Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

01/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/16/2026 01:24

Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec « LCI » (Riga, 15 janvier 2026)

Q - Bonjour Monsieur le ministre, merci beaucoup d'être avec nous en direct sur LCI. À l'heure où la France ne peut plus rester dans l'inaction, face aux prédateurs dans un monde brutal où le monde change sans cesse, vous êtes à Riga, en Lettonie, en déplacement sur la question de la sécurité européenne, car notre sécurité, celle de la France, se joue aussi aux frontières de l'Europe. Nous reviendrons sur ce point crucial. Mais d'abord, Monsieur le ministre, à l'heure où la France envoie 15 soldats au Groenland, l'Allemagne 13, la Norvège 2, est-ce que nous ne sommes pas ridicules face à l'impérialisme américain ?

R - Nous sommes solidaires avec le Danemark comme nous aimerions pouvoir compter sur le soutien du Danemark et de nos partenaires européens si nous nous trouvions dans la même situation. Et c'est à l'invitation du Danemark, l'invitation souveraine comme le Président l'a rappelé, qu'il a décidé que nous participerions à l'exercice Arctic Endurance auquel nous allons contribuer par l'envoi de soldats français, qui sont pour certains, arrivés sur place, et d'autres qui suivront. Un exercice qui démontre la capacité pleine et entière des Européens d'assurer leur propre sécurité et la sécurité de l'Arctique est indissociable de la sécurité de l'Europe.

Q - Mais Monsieur le ministre, ma question est, est-ce que nous sommes de taille à faire face aux États-Unis, au Groenland, à l'heure où le président américain l'a redit « Je prendrai le Groenland de gré ou de force » ?

R- Je vous renvoie aux déclarations du Premier ministre du Groenland avant-hier. Le Groenland n'a l'intention ni d'être acheté, ni d'être gouverné, ni d'être intégré aux États-Unis. Le Groenland, son peuple souverain, a fait le choix du royaume du Danemark, de l'OTAN et de l'Union européenne. Le Groenland est un territoire arctique qui fait l'objet de convoitises, de menaces potentielles qui ont été soulevées par les États-Unis. Le Danemark a voulu, par la présence hier à Washington de son ministre des affaires étrangères, accompagné de la ministre des affaires étrangères groenlandaise, mais aussi par cet exercice auquel le Danemark a invité des partenaires européens, montrer que ces menaces potentielles qui pèsent sur la région de l'Arctique, les Européens sont tout à fait capables de les prendre en charge.

Q - Monsieur le ministre, tout à l'heure, le chef de l'État a annoncé l'envoi de renforts terrestres, aériens et maritimes dans les prochains jours au Groenland. De quoi parle-t-on ? Combien d'hommes, de navires, d'avions vont être envoyés ?

R- Ces informations seront communiquées en temps utile et par les canaux appropriés. C'est la participation, annoncée par le Président de la République, à cet exercice Arctic Endurance, auquel la France va participer. Ce n'est d'ailleurs pas le premier exercice auquel la France participe puisque lorsque je me suis rendu au Groenland le 31 août dernier, j'ai moi-même séjourné à bord d'un bâtiment militaire français qui participait dans la région, aux côtés d'autres pays européens et en lien avec les autorités groenlandaises, à un exercice de sécurité.

Q - Jean-Noël Barrot, c'est un exercice de sécurité, un exercice, mais c'est inédit, encore une fois, dans un cadre où Trump menace d'envahir le Groenland. Est-ce que vous avez imaginé un scénario où la France se retrouve face à face, se retrouve à affronter des soldats américains au Groenland, pour protéger le Groenland en cas d'attaque ?

R - Vous dites que c'est un exercice inédit, mais je le répète, lorsque je me suis rendu au Groenland, le 31 août dernier, les militaires français que j'ai rencontrés sur place étaient impliqués dans un des exercices que nous avons conduits dans cette région en lien étroit avec nos partenaires. Parce que la France se préoccupe de la sécurité de l'Arctique, et elle concourt à la sécurité de l'Arctique en lien étroit avec ses partenaires européens.

Q - Monsieur le ministre, je voudrais vous faire réagir à ce qui se passe en Iran. Tous les regards sont tournés vers Donald Trump. Est-ce qu'il va frapper ou non ? À l'heure où les pays du Golfe ont convaincu, pour l'instant, le président américain d'attendre et à l'heure où le régime diffuse ces images terribles, comme si la répression avait cessé, comme si les manifestations, la révolte avaient cessé, des images de Téhéran, la capitale iranienne, où tout se déroule dans le calme, comme si la vie normale avait repris, comme si le régime iranien avait repris la main sur la révolte iranienne. On parle des États-Unis, mais face au régime des Mollah, où est la France ? Où est l'Europe ?

R - La France a condamné avec la plus grande fermeté la violence d'État qui s'est abattue sur les manifestants pacifiques. On a vu des manifestants tués à bout portant par des armes d'assaut. On a vu des cadavres s'entasser par centaines, par milliers peut-être, dans des sacs, dans des hôpitaux saturés. On a vu Internet coupé pour dissimuler l'ampleur de l'horreur. On a entendu la voix du peuple iranien qui souhaite pouvoir disposer de lui-même et de son propre avenir. C'est dans ce sens que la France, comme ses partenaires européens, ont appelé à la cessation immédiate de cette répression sans équivalent dans l'histoire contemporaine de l'Iran. Et c'est également préoccupés par la sécurité de nos ressortissants, de nos agents sur place mais aussi de nos partenaires dans la région, que nous avons appelé à éviter toute forme d'intervention qui puisse conduire à une escalade régionale.

Q - Jean-Noël Barrot, vous appelez l'Iran à cesser les massacres. Quels sont vos moyens de pression ?

R - Il ne peut y avoir évidemment aucune impunité pour les auteurs d'une telle répression, pas plus qu'il n'y en a eu pour les auteurs de la répression contre le mouvement « Femme, vie et liberté » de 2022. La Commission européenne a lancé un chantier qui va conduire dans les prochains jours à ce que de nouvelles désignations puissent intervenir pour que les auteurs de cette répression puissent être ciblés par des sanctions européennes. Puis d'autre part, des réunions importantes auront lieu, à commencer par celle qui se tiendra aujourd'hui au Conseil de sécurité des Nations unies et qui sera l'occasion pour la France, ainsi que d'autres membres de ce Conseil, d'exprimer avec force les condamnations qu'elle a portées.

Q - Dernière question, Jean-Noël Barrot. Vous êtes à Riga, en Lettonie, car la sécurité de la France se joue aussi aux frontières européennes. Est-ce qu'avec vos homologues européens, vous repensez la sécurité du territoire européen, à l'heure où, le chef de l'État l'a rappelé, nous sommes, nous Français, à portée de tirs russes ?

R - Ce que j'observe, effectivement, ici à Riga, après avoir rendu hommage aux soldats qui ont permis à la Lettonie de conquérir son indépendance, mais aussi à ces citoyens lettons qui, à la fin des années 80, se sont levés pour résister à l'oppression du régime soviétique, c'est que l'Europe est en train de prendre sa sécurité en main. Mardi dernier s'est tenue à Paris une réunion inédite rassemblant les pays de la Coalition des volontaires, des pays qui, pour la première fois de leur histoire depuis des décennies, ont décidé de mettre en commun leurs capacités militaires pour que la paix, une fois conclue en Ukraine, puisse être durablement garantie. Cela ne s'était jamais produit depuis des décennies. Et puis je veux rappeler qu'il y a quelques semaines, juste avant Noël, les 18 et 19 décembre à Bruxelles, là encore l'Union européenne, pour la deuxième fois seulement de son histoire, a décidé d'un emprunt commun pour pouvoir mettre l'Ukraine à l'abri de toute difficulté financière, avec 90 milliards d'euros pendant au moins deux ans, et pour pouvoir placer l'Ukraine en position de force lorsque s'ouvriront des négociations avec la Russie. Mais je le disais tout à l'heure, encore faudrait-il que Vladimir Poutine veuille négocier. Et c'est la raison pour laquelle nous allons continuer à accentuer notre politique de sanctions pour l'y contraindre.

Q - Merci beaucoup Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, d'avoir répondu à nos questions sur LCI depuis Riga en Lettonie.

Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic published this content on January 15, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on January 16, 2026 at 07:24 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]