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02/04/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/04/2026 15:53

Commission du développement social: les systèmes de soins passés à la loupe pour étudier leur efficacité dans l’élimination de la pauvreté

Le rôle central, mais souvent sous-estimé, des systèmes de soins dans l'équilibre social a été mis en avant, ce matin, à la Commission du développement social qui tenait une table ronde sur ce thème. Des systèmes de soins vus unanimement comme des « piliers des politiques publiques », à l'intersection des enjeux économiques, sociaux et de genre.

« Éliminer la pauvreté et garantir la dignité grâce à des systèmes de soins et d'assistance résilients » était le thème officiel de la discussion, animée en premier lieu par M. José Antonio Ocampo, ancien Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, qui a misé sur les « effets multiplicateurs » de ces systèmes dans la lutte contre la pauvreté.

Interrogeant les panélistes sur la coordination des politiques et sur l'économie sociale et solidaire, M. Ocampo a ouvert la voie à des témoignages nationaux. La Chine, par exemple, a dit avoir misé sur l'emploi ciblé pour éradiquer durablement la pauvreté. Elle a ainsi réussi à sortir plus de 800 millions de personnes de la pauvreté depuis 1978 grâce à des politiques ciblées de protection sociale. Pour éviter à ceux qui en sont sortis de retomber dans la pauvreté, Beijing a mis en œuvre un mécanisme de suivi, a ajouté l'intervenante chinoise, Mme Li Xin, du Ministère de l'agriculture.

Il faut toutefois se rendre à l'évidence qu'il y a encore 1,8 milliard d'enfants sans protection sociale, a alerté Mme Lauren Whitehead, responsable de la protection sociale et de l'égalité des sexes à l'UNICEF, en appelant les États à adopter des approches pangouvernementales intégrant les soins.

Valorisation de l'économie des soins

C'est là que le concept d'« économie des soins » intervient. Mme Shelly Ann Edward, Directrice de la protection sociale et de l'égalité des sexes de l'Institut de planification de la Jamaïque, a appelé à définir, mesurer et valoriser cette économie. Même son de cloche chez Mme Violet Shivutse, de Shibuye Community Health Workers, venue du Kenya, qui a plaidé pour la reconnaissance des aidants comme acteurs clefs. Il faut qu'ils soient inclus dans les budgets et dans l'investissement productif. Et il faut rompre avec les normes sociales assignant les soins aux femmes, a ajouté Mme Edward.

Les délégations participant à la discussion ont largement reconnu que les soins représentent un investissement stratégique, surtout lorsque, comme au Guatemala, plus de 57% de la population vit dans la pauvreté multidimensionnelle. Les Philippines ont décrit l'économie des soins comme la « colonne vertébrale invisible » du marché du travail. Le Chili a présenté le programme Chile Cuida, tandis que le Mexique a annoncé l'officialisation des tâches de soins et la création d'une ligne budgétaire dédiée. Le Qatar, l'Union européenne, l'Inde, la Suisse et Cuba ont également souligné l'importance de systèmes de soins inclusifs, universels et fondés sur la dignité.

Soins, inclusion sociale et égalité de genre

La deuxième discussion de la matinée a porté sur la contribution des systèmes de soins à des sociétés plus inclusives, notamment pour les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées. Leur impact sur les dynamiques de genre a aussi été abordé. Une attention particulière a été portée aux femmes, qui assument le plus lourd fardeau en matière de soins.

En moyenne, les femmes consacrent 2,5 fois plus d'heures par jour aux soins que les hommes », a informé Mme María-Isabel Cobos, Cheffe de la Section des statistiques sociales et genrées au Département des affaires économiques et sociales (DESA). De plus, a-t-elle ajouté, la majeure partie du travail de soins dans le monde est non rémunérée et effectuée par les femmes et les filles, ce qui perpétue les inégalités économiques entre les femmes et les hommes.

Or, « les soins ne sont pas une œuvre de charité, mais un investissement dans les personnes et dans la société », a estimé Mme Hande Şahin, spécialiste des services familiaux et sociaux au Ministère de la famille de la Türkiye. Elle a relevé que l'aide financière contribue, certes, à couvrir les dépenses, mais ne préserve ni la dignité ni ne prévient l'isolement. Elle a donc recommandé que l'aide financière soit combinée à des services de soins.

Convaincue de l'importance à donner à la nature multidimensionnelle des systèmes de soins, Mme Margrit Saroufim Youssef, Vice-Ministre de la solidarité sociale de l'Égypte, a invité à ne pas percevoir les soins comme un fardeau individuel, mais plutôt comme des « biens publics » et la pierre angulaire d'un système social résilient. Les soins pendant les 1 000 premiers jours de la vie sont cruciaux pour briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle, a-t-elle notamment fait valoir.

Là où on peut parler de fardeau, c'est dans le cas des femmes et des filles, des mères en particulier, a rappelé Mme Farah Arabe, membre du conseil d'administration de Make Mothers Matter, en soulignant leur part disproportionnée dans ce système. Elle a fait remarquer que si ces charges étaient rémunérées, elles seraient créatrices d'emplois et génératrices de près de quatre dollars de PIB pour chaque dollar investi.

En ce qui concerne les mères en particulier, dont Make Mothers Matter porte la voix, elles ne sont pas seulement des actrices économiques et éducatives, elles sont « l'infrastructure émotionnelle et relationnelle de nos sociétés ». Mme Arabe a donc plaidé pour qu'elles soient associées à la conception des politiques, citant en exemple l'initiative Children20, une plateforme mondiale liée au Sommet du G20 qui vise à donner une voix aux enfants et aux adolescents dans les processus de prise de décisions politiques internationaux.

Les discussions ont également mis en lumière le développement rural et la mise en place de systèmes de soins adaptés aux populations rurales.

Lectures nationales contrastées de la pauvreté

L'Algérie, le Malawi et le Panama ont livré des lectures contrastées de la lutte contre la pauvreté. L'Algérie a indiqué que, selon le rapport 2025 sur la situation économique en Afrique présenté à la Conférence des ministres de la Commission économique pour l'Afrique (CEA), moins de 1% de sa population, sur 46 millions d'habitants, vit dans la pauvreté. Elle a mis en avant la poursuite de ses efforts à travers sa politique industrielle 2015-2030, alignée sur les objectifs de développement durable (ODD). À l'inverse, le Malawi a décrit une pauvreté persistante, aggravée par des chocs climatiques récurrents, et a alerté sur le poids disproportionné des tâches de soins assumées par les femmes.

Le Panama a souligné que l'élimination de la pauvreté ne peut se réduire à un indicateur statistique, mais relève d'une exigence de dignité humaine. C'est pourquoi, le DESA a recommandé de renforcer les liens entre la Commission du développement social et la Commission de statistiques (des commissions techniques de l'ECOSOC) pour mettre en place des systèmes politiques et statistiques qui se soutiennent mutuellement.

Les participants ont conclu sur l'urgence de renforcer l'efficacité des systèmes de soins. Il faut qu'ils soient bien coordonnés et durablement financés. Il faut aussi veiller à ce qu'ils soient inclusifs. De tels efforts permettront de réduire les inégalités, soutenir les familles et faire des soins un levier central de lutte contre la pauvreté et de promotion du travail décent.

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