RSF - Reporters sans frontières

05/26/2026 | Press release | Archived content

Deepfakes visant Julia Mengolini en Argentine : RSF est amicus curiae dans ce dossier judiciaire et alerte sur l’escalade des violences sexistes en ligne

La justice argentine a accepté la demande de Reporters sans frontières (RSF) d'intervenir en tant qu'amicus curiae - un mécanisme permettant à des organisations de soumettre des arguments juridiques et techniques - dans l'affaire portée par la journaliste Julia Mengolini, fondatrice de la radio indépendante Futurock contre plusieurs accusés dont le président Javier Milei. RSF dénonce des violences en ligne à caractère sexiste de plus en plus banalisée contre les femmes journalistes en Amérique latine. L'organisation alerte sur des campagnes coordonnées de haine, d'humiliation sexualisée, de désinformation et de harcèlement, utilisées pour réduire au silence les voix critiques et encourager l'autocensure.

Deepfakes à caractère pornographique, menaces de mort et de violences sexuelles, actions judiciaires, attaques diffamatoires… Cette campagne de harcèlement visant la journaliste Julia Mengolini a été menée en juin 2025, par des figures proches du président de la République argentine, Javier Milei. Ce dernier est d'ailleurs lui-même l'auteur de 93 publications sur la plateforme X en l'espace de 48 heures, selon la journaliste.

La journaliste, fondatrice de la radio indépendante Futurock, connue pour ses prises de position critiques, venait alors d'évoquer dans une émission télévisée sur la chaîne C5N les relations entre Milei et sa soeur. Julia Mengolini a porté plainte en août 2025, ce qui a conduit, vu l'ampleur de la campagne en ligne, à la mise en examen par un procureurdu président Milei, de membres de son gouvernement et de partisans, pour menaces et harcèlement envers la journaliste.

Après avoir déjà alerté sur l'intensification du harcèlement contre les journalistes sous le gouvernement Milei, RSF a fait une demande pour être partie prenante de la procédure judiciaire en cours, en tant qu'amicus curiae. La demande a été acceptée par la justice argentine. Par cette intervention devant les tribunaux, RSF souhaite apporter une perspective internationale en matière de liberté de la presse, de sécurité des journalistes et de violences sexistes faites aux femmes dans les espaces numériques.

"Les attaques contre Julia Mengolini ne sauraient être considérées comme un différend individuel, ni comme une expression légitime dans le débat public. Ce sont de graves entraves à l'exercice du journalisme. Cette affaire montre comment la violence sexiste en ligne est devenue une forme contemporaine de censure. La création et la diffusion de faux contenus à caractère sexiste et sexuel générés par intelligence artificielle, ainsi que les menaces et les campagnes coordonnées de harcèlement, ne visent pas seulement à nuire à une journaliste. Elles sont conçues pour intimider d'autres femmes qui enquêtent, expriment des opinions ou critiquent le pouvoir, en tant que journalistes. La justice argentine doit examiner ces faits sous l'angle de la liberté de la presse et du genre, et reconnaître que de telles attaques affectent directement le droit à être informé. RSF exhorte les autorités et les plateformes numériques à agir contre la production et la diffusion de deepfakes, en particulier lorsqu'ils sont utilisés pour intimider des journalistes ou les exclure du débat public.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Julia a été nommée au Prix RSF 2026 dans la catégorie Indépendance, qui récompense les professionnels et les organisations résistant aux pressions politiques, économiques et institutionnelles en défense de la liberté de la presse. Cette nomination souligne l'importance du travail de Julia qui, malgré les pressions, a continué à exercer son activité journalistique et à dénoncer les mécanismes de persécution contre la presse.

Escalade des violences en ligne utilisant l'IA

L'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour fabriquer de faux contenus aggrave l'impact de ces campagnes. Dans une analyse de 100 cas de deepfakes qui ont visé des journalistes dans 27 pays entre décembre 2023 et décembre 2025, RSF a constaté que trois quarts des victimes (74 %) étaient des femmes et que 13 % d'entre elles avaient été ciblées par des deepfakes à caractère pornographique. Le cas de Julia Mengolini y est d'ailleurs inclus afin d'illustrer l'utilisation de tels contenus pour dégrader, intimider et nuire à la crédibilité professionnelle des femmes journalistes. Cette forme d'attaque a également été documentée par RSF dans son étude exclusive intitulée "Le journalisme à l'ère #MeToo" parue en octobre 2024.

Les insultes, la diffamation et les menaces visant les journalistes et les médias critiques sont devenues monnaie courante sous l'administration de Javier Milei. Ce contexte inquiétant se reflète dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, où l'Argentine occupe la 98e place sur 180 pays et territoires, soit une baisse de 11 places par rapport à 2025. En 2023, avant l'arrivée au pouvoir de Javier Milei, le pays occupait la 40e place.

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Publié le 26.05.2026
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