02/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/04/2026 03:35
Reporters sans frontières (RSF) appelle le régime chinois à libérer immédiatement les journalistes indépendants Liu Hu et Wu Yingjiao, interpellés par la police cette semaine après avoir enquêté sur des faits de corruption impliquant des autorités locales.
Wu Yingjiaoet Liu Hu, deux journalistes indépendants, ont été placés en détentionpar la police locale le 1er février 2026, sous des accusations de diffusion de "fausses accusations" et d'"opérations commerciales illégales". Leur arrestation fait suite à la publication, le 29 janvier 2026, d'une enquête qu'ils ont coécrite et publiée sur le réseau social chinois WeChat. Leur publication révélait des faits présumés de corruption concernant Pu Fayou, le secrétaire du Parti communiste chinois dans le district de Pujiang, dans la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. L'article a depuis été supprimé du réseau social.
Avant son arrestation, Liu Hu avait publié sur WeChat des captures d'écran de messages envoyés par un membre du personnel de la commission centrale de contrôle de la discipline du Parti communiste de Chengdu. Dans ces messages, le responsable exhortait Liu Hu à prendre contact avec la commission et indiquait que les plaintes devaient être déposées par les canaux officiels plutôt que rendues publiques dans les médias.
"Nous sommes consternés par la détention de Liu Hu et Wu Yingjiao. Cette arrestation illustre à quel point la Chine est devenue restrictive et hostile au journalisme indépendant. Sous la direction de Xi Jinping, le contrôle de l'information s'est durci jusqu'à atteindre des niveaux quasi totalitaires, et les journalistes indépendants sont traités comme une menace pour l'État. Nous appelons la communauté internationale à accroître la pression sur le régime chinois, plutôt qu'à poursuivre une normalisation des relations qui ne fait qu'encourager une répression accrue et permet aux autorités de continuer à s'en prendre à des journalistes indépendants .
Selon le site d'information indépendant Weiquanwang, Wu Yingjiao est journaliste d'investigation et photographe free-lance reconnu, selectionné dans de nombreux prix de journalisme. Liu Hu est un ancien journaliste d'investigation du journal local New Express, reconnu pour avoir révélé plusieurs affaires majeures de corruption impliquant des responsables publics. Arrêté par la police de Pékin en 2013 pour "provocation de troubles" et "fabrication et diffusion de rumeurs", il avait passé364 jours en détention avant d'être libéré sous caution. En 2014, RSF l'avait désignécomme l'un des "100 héros de l'information" dans le monde.
Répression systématique des médias indépendants
Alors que la répression contre les médias indépendants et fiables ne cesse de se renforcer, le journalisme est devenu une profession dangereuse en Chine. La quasi-totalité des médias officiels est contrôlée par l'État, obligeant les journalistes chinois à se tourner vers les réseaux sociaux comme WeChat pour se constituer des contacts, trouver des sources et publier leurs articles, malgré la censure et la surveillance qui opèrent sur cette plateforme. Les journalistes indépendants couvrent souvent des sujets sociaux et politiques en publiant automatiquement sur des comptes publics, au risque de voir leurs articles supprimés et leurs comptes suspendus. Ils publient sous pseudonymes et prennent diverses mesures de précaution pour éviter d'être identifiés.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, la Chine a rétabli une culture médiatique qui rappelle l'ère Mao, dans laquelle le journalisme indépendant est criminalisé et sévèrement réprimé. Le régime exporte désormais sa répression de la presse à l'étranger, viades actes de répression transnationale, le rachat de médias et d'autres tactiques insidieuses, dans le cadre d'une stratégie délibérée visant à faire taire les critiques et à promouvoir le modèle autoritaire de Pékin.
La Chine est la plus grande prison au monde pour les journalistes, avec, actuellement, 123 détenus, et occupe la 178e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF.