07/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/03/2026 15:13
Le 30 juin, la justice chilienne a condamné l'ancien juge Juan Antonio Poblete et l'ancien directeur du renseignement de l'armée, le général à la retraite Shafik Nazal, à cinq ans de prison ainsi qu'à la privation définitive de leurs droits civiques pour avoir mené une opération d'espionnage illégal contre le journaliste d'investigation Mauricio Weibel. Reporters sans frontières (RSF), qui a suivi de près toute la procédure judiciaire, salue cette décision qui constitue un précédent historique pour la liberté de la presse.
"Enquêter sur la corruption ne doit jamais faire d'un journaliste une cible de la surveillance de l'État. Cette condamnation envoie un signal fort au Chili et à toute la région : les outils du renseignement existent pour protéger la société, non pour intimider la presse ni pour couvrir des réseaux de pouvoir. Cette décision doit ouvrir la voie à un réexamen approfondi des mécanismes de contrôle démocratique des services de renseignement et de la protection effective des journalistes qui enquêtent sur la corruption. RSF salue cette décision et appelle l'État chilien à garantir des réparations, un contrôle effectif des services de renseignement, mais également à ce que cela ne se reproduise plus."
Le journaliste d'investigation chilien et ancien correspondant de RSF de 2012 à 2016 Mauricio Weibel a été illégalement espionné en 2017 alors qu'il enquêtait sur des fraudes massives liées aux achats d'armes et aux fonds secrets du ministère de la Défense. Ses enquêtes ont permis à l'État chilien de récupérer près de 4,5 milliards de dollars (soit près de 4 milliards d'euros) et ont conduit à l'ouverture de procédures pénales contre des centaines de militaires. L'opération, connue sous le nom d'"Opération W", a eu recours à de fausses ordonnances judiciaires afin d'intercepter illégalement ses communications.
Pour dissimuler le fait que la cible était un journaliste, l'ordonnance mentionnait le numéro de téléphone de Mauricio Weibel, mais sous l'identité d'une femme bolivienne faussement accusée d'être une agente étrangère. Après six années d'enquête, l'ancien juge Juan Antonio Poblete et l'ancien directeur du renseignement de l'armée, le général à la retraite Shafik Nazal, ont reconnu les faits dans le cadre d'une procédure abrégée devant le septième tribunal de garantie de Santiago - tribunal pénal chilien chargé de garantir les droits des prévenus et des victimes, de contrôler la légalité des arrestations et d'autoriser les mesures d'instruction.
À la suite du jugement, Mauricio Weibel a déclaré aux médias que cette décision envoyait un signal "non seulement au Chili, mais aussi au monde entier", rappelant que celles et ceux qui exercent le journalisme d'investigation "ne peuvent être ni attaqués, ni placés sous enquête, ni persécutés" pour avoir révélé des informations d'intérêt public.
Au cours de l'audience, la procureure Ximena Chong a souligné que la loi sur le renseignement n'autorise des mesures intrusives que dans des limites strictes, liées à la sécurité nationale ou à la criminalité organisée. Lorsque ces prérogatives sont utilisées à d'autres fins - notamment pour obtenir des informations sur des journalistes -, elles doivent faire l'objet d'enquêtes et être sanctionnées.