central de la session. « Il s'agit de produire des résultats et de passer des engagements à l'action. »
La Commission du développement social doit ainsi contribuer à transformer les engagements en changements concrets, après ceux des sommets de Copenhague et de Doha ainsi que les promesses du Programme 2030. La Sous-Secrétaire générale à la coordination des politiques au Département des affaires économiques et sociales (DESA), Mme Bjørg Sandkjær a reconnu que la promesse de Doha ne se concrétiserait pas dans les salles de conférence, mais dans les foyers et les lieux de travail, là où les populations doivent pouvoir bénéficier de la sécurité, d'une vie digne et d'une chance équitable de contribuer à la société.
Adoptée en novembre dernier au Qatar, 30 ans après le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague, la Déclaration politique de Doha se veut « un catalyseur pour le développement » et un projet conçu « pour les peuples », a-t-on rappelé.
La société civile a également plaidé pour que les Déclarations de Copenhague et de Doha ne restent pas de simples engagements sur le papier, mais se traduisent par des politiques « coordonnées, équitables et inclusives », grâce à des mécanismes de participation prévisibles, transparents et dotés de ressources suffisantes, comme l'a défendu la Présidente du Comité des ONG pour le développement social, Mme Gillian D'Souza-Nazareth. Une revendication soutenue par Mme Mohammed, qui a rappelé que les ONG avaient contribué à plus de la moitié des engagements politiques enregistrés à Doha.
Les nombreux représentants gouvernementaux et des groupes régionaux présents à cette séance ont, tour à tour, présenté leurs politiques nationales d'élimination de la pauvreté, associant création d'emplois, socles de protection sociale universelle et services publics inclusifs, mesures jugées essentielles à la construction d'une société plus juste.
Décrivant la Déclaration de Doha comme « une feuille de route ambitieuse pour renforcer la justice sociale et lutter contre la pauvreté », la Ministre de la famille et du développement social du Qatar s'est dite convaincue que « sa mise en œuvre concrète et intégrale sera le véritable test du succès collectif » de la communauté internationale. L'Union européenne, par la voix de Chypre, a estimé que ce document politique, appuyé par l'Engagement de Séville (engagement des États Membres en faveur du financement du développement durable, pris en juillet 2026), constitue le socle d'un contrat social mondial renouvelé.
Des inquiétudes ont été exprimées par le Venezuela, qui s'exprimait au nom du Groupe des Amis pour la défense de la Charte des Nations Unies: il a tiré la sonnette d'alarme sur les menaces au développement social résultant de violations du droit international et de mesures coercitives unilatérales. Le Chili, lui, s'est inquiété du sort réservé aux personnes âgées, soulignant que le vieillissement de la population doit être abordé comme une tendance mondiale transversale.
Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, l'Uruguay a jugé impératif de renforcer les coopérations Nord-Sud, Sud-Sud et triangulaire afin de soutenir les efforts nationaux visant à concrétiser les engagements pris.
Mais comment réduire le cycle de la pauvreté et transformer les politiques sociales -protection sociale, soutien à la famille, soins, inclusion et accès à l'emploi- en leviers durables d'autonomisation et de paix sociale, tout en garantissant que personne ne soit laissé pour compte face aux transitions démographiques et économiques? Tel est le défi mis en avant par plusieurs délégations, dont le Zimbabwe, qui a insisté sur l'importance de systèmes de protection sociale efficaces pour réduire la pauvreté et renforcer le capital humain.
Faire passer les foyers « de l'aide à l'autonomie » est l'objectif des Philippines qui utilisent pour cela des programmes combinant assistance et développement des compétences. Quant au Guatemala, il s'appuie sur un registre social afin d'identifier les ménages les plus vulnérables et mieux cibler l'action publique.
D'autres pays, comme la Pologne et le Portugal, ont souligné la nécessité d'adapter les politiques sociales au vieillissement démographique et aux réalités du secteur des soins, tandis que la Türkiye et l'Inde ont mis en avant le rôle central de la famille et l'autonomisation des femmes comme piliers du développement social.
Dans la même dynamique, le Président de l'ECOSOC, M. Lok Bahadur Thapa, a rappelé que les conclusions attendues de cette session « alimenteront directement le forum politique de haut niveau pour le développement durable, en juillet, ainsi que les travaux plus larges de l'ECOSOC, notamment le Forum des jeunes ».
À noter que la Commission était également saisie de deux autres rapports du Secrétaire général, l'un portant sur les dimensions sociales du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), et l'autre sur le suivi du trentième anniversaire de l'Année internationale de la famille.
En début de séance, la Commission a complété son bureau en élisant par acclamation Son Excellence Mme Heba Mostafa (Égypte), Mme Tursunbubu Chotonova (Kirghizistan) et Mme Miousemine Celestin (Haïti), en tant que Vice-Présidentes de la soixante-quatrième session. Après consultations au sein du Bureau, il a également été convenu que Mme Chotonova assumera aussi les fonctions de Rapporteuse pour l'actuelle session.
La journée s'est poursuivie dans l'après-midi avec une table ronde de haut niveau intitulée « De la promesse au progrès: faire avancer la justice sociale par une action coordonnée ».
C'est encore la question de la coordination qui a intéressé les délégations et les experts dans la discussion, qui a été lancée par la Professeure de l'université d'Oxford, Mme Sabina Alkire. Celle-ci a constaté que les objectifs d'équité et d'inclusion sont aujourd'hui menacés par la montée de l'exclusion, de la discrimination et par une série de crises mondiales, autant de défis qui entraînent un besoin de « cartes de navigation » fiables pour aligner les politiques économiques, sociales, environnementales et numériques autour d'objectifs communs.
« Une action publique coordonnée permet d'aligner les priorités publiques, d'optimiser l'utilisation des ressources et de répondre plus justement aux inégalités multiples », a fait valoir Mme Anousheh Karvar, Présidente du Conseil d'administration du Bureau international du travail (BIT). Mme Alkire n'a pas dit autre chose en notant que la coordination évite les doublons, optimise les ressources, harmonise les priorités (santé, éducation, protection sociale, croissance inclusive) et permet de traiter efficacement des problèmes interconnectés.
Mais, a-t-elle mis en garde, elle ne peut être improvisée. S'appuyant sur des exemples concrets de politiques d'éradication de la pauvreté au Mexique, au Panama, au Viet Nam et ailleurs, elle a mis en avant l'importance de la coordination interinstitutionnelle et de la prise en compte des mentalités sur le terrain.
Pour Mme Karvar, « la coordination n'est pas seulement un exercice institutionnel, mais un levier concret pour renforcer l'équité, l'inclusion et l'impact des politiques publiques ». La fragmentation et le manque de coordination des politiques sociales réduisent leur impact, a-t-elle souligné, alors que « si l'action publique est coordonnée, elle devient plus efficace, plus équitable et surtout plus lisible pour les populations ».
Mme Cecilia Schirmeister, qui était la Présidente du Comité de planification du Sommet de Doha, a rappelé l'importance d'impliquer trois acteurs sociaux clefs à tout processus de développement: les individus, les communautés et les institutions. « Le développement fonctionne le mieux lorsque ces acteurs se renforcent mutuellement, au lieu de fonctionner dans la compétition ou la méfiance. » Elle a toutefois concédé que dans de nombreux contextes, leurs relations sont marquées par l'adversité, la compétition pour les ressources et une érosion de la confiance, ce qui freine le progrès social.
« Si l'équité et l'inclusion définissent la destination, la coordination est la passerelle qui nous permet de les atteindre », a résumé Mme Cynthia Samuel-Olonjuwon, Représentante spéciale de l'Organisation internationale du Travail (OIT) auprès de l'ONU, avant de proposer trois choix de gouvernance qui donnent à cette passerelle suffisamment de solidité pour donner des résultats: une approche politique globale favorable à l'emploi; une coordination des approches gouvernementales soutenue par des mandats clairs, un leadership politique et des cadres de responsabilité commune; et un multilatéralisme efficace centré sur la justice sociale.
Elle a vanté les mérites d'initiatives multipartites telles que la Coalition mondiale pour la justice sociale, de l'OIT, pour faire avancer la cause d'un multilatéralisme efficace avec la justice sociale au cœur de la justice.
La deuxième partie de la table ronde a mis en avant les mesures concrètes à prendre pour avoir des systèmes de données « interopérables, sécurisés et inclusifs » qui améliorent la coordination de la prestation de services sociaux.
En 2025, en Pologne, les prestations destinées à plus de 12 millions d'enfants étaient gérées par seulement une centaine de personnes, grâce à la numérisation, a donné comme premier exemple M. Sebastian Gajewski, Vice-Ministre polonais de la famille, du travail et des politiques sociales. Ces solutions numériques permettent non seulement de répondre plus rapidement aux besoins sociaux et de réduire les coûts administratifs, mais aussi de concevoir des politiques fondées sur des données fiables.
Il est cependant crucial, selon le Ministre, de « modifier la perception des dépenses sociales, en les considérant non plus comme un coût mais comme un investissement ». En Pologne, on constate que les mesures visant à augmenter les revenus des ménages -telles que les prestations sociales, le soutien aux familles et l'accès aux services publics- entraînent une augmentation de la consommation.
En Égypte, le registre national unifié des prestations sociales permet d'identifier les bénéficiaires et d'élaborer des interventions ciblées pour éviter les doublons, a à son tour témoigné Mme Margrit Saroufim Youssef, Vice-Ministre égyptienne de la solidarité sociale. « L'accès numérique est devenu la base du développement social aujourd'hui. » Il faut garantir que la numérisation renforce l'inclusion et ne favorise pas l'exclusion, a-t-elle toutefois mis en garde. De son avis, « même les politiques sociales les mieux conçues ne pourraient produire des résultats probants sans une gestion numérisée des programmes ».
Confirmant cette assertion, Mme Maha Hamad Al-Attiyah, Directrice de la coopération internationale au Ministère du développement social et de la famille du Qatar, a expliqué que son pays a créé des plates-formes numériques communes entre divers services étatiques comme l'éducation, la santé et les prestations sociales. Forte de ce succès, elle a invité la communauté internationale à renforcer les capacités numériques des États en vue d'avoir des infrastructures numériques publiques plus performantes.
Consciente de ce besoin d'infrastructures numériques, la Zambie entend désormais améliorer la qualité des données pour que ses autorités puissent prendre des décisions éclairées, a déclaré Mme Angela Kawandami, Coordonnatrice de la mise en œuvre des programmes de protection sociale. Elle a dit que les payements électroniques des prestations sociales ont réduit les risques d'agressions liées à la circulation des fonds entre administrations et particuliers.
Pour numériser les services sociaux, il faut d'abord établir de véritables politiques de données, a insisté M. Stefaan Verhulst, enseignant et chercheur dans le domaine des données, de la technologie et de la gouvernance à la New York University. « La surabondance des données ne suffit plus. » Il faut également des données bien structurées et exploitables par les politiques, a-t-il dit. Pendant la période de la COVID-19, il y avait un véritable partage des données au sein et entre les États, a-t-il rappelé. A contrario, on vit aujourd'hui un « hiver des données avec moins d'accès ». Pourtant l'intelligence artificielle (IA) peut favoriser la démocratisation des données, a-t-il espéré en appelant à « un nouveau paradigme de traitement et partage des données ».
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