RSF - Reporters sans frontières

10/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/28/2026 12:32

“Une déclaration de guerre contre la presse indépendante” : en Égypte, la justice ordonne la fermeture de Mada Masr et place sa rédactrice en chef en détention

Un mois après avoir arrêté des journalistes du site de fact-checking Matsaddash, le régime du dictateur Abdel Fattah al-Sissi poursuit sa chasse aux journalistes. Ce 27 octobre, la justice a ordonné la fermeture du site phare Mada Masr, la confiscation de ses biens, et le paiement d'une amende exorbitante. La cofondatrice et rédactrice en chef, Lina Attalah, lauréate du prix de Reporters Sans Frontières (RSF) du courage en 2020, a été placée en garde à vue. RSF dénonce une mascarade judiciaire et demande l'annulation de cette peine scandaleuse et injuste. Lina Attalah doit être libérée.

Mise à jour 27/10: Lina Attalah a été libérée après avoir passé plus de sept heures en garde à vue.

"Mada Masr est une source essentielle d'informations indépendantes pour des millions de lecteurs en Égypte et dans le monde. Sous la direction de Lina Attalah, ce média est devenu un phare de la liberté de la presse dans une région où les journalistes sont si souvent pris pour cible. Il devrait faire la fierté de l'Égypte et être salué pour son travail d'information, mais au lieu de cela, le régime d'Abdel Fattah al-Sissi a ordonné sa fermeture, après des années d'intimidation. Que cette décision émane d'un tribunal n'en change en rien le caractère injuste. Cette condamnation inique a été prononcée à l'issue d'un simulacre de procès, marqué par de graves irrégularités flagrantes. Nous appelons le juge à revenir immédiatement sur cette décision et à libérer Lina Attalah. Les autorités doivent également libérer ses six confrères de Matsada2sh, détenus depuis un mois, et leurs 20 autres confrères encore détenus."

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

Abdel Fattah al-Sissi s'y essayait depuis des années, et a osé aujourd'hui franchir la ligne rouge. Sur ordre du juge Mohamed Mubarak, du tribunal des délits mineurs du Nouveau-Caire, le site d'information indépendant Mada Masr doit fermer et ses biens seront saisis. Le juge a également ordonné le paiement de l'amende maximale de trois millions de livres égyptiennes, soit environ 49 000 euros, après avoir déclaré Lina Attalah coupable d'"exploitation d'un site web sans licence". Cela alors que, depuis 2018, Mada Masr fait toutes les démarches nécessaires pour obtenir une licence, mais sans réponse des autorités, malgré un recours en justice.

La directrice du média, lauréate du prix RSF du courage en 2020, a quant à elle été placée en garde à vue. À l'heure de la publication, elle est toujours en détention, malgré avoir payé l'amende de 49 000 euros, selon nos informations. Elle fait également l'objet d'une accusation infondée de "diffusion de fausses informations", qui lui a déjà valu un interrogatoire de plus de six heures le 21 octobre, pendant que se déroulait le Forum Égypte, un festival national visant à présenter les exploits de Abdel Fattah al-Sissi.

Une parodie de justice

Si la décision et la peine sont en elles-mêmes scandaleuses, le déroulement du procès était tout aussi grotesque. Selon Mada Masr et une journaliste présente à l'audience, l'avocat a demandé au juge un délai pour examiner le dossier des accusations. Après une brève suspension de la séance, le juge a annoncé le rejet de tous les arguments soulevés par la défense, "y compris les demandes visant à produire des pièces ou à entendre des témoins" avant de pouvoir y répondre, rapporte Mada Masr. Quand les avocats ont refusé de présenter leur plaidoirie dans ces circonstances, le juge a pris la décision choquante de désigner un autre avocat d'office, contre la volonté de Lina Attalah, avant de prononcer la condamnation. "Il s'agit d'une déclaration de guerre contre la presse indépendante," a réagi la journaliste interrogée par RSF, demandant l'anonymat.

Mada Masr : symbole de la liberté de la presse

Mada Masr a paru pour la première fois le 30 juin 2013, en pleine vague de manifestations, trois jours avant le coup d'État d'Abdel Fattah al-Sissi. Le site, bloqué en Égypte depuis 2017, et qui publie depuis lors en arabe et en anglais, "s'attache à produire un journalisme intelligent et captivant," selon leur site. Son personnel fait également l'objet d'une répression continue. En novembre 2019, les forces de sécurité avaient notamment perquisitionné ses locaux et arrêté quatre membres de l'équipe et en août 2025, RSF recensait cinq procédures judiciaires visant le média en cinq ans. Lina Attalah, cofondatrice et rédactrice en chef était parmi les journalistes mobilisés pour la libération des six reporters du site de fact-checking Matsadda2sh arrêtés fin septembre.

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Publié le 27.10.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on October 27, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on October 28, 2026 at 18:32 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]