African Union

08/30/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/30/2026 09:03

Speech by President of Burundi at 21st Extraordinary Session of the AU Assembly

Au nom de Dieu le Tout-Puissant, le Tout-Miséricordieux,

Excellence João Manuel Lourenço, Président de la République d'Angola, hôte de cette Session extraordinaire, et Cher Frère ;
Excellences, Chefs d'État et de Gouvernement ;
Excellence Monsieur le Président de la Commission de l'Union africaine ;
Excellences Mesdames / Messieurs les Chefs des organes et institutions de l'Union africaine ;
Mesdames et Messieurs les Chefs des organisations internationales et régionales ;
Mesdames et Messieurs les Représentants des partenaires au développement ;
Distingués Invités ; Mesdames et Messieurs ;

1. C'est avec un profond honneur que je prends la parole à l'ouverture de cette 21ème session extraordinaire de la Conférence de l'Union africaine, consacrée à une question qui touche au cœur même de notre projet d'intégration : la prévention et le règlement des conflits en Afrique.


2. Je voudrais, au nom de l'Union africaine et en mon nom propre, exprimer notre profonde gratitude à Son Excellence Monsieur João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d'Angola, ainsi qu'au Gouvernement et au Peuple Angolais, pour l'accueil chaleureux qui nous est réservé à Luanda.

Excellences Mesdames, Messieurs ;

3. Nous réunir à Luanda pour discuter de paix et de sécurité revêt une signification particulière. L'Angola est un témoignage vivant de la capacité d'un peuple à transformer les blessures d'un conflit en une volonté de paix, de réconciliation et de reconstruction.

C'est pour cette raison que je voudrais saluer particulièrement le leadership de Son Excellence João Lourenço, Champion de l'Union Africaine pour la paix et la réconciliation en Afrique, et reconnaître les efforts qu'il a inlassablement consacrés à la promotion du dialogue, de la médiation afin de trouver des solutions aux crises africaines.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

4. Nous nous réunissons dans un contexte où notre continent demeure confronté à des menaces multiples, complexes et interdépendantes : le terrorisme et l'extrémisme violent, la criminalité transnationale organisée, les tensions entre les États voisins, etc.

Si ces conflits avaient été anticipés avant leur déclenchement, le sujet d'aujourd'hui n'aurait pas été abordé ; nous nous occuperions d'autres questions tout aussi cruciales.

5. Mais face à cette réalité, je voudrais souligner une conviction essentielle : l'Afrique ne manque pas de mécanismes de paix et de sécurité.
Nous disposons du Conseil de paix et de sécurité, du Système continental d'alerte précoce, du Groupe des Sages, de la Force Africaine en attente, du Fonds pour la paix, ainsi que des instruments de médiation et de diplomatie préventive.

6. Malgré l'existence de ces mécanismes, nous continuons à courir après un fait accompli. Il arrive fréquemment que nous identifiions les premiers signes d'une crise, mais nous intervenons quand la situation est déjà presque hors de contrôle.

Exemple au Soudan : la situation s'est progressivement détériorée à la vue de tous, et aujourd'hui, nous suons, priant le Bon Dieu pour que cette guerre prennefin, étant donné que nous avons déjà subi d'importantes pertes tant humaines que matérielles.

Au Burundi, un proverbe dit : « Ureka kugarura impeneikirihafiyamarakurengaimirambiukabira nkayo » ce qui signifie que si tu refuses de ramener à temps une chèvre qui s'égare, une fois qu'elle franchit les collines, tu bêles comme elle pour la retrouver et la ramener.

En ce qui concerne l'anticipation et la prise de précautions avant la menace, la sagesse burundaise dit « wanka bangwe, ntiwanka zana ndabe » pour dire « tu peux faire la sourde oreille aux conseils mais la gestion des conséquences te rattrape à tout prix ».

Tout cela peut être résumé par ces mots : il est préférable de prévenir un conflit plutôt que de devoir le gérer après une escalade de la violence.

7. Ainsi, notre responsabilité collective est désormais de veiller à ce que l'alerte précoce se traduise effectivement par une réponse rapide. Pour cela, nous devons renforcer le rôle préventif du Conseil de paix et de sécurité, développer la prospective stratégique et assurer une meilleure articulation entre l'Architecture africaine de paix et de sécurité et l'Architecture africaine de gouvernance.

8. En effet, Mesdames et Messieurs, il est de notre connaissance commune que les conflits ne résultent pas uniquement de l'usage de la violence armée. Les conflits trouvent leurs racines dans le déficit de gouvernance, la faiblesse des institutions, l'exclusion politique, les inégalités ou l'injustice sociale, et l'absence de perspectives pour les citoyens, en particulier les jeunes.

9. L'expérience de David dans les Saintes Écritures nous offre un cas illustratif des motivations qui poussent les gens à s'engager dans des conflits armés.

Suite à l'injustice que David avait subie, celui-ci, en révolte, s'est réfugié dans une grotte ; ses frères l'y ont rejoint et, avec eux, une multitude de mécontents , des gens en détresse, des endettés, etc., et il devint leur chef.

Ici, vous comprenez que ceux qui s'engagent facilement dans les conflits armés sont des personnes en détresse et mécontentes.

Mon expérience n'est pas loin de celle de David. Je suis parmi ceux qui ont pris les armes contre le pouvoir de l'Etat, non pas pour le simple plaisir mais par nécessité de réparer les injustices multiformes qui sévissaient dans mon pays. L'armée s'était retournée contre le peuple et le persecutait.

La vie des citoyens était mise à mal par l'armée, et l'on se devait de redresser la situation. Si des mesures correctives avaient été prises à temps, la guerre n'aurait pas eu lieu.

10. La prévention consiste donc à s'attaquer davantage aux causes profondes qu'aux manifestations immédiates des crises.

Quant à la pauvreté, elle n'est pas la cause en soi, elle est des facteurs favorisant les conflits, car ventre affamé n'a point d'oreille. L'inadéquate répartition des ressources et la mauvaise gestion de la res publica constituent des éléments déclencheurs de crises, car les personnes en situation de précarité et de désespoir sont facilement mobilisables pour la violence.
Faire front commun contre la pauvreté, garantir l'égalité et la justice sociale pour tous et assurer leur protection sans discrimination préviennent durablement la belligérance dans la société.

Excellences Mesdames Messieurs ;

11. Nous entamons ce thème alors qu'il y a déjà péril en la demeure. Dans la région du Sahel, le peuple souffre ; au Soudan, la guerre fait rage, avec un risque d'extension dans les pays voisins ; en RDC, les combats continuent malgré les différents accords signés et les processus de paix engagés.

Nous sommes donc sur deux fronts simultanés: celui de la prévention et celui de la gestion et du règlement des conflits violents existants.

Excellences Mesdames Messieurs ;

12. Permettez-moi, à ce stade, de partager avec vous, encore une fois, une expérience qui nous est chère: celle du Burundi, qui a traversé des années de divisions, de violences et de blessures. Notre Histoire nous a enseigné que lorsqu'une société laisse les traumatismes du passé déterminer son présent, elle compromet son avenir. C'est pour cette raison que les classes socio-politiques ont décidé de s'asseoir ensemble pour déterminer cet avenir commun sans laisser personne de côté.

13. L'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation du Burundi, signé en 2000, a constitué une étape historique dans notre cheminement vers un Burundi réconcilié et stable. Il a placé au centre du processus la réconciliation, la guérison des divisions du passé, l'inclusion, la représentation et la volonté de construire un État où chaque citoyen puisse vivre dans la dignité et la sécurité.

Il nous a donné des valeurs sur lesquelles nous bâtissons notre avenir jusqu'à ce jour.

14. Aujourd'hui, nous pouvons dire avec fierté et humilité : les divisions inter ethniques qui ont profondément marqué notre Histoire appartiennent au passé. Elles ne définissent plus le Burundi ni ne déterminent l'avenir de ses enfants.

15. Nous avons compris que la réconciliation ne consiste pas à effacer l'histoire, mais à la regarder en face, à en tirer les leçons et à construire ensemble un avenir différent.

C'est ainsi que, par exemple, pour encourager la participation de chacun, nous avons instauré un forum permanent de dialogue des partis politiques.

En cette période de préparation des élections, le Président de la République, en tant que garant de l'unité et de la cohésion nationale, organise régulièrement des réunions avec les responsables des partis politiques et de la société civile pour cheminer ensemble dans ce processus. Jusqu'à ce jour, à quelques mois des élections, nous n'accusons aucune faille puisque nous cheminons ensemble.

16. Forte de cette expérience, le Burundi la partage humblement avec les autres États africains confrontés à des situations similaires.

Ainsi, je me réjouis de constater que l'Union Africaine a toujours reconnu les progrès accomplis par le Burundi en matière de réconciliation, de consolidation de la paix, de processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion et de stabilité institutionnelle.

Ce sont ces avancées que nous mettons au service de nos frères et sœurs du continent, à travers notre engagement dans les opérations de paix et efforts de stabilisation, notamment en Somalie, en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine, et ailleurs.

17. Le Burundi demeure déterminé à apporter sa contribution aux efforts africains de prévention, de médiation, de maintien et de consolidation de la paix.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

18. Lorsque la prévention échoue et qu'un conflit éclate, notre responsabilité ne doit pas se limiter aux négociations et à la signature d'un accord de paix. Nous devons investir dans la réconciliation, la reconstruction et le développement post-conflit, afin d'assurer la garantie de non-répétition.

C'est pour cette raison que les acteurs non-gouvernementaux réclament le processus DDR pour gérer la période post-cessez-le-feu. Et cela relève de la responsabilité de l'État, d'où les autorités étatiques doivent rester attentives aux processus de prévention et de gestion des conflits.

19. À ce jour, les États seuls ne sont pas en mesure de porter ce fardeau ; nous avons besoin de l'intervention des mécanismes régionaux et continentaux, ce qui requiert des ressources.
Il n'y aura pas d'appropriation africaine durable de notre agenda de paix et de sécurité sans un financement africain prévisible, durable et flexible.

Nous devons donc continuer à renforcer le Fonds pour la paix de l'Union africaine et accélérer sa capitalisation progressive, afin de lui donner les moyens nécessaires à la hauteur de nos ambitions continentales.

20. Nous devons également renforcer la coopération entre l'Union africaine, les Communautés économiques régionales et les Mécanismes régionaux, les États membres, les Nations Unies et les partenaires stratégiques, tout en veillant à ce que les solutions africaines aux problèmes africains demeurent au cœur de notre action.

21. Cette rencontre doit donc être un moment de décision, et non de constat. Nous devons faire le choix d'une Afrique qui anticipe plutôt qu'elle ne réagit ; d'une Afrique qui dialogue et non celle qui se divise ; d'une Afrique qui favorise la médiation avant que la violence ne s'installe ; d'une Afrique qui s'investit dans la réconciliation et la paix retrouvée.

22. Je suis convaincu que l'expérience de l'Angola, du Burundi et de nombreux autres États africains démontre qu'aucun conflit n'est éternel et qu'aucune division n'est irréversible lorsque la volonté politique de faire la paix l'emporte sur celle de faire la guerre.

23. Puissions-nous donc, au terme de nos travaux, adopter des décisions qui renforcent réellement nos mécanismes de prévention et de règlement des conflits, qui rapprochent l'alerte de l'action, qui donnent davantage de moyens à notre architecture de paix et de sécurité et qui placent la réconciliation et la consolidation de la paix au cœur de notre action.

24. Que Dieu Tout-Puissant guide nos délibérations, éclaire nos décisions et nous donne la sagesse et le courage nécessaires pour œuvrer ensemble à une Afrique pacifique, unie, prospère et maîtresse de son destin.

25. Et, c'est sur ces mots que je déclare ouverte la 21ème Session extraordinaire de la Conférence de l'Union Africaine sur le renforcement des mécanismes de prévention et de règlement des conflits en Afrique.


Que Dieu vous bénisse, Je vous remercie.

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