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10/10/2026 | Press release | Archived content

Portrait. Qui est Gulchehra Hoja, la journaliste ouïghoure qui tient tête au régime chinois

Aujourd'hui l'une des voix les plus connues du journalisme ouïghour, Gulchehra Hoja a commencé sa carrière dans les médias d'État chinois dans les années 1990, avant de s'engager pour la liberté de la presse. Exilée aux États-Unis, elle est depuis longtemps dans le viseur du régime chinois en raison de ses reportages sur les persécutions des Ouïghours orchestrées par Pékin. Elle a confié à Reporters sans frontières (RSF) sa détermination sans faille à faire vivre un journalisme ouïghour indépendant.

Gulchehra Hoja a fait ses débuts en présentant des émissions pour enfants sur la deuxième chaîne de télévision du Xinjiang (Xinjiang Television Channel 2), une chaîne publique du Turkestan oriental, territoire chinois également connu sous le nom de région autonome ouïghoure du Xinjiang. Cette région est l'épicentre de violations des droits humains commises par les autorités contre la minorité ouïghoure. À l'époque, elle subissait une "pression immense" de la part du régime chinois qui, selon ses propres termes, "cherchait à transformer mon rôle en un instrument de propagande".

En 2001, un voyage en Europe, qui lui a permis de découvrir pour la première fois un monde extérieur au système de censure chinois, a bouleversé sa conception du journalisme et réorienté son parcours. Elle a alors entendu un reportage de Radio Free Asia (RFA), le média international public américain, qui l'a profondément marquée. "J'ai compris que ce que je faisais n'avait rien à voir avec le véritable journalisme", a-t-elle confié à RSF.

En octobre de la même année, elle a rejoint le service ouïghour de RFA et s'est installée aux États-Unis. Les autorités chinoises l'ont alors qualifiée de "séparatiste", une accusation régulièrement portée contre les journalistes du Turkestan oriental et passible de la peine de mort. En 2017, elles l'ont désignée comme "terroriste" et ont arrêté, en une seule nuit, 25 membres de sa famille, dont ses parents et ses frères et sœurs.

"Malgré les persécutions incessantes qu'elle subit, Gulchehra Hoja continue de dénoncer avec courage l'ampleur des atrocités commises par le régime chinois au Turkestan oriental. La répression effroyable qui la vise, elle et sa famille, poursuit un objectif clair : la réduire au silence. Il est donc essentiel que la communauté internationale, à commencer par les États-Unis, son pays d'accueil, se mobilise pour assurer sa protection et utilise tous les canaux diplomatiques appropriés afin d'exhorter les autorités chinoises à permettre enfin à sa mère de la rejoindre aux États-Unis.

Aleksandra Bielakowska
Responsable du plaidoyer pour l'Asie-Pacifique à RSF

Le prix de l'indépendance

Le travail de Gulchehra Hoja, notamment ses révélations sur l'ampleur du réseau de camps d'internement mis en place dans tout le Turkestan oriental, a entraîné une intensification des représailles à son encontre. Depuis son départ, elle n'a pas revu sa famille et reste sans nouvelles de plusieurs de ses proches détenus dont elle ignore le sort et le lieu de détention. Elle craint que les rares conversations qu'elle peut encore avoir avec les membres de sa famille soient surveillées.

La journaliste s'efforce aujourd'hui de mettre sa mère en sécurité en la faisant venir aux États-Unis, mais les autorités chinoises continuent de lui interdire de quitter le pays. "Ma famille a déjà payé un prix insupportable pour mon travail journalistique", explique-t-elle. "Mettre ma mère à l'abri ne serait pas seulement un acte de compassion humanitaire. Ce serait aussi un message fort : les gouvernements autoritaires ne peuvent pas prendre les familles des journalistes en otage pour les réduire au silence."

Une fenêtre sur une région transformée en trou noir de l'information

Devenue correspondante de RSF pour le Turkestan oriental en juin 2026, Gulchehra Hoja est en congé forcé de RFA depuis juin 2025, à la suite des tentatives de l'administration Trump de démanteler le service ouïghour du média. Celui-ci constitue pourtant l'une des rares sources d'information indépendantes sur les mauvais traitements infligés aux Ouïghours dans cette région.

Elle met en garde : "Sans le service ouïghour de RFA, la communauté internationale perdra sa seule fenêtre sur l'une des régions les plus fermées de Chine".

La Chine occupe la 178e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF. Elle est le pays qui emprisonne le plus grand nombre de journalistes au monde : 119 journalistes sont actuellement détenus, dont au moins 80 au Turkestan oriental.

Publié le 10.10.2026
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