02/03/2026 | News release | Distributed by Public on 02/03/2026 12:05
« L'année à venir s'orientera-t-elle vers la paix », s'est interrogé mardi António Guterres, à New York. « Ou sombrera-t-elle dans l'abîme du désespoir ? ».
Derrière la formule, le Secrétaire général dresse un constat sévère : les paramètres d'une solution à deux États sont connus et endossés par l'Assemblée générale des Nations Unies, mais ils se heurtent à une réalité de plus en plus brutale sur le terrain. Selon lui, à Gaza comme en Cisjordanie - les deux territoires non contigus, occupés par Israël, censés constituer le futur État de Palestine -, la dynamique actuelle érode la paix davantage qu'elle ne la construit.
Dans l'enclave palestinienne, le Secrétaire général décrit une situation « dangereusement fragile », après deux ans d'une guerre brutale entre Israël et le Hamas, le groupe armé à la tête de l'enclave depuis 2007 - la Cisjordanie, elle, est dirigée par l'Autorité palestinienne.
Depuis l'entrée en vigueur d'un accord de cessez-le-feu, le 10 octobre, plus de 500 Palestiniens ont été tués, a-t-il souligné, appelant toutes les parties à mettre en œuvre l'accord « dans son intégralité » et à faire preuve de « la plus grande retenue ». M. Guterres prononçait ces remarques à l'ouverture de la nouvelle session annuelle du Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, un organe créé en 1975 dans le but de promouvoir le droit à l'autodétermination des Palestiniens.
Le chef de l'ONU a condamné les obstacles à l'acheminement de l'aide humanitaire à Gaza. « La suspension continue des ONG internationales fournissant une aide vitale bafoue les principes humanitaires, mine des progrès fragiles et aggrave la souffrance des civils », a-t-il dénoncé. L'aide doit pouvoir entrer « rapidement et sans entrave », notamment par le passage de Rafah, depuis l'Égypte, rouvert lundi par Israël, mais uniquement pour le passage des personnes.
Au-delà de l'urgence, António Guterres trace une ligne politique claire. Toute solution durable doit être conforme au droit international et conduire à ce que Gaza et la Cisjordanie occupée, dont fait partie Jérusalem-Est, soient administrées par « un gouvernement palestinien unifié, légitime et internationalement reconnu ». Et d'insister : « Gaza est et doit rester une partie intégrante d'un État palestinien ».
En Cisjordanie, la situation n'est pas moins alarmante. Colonisation israélienne illégale, démolition de logements palestiniens, expulsions de leurs habitants : tout s'accélère. En 2025, plus de 37 000 Palestiniens y ont été déplacés, tandis que les violences de colons ont atteint un niveau record.
Le projet israélien de créer 3 401 logements dans une zone située à l'est de Jérusalem concentre l'essentiel des craintes actuelles. Si elle se concrétise, avertit le chef de l'ONU, l'initiative « sectionnerait la Cisjordanie entre le nord et le sud, compromettrait la continuité territoriale et porterait un coup sévère à la viabilité de la solution à deux États », qui repose sur le tracé des frontières précédant la guerre des Six Jours de 1967, à la suite de laquelle Israël a occupé la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est. De telles actions sont « profondément déstabilisatrices » et, rappelle-t-il en s'appuyant sur l'avis de la Cour internationale de justice (CIJ), « illégales ».
António Guterres dit également sa « profonde préoccupation » face à un récent rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, qui documente une administration discriminatoire de la Cisjordanie et met en lumière une « discrimination raciale enracinée ».
Sur l'UNRWA, le ton se durcit encore. Le Secrétaire général condamne les lois adoptées par le Parlement israélien qui entravent l'action de l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, ainsi que les projets de démolition de son complexe de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. « Soyons clairs : les locaux de l'UNRWA sont des locaux des Nations Unies », a-t-il martelé. « Ils sont inviolables et bénéficient d'une immunité contre toute forme d'ingérence ».
Les menaces visant le personnel de l'agence sont jugées « absolument abjectes ». Israël, rappelle-t-il, est tenu par la Charte des Nations Unies et la Convention de 1946 de respecter les privilèges et immunités de l'ONU. « L'UNRWA est essentielle », insiste le haut responsable, appelant les États à la soutenir politiquement et financièrement.
Au terme de son intervention, António Guterres ramène le débat à l'essentiel. « L'occupation doit prendre fin », martèle-t-il. « Les droits inaliénables du peuple palestinien doivent être réalisés. Le droit international doit être respecté, et la responsabilité garantie ».
Pour le Secrétaire général, dont il s'agit de la dernière année de mandat, il n'existe qu'une seule voie crédible : « la solution à deux États, conforme au droit international et aux résolutions pertinentes des Nations Unies ». Un Israël et un État palestinien « pleinement indépendant, démocratique, contigu, viable et souverain », vivant côte à côte, sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem pour capitale commune.
Reste cette question : l'horloge s'arrêtera-t-elle à temps, ou continuera-t-elle de compter les occasions manquées ?