03/10/2026 | News release | Distributed by Public on 03/10/2026 12:13
Lors d'une rencontre publique organisée au siège des Nations Unies, en marge de la 70ᵉ session annuelle de la Commission de la condition de la femme - le plus grand forum mondial consacré à l'égalité entre les sexes - le Secrétaire général de l'ONU a répondu pendant plus d'une heure aux questions de représentantes d'organisations féministes.
« Vous êtes celles qui secouent les fondations », a-t-il lancé d'emblée aux participantes. « Et vous faites émerger la justice, la dignité et l'égalité pour des communautés à travers le monde ».
L'ancien premier ministre portugais, dont le second et dernier mandat à la tête de l'organisation s'achèvera à la fin de l'année, a décrit un contexte international de plus en plus hostile aux avancées obtenues par les femmes. Les inégalités persistantes dans la politique et l'économie, mais aussi dans les nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle, s'inscrivent selon lui dans un climat plus large de polarisation.
« Nous traversons une période difficile, » a-t-il averti. « Un vent amer souffle sur le monde. Ce vent durcit les attitudes et alimente un retour de bâton contre les droits des femmes… un mouvement qui prospère sur la désinformation, qui exploite la peur et l'insécurité, qui instrumentalise les guerres culturelles et qui cherche à réduire les femmes au silence ».
Et M. Guterres d'ajouter : « La dernière chose que je souhaite entendre de votre part aujourd'hui, c'est le silence ».
Les échanges ont rapidement pris un tour plus direct lorsque plusieurs participantes ont interrogé le Secrétaire général sur un projet de réforme interne visant à fusionner deux agences clés du système onusien : ONU Femmes, chargée de promouvoir l'égalité entre les sexes, et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), spécialisé dans la santé sexuelle et reproductive.
« Pourquoi les deux principaux acteurs sont-ils les premiers visés par ces mesures de rationalisation ? » a demandé Maria Leon Gonzalez, représentante du Young Feminist Caucus, qui fédère des centaines d'organisations de la société civile.
En réponse, António Guterres a défendu l'idée d'une structure unifiée qu'il juge potentiellement « plus puissante », assurant que les mandats des deux agences seraient maintenus tout en partageant certaines ressources.
D'autres interventions ont élargi le débat à la situation mondiale des droits des femmes. La juriste nigériane Joy Ngozi Ezeilo a évoqué le rétrécissement de l'espace civique dans plusieurs pays, la diminution des financements accordés aux organisations féministes et les pressions exercées par certains gouvernements.
« Il est temps que les États se disent la vérité, » a-t-elle déclaré. « Il est temps de réaffirmer que les droits des femmes sont des droits humains ».
Cette formule renvoie directement au mot d'ordre adopté lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, organisée à Pékin en 1995 - un moment fondateur pour le mouvement international en faveur de l'égalité.
Malgré les avancées obtenues depuis, a poursuivi la professeure de droit, « les États doivent contribuer à faire progresser les droits des femmes ».
Interrogé sur l'héritage qu'il souhaite laisser à l'issue de ses 10 années à la tête de l'ONU, António Guterres a souligné que les progrès en matière d'égalité passent avant tout par une transformation des rapports de pouvoir.
Il a également insisté sur le rôle central des organisations de la société civile, annonçant qu'une réunion serait organisée en juillet pour recueillir leurs contributions dans le cadre de l'initiative de réforme « ONU80 », lancée pour réfléchir à l'avenir de l'organisation.
Mais le Secrétaire général a reconnu que la défense des droits des femmes reste un combat difficile, notamment dans un contexte de polarisation politique croissante.
La défense des acquis, la promotion de nouvelles perspectives et la création de coalitions dans des sociétés de plus en plus fragmentées, tout « cela a un prix », a-t-il admis. « Vous pouvez être confrontées à des menaces, à l'intimidation et au harcèlement. Lorsque vous poussez au changement, vous vous heurtez au patriarcat, et le patriarcat riposte ».
En conclusion, António Guterres a réaffirmé son soutien aux militantes présentes, les appelant à poursuivre leur mobilisation.
« Continuez à secouer les fondations du privilège, » leur a-t-il lancé.
« Vous pouvez compter sur moi pour être à vos côtés, maintenant et toujours, et ensemble nous dirons haut et fort : non au retour de bâton, non aux reculs, non au retour en arrière, pas de reddition ».
« Nous n'abandonnerons jamais, jamais ».