02/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/24/2026 13:16
On trouvera, ci-après, le texte du discours du Secrétaire général de l'ONU, M. António Guterres, prononcé devant le Conseil des droits de l'homme, à Genève, aujourd'hui:
Les droits humains sont la cible d'une attaque de grande envergure partout dans le monde. L'état de droit est écrasé par la loi du plus fort. Et cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants.
Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté. Les conséquences sont effroyables, comme le constate le Conseil. Et elles sont gravées dans la vie des personnes qui souffrent deux fois: d'abord de la violence, de l'oppression ou de l'exclusion, puis, à nouveau, de l'indifférence du monde.
Quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule. La paix. Le développement. La cohésion sociale. La confiance. La stabilité.
C'est précisément pourquoi les instruments du Conseil des droits de l'homme -notamment les rapporteurs spéciaux et rapporteuses spéciales, les procédures spéciales, les mécanismes d'enquête et l'Examen périodique universel- sont aussi indispensables. Et c'est précisément pourquoi, au moment où nous marquons le 20e anniversaire du Conseil, nous sommes conscients qu'il importe plus que jamais que la mobilisation politique ouvre la voie à un renforcement des droits humains partout dans le monde.
Demain, je dois prendre la parole devant le Conseil de sécurité à l'occasion du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, une invasion qui a entraîné la mort de plus de 15 000 civils. Il est plus que grand temps de mettre fin à l'effusion de sang.
Au début du mois, j'ai pris la parole devant le Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien au sujet des violations flagrantes des droits humains, de la dignité humaine et du droit international dans le Territoire palestinien occupé. La trajectoire actuelle est sombre, claire et réfléchie: la solution des deux États est ouvertement rendue inapplicable. La communauté internationale ne peut pas laisser faire.
Il y a quelques jours, j'étais au Sommet de l'Union africaine, qui a fait une large place à la situation au Soudan, en République démocratique du Congo, au Sahel et à d'autres crises.
Nous vivons dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange ... où le droit international est considéré comme un simple désagrément. Les conflits se multiplient et l'impunité se propage. Cela n'est pas dû à de l'ignorance, au manque d'outils ou à l'absence d'institutions. C'est le résultat de choix politiques.
Cette crise du respect des droits humains n'est pas isolée. Elle fait écho à toutes les autres fractures dans le monde, et les aggravent.
Les besoins humanitaires explosent tandis que les financements chutent. Les inégalités se creusent à une vitesse ahurissante. Les pays croulent sous la dette et le désespoir. Le chaos climatique s'accélère. Et les technologies - en particulier l'intelligence artificielle - sont de plus en plus utilisées d'une manière qui réprime, accentue les inégalités et expose les personnes marginalisées à de nouvelles formes de discrimination, en ligne et hors ligne. De toutes parts, les personnes déjà vulnérables sont encore plus marginalisées.
Et les défenseurs et défenseuses des droits humains sont parmi les premiers à être réduits au silence lorsqu'ils et elles tentent de nous mettre en garde. Les droits humains sont la première victime de cette attaque coordonnée. La main de fer qui resserre l'espace civique nous le montre. Des journalistes et des militantes et militants sont emprisonnés. Des ONG sont fermées. Les droits des femmes reculent. Les droits des enfants sont oubliés. Les personnes en situation de handicap sont exclues. Les démocraties s'érodent.
Le droit de réunion pacifique est bafoué - et je condamne une nouvelle fois la répression violente des manifestations en Iran. Les personnes migrantes sont harcelées, arrêtées et expulsées au mépris total de leurs droits humains et de leur humanité. Les réfugiés sont montrés du doigt. Les communautés LGBTIQ+ sont vilipendées. Les minorités et les peuples autochtones sont pris pour cible. Les communautés de croyants sont attaquées. La désinformation et la haine empoisonnent les espaces en ligne, et entraînent des dommages dans le monde réel.
Les droits humains ne sont pas un slogan à clamer quand tout va bien. Ils doivent être respectés en toutes circonstances. Aussi devons-nous les défendre - même lorsque c'est difficile, incommodant ou coûteux. En particulier quand c'est le cas. Et pour ce faire, nous devons agir sur trois fronts brûlants.
Premièrement, nous devons défendre nos fondements communs, sans compromis. La Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme et les instruments relatifs au droit international des droits humains ne sont pas un menu à la carte. Les dirigeants ne peuvent pas choisir ce qu'il leur plaît et faire fi du reste. Et les droits humains eux-mêmes sont indivisibles. Les droits économiques, les droits sociaux, les droits culturels, les droits civils et les droits politiques sont des droits naturels, universels, inaliénables et interdépendants.
Deuxièmement, nous devons renforcer nos propres institutions. Nous ne pouvons pas faire comme si les dysfonctionnements de la gouvernance mondiale actuelle n'avaient aucun rapport avec la détérioration mondiale des droits humains. Notre volonté de réformer et de renforcer le Conseil de sécurité et l'architecture financière mondiale n'est pas une simple affaire d'intendance institutionnelle. Il s'agit d'une condition essentielle pour assurer la protection des droits humains et des libertés fondamentales.
Quand le Conseil de sécurité est paralysé, quand les vetos servent de paravent politique, quand les rivalités géopolitiques l'emportent sur la protection des civils, le résultat est le même: L'impunité s'étend. Les souffrances se multiplient. Et les droits humains sont piétinés. Nous avons besoin d'un Conseil de sécurité qui reflète le monde d'aujourd'hui - pas celui de 1945.
Il en va de même pour l'architecture financière internationale, afin de garantir aux pays en développement une participation réelle et une voix qui compte. Quand les pays les plus petits et les plus vulnérables sont pris au piège de la dette et privés d'investissements suffisants, leurs populations sont privées de leurs droits humains - y compris l'éducation, les soins de santé, la sécurité et la dignité.
Notre Initiative ONU80 renforce également le lien entre droits humains, paix, développement durable et protection en contexte humanitaire - afin que ces domaines agissent de manière plus cohérente et se renforcent mutuellement. Elle propose également de créer un Groupe des droits humains à l'échelle du système des Nations Unies, afin d'ancrer plus profondément les droits humains dans l'ensemble des politiques et des activités de l'Organisation. Et je remercie le Haut-Commissaire d'avoir mené cet effort, qui s'appuie sur l'Appel à l'action en faveur des droits humains.
Troisièmement, nous devons donner libre cours à la puissance des droits humains. Après tout, les droits humains ne sont pas seulement ce que nous défendons, ils sont aussi ce qui rend le monde meilleur. Lorsque les droits sont respectés, les peuples jouissent d'une plus grande liberté. Les économies se développent de manière plus équitable. Les populations ont davantage confiance. Et, à mesure que la dignité s'enracine, la paix et la stabilité s'installent.
Les droits humains ne sont pas un obstacle au progrès, ils en sont un moteur essentiel. Nous en avons été témoins à maintes reprises, partout dans le monde. Là où les droits progressent, les conflits perdent du terrain. Là où la justice prévaut, l'extrémisme violent s'affaiblit. Là où l'égalité s'étend, les possibilités deviennent innombrables. Là où règne la liberté, les sociétés prospèrent.
C'est pourquoi nous devons changer de cap et faire de la dignité humaine notre boussole. En réaffirmant que nous sommes attachés à l'état de droit et le respectons à tous les niveaux. En soutenant les travaux décisifs menés par la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale. En réalisant les objectifs de développement durable. En accélérant l'action climatique. En défendant tout ce qui fait notre humanité.
Dans mon premier discours devant ce Conseil en tant que Secrétaire général, j'ai évoqué la profondeur de mon engagement personnel en faveur des droits humains. Grandir sous la dictature de Salazar m'a appris que lorsque ces droits sont bafoués, ce sont tous les aspects de la société qui en souffrent. Travailler à l'Organisation des Nations Unies m'a montré que le respect des droits humains fait surgir le meilleur de l'humanité. Et aujourd'hui, alors que je suis à la tête de l'Organisation depuis près de 10 ans, la puissance des droits humains ne m'a jamais paru aussi évidente.
Les droits humains ne sont l'apanage d'aucune région du monde. Ils ne sont pas un luxe - ils ne sont pas négociables. Ils sont le fondement d'un monde plus pacifique et plus sûr. Et les États sont liés par les obligations mises à leur charge par la Charte et le droit international. Nous avons encore beaucoup de travail à accomplir ensemble.
Mais comme c'est la dernière fois que je prends la parole devant le Comité à l'ouverture de la session, je vous fais la demande suivante: Ne laissez pas les droits humains s'éroder pour des raisons de convenance politique ou de concurrence géopolitique. Ne laissez pas la force dicter de nouvelles règles ne donnant aucun droit aux personnes vulnérables et aucune limite aux puissants.
Que ce Conseil des droits de l'homme soit la voix et le bouclier de toutes celles et tous ceux qui sont dans le besoin. Que ce lieu contribue à mettre fin aux violations généralisées et brutales des droits humains. En effet, un monde qui protège les droits humains est un monde qui se protège lui-même.