05/07/2026 | News release | Distributed by Public on 05/08/2026 11:04
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7 mai, 2026Lors d'une réunion à Accra les 4 et 5 mai, le Groupe africain de négociateurs (AGN), qui coordonne les positions de négociation sur le climat au nom de 54 pays africains dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a adopté un plan de travail visant à mettre en place un mécanisme de liaison avec les syndicats en vue de la 31e Conférence des Parties (COP 31).
Cette initiative a été élaborée en collaboration avec le bureau régional d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne et le Réseau de l'énergie pour l'Afrique subsaharienne. Elle a également impliqué les affiliés d'IndustriALL au Ghana, la CSI-Afrique, le Congrès du Travail du Nigeria et le Congrès des syndicats du Ghana. L'objectif est d'ancrer plus fermement les garanties pour le monde du travail dans les politiques climatiques africaines.
Le plan de travail pour les sessions des organes subsidiaires (SB64) et la COP 31 comprend plusieurs étapes. Il s'agit notamment de mettre en place un groupe de liaison AGN-syndicats sur le Programme de travail pour une transition juste (JTWP) doté d'un mandat officiel. Il est également question de compiler des notes d'information sectorielles sur l'emploi, la reconversion professionnelle, les minéraux critiques et les travailleuses et travailleurs du secteur informel. Il faudra enfin d'organiser des séances d'information conjointes avant les sessions. Par ailleurs, la soumission de données conjointes au processus de cartographie du Secrétariat sur les voies de transition conçues dans le respect de la souveraineté est prévue. L'élaboration d'un document exposant les positions unifiées des syndicats africains sur le JTWP, les mécanismes d'ajustement aux frontières et les chaînes de valeur équitables est également prévue. Parmi les autres activités figurent l'organisation d'une réunion parallèle à la COP 31 sur le thème de la transition juste pour le monde du travail africain. Un autre objectif consiste à examiner le mécanisme de liaison syndicale avec l'AGN et l'institutionnaliser.
Les participants à la réunion ont pris conscience que le financement est au cœur des griefs exprimés. L'Afrique subsaharienne reçoit chaque année moins de 3 % du financement pour le climat au plan mondial. Une grande partie de ce financement prend la forme de prêts plutôt que de subventions. Les syndicats ont dénoncé l'utilisation de prêts en tant que contributions au climat. Ils ont fait valoir que cela risquait d'aggraver la crise de la dette du continent. Les taux d'intérêt dans la région sont environ sept fois plus élevés que ceux des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Combler cet écart nécessite une réforme en profondeur des banques multilatérales de développement. C'est ce qu'ont fait valoir les syndicats.
S'inspirant de la Vision minière africaine, les participants ont exigé que les minéraux critiques tels que le lithium et le cobalt soient traités localement. Cela générerait une croissance décente et créatrice d'emplois en lieu et place d'exportations de matières premières.
Les syndicats ont exprimé leurs inquiétudes concernant le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne, arguant qu'il risque de répercuter les coûts de la transition énergétique sur les producteurs et les travailleurs africains. Ils ont également rejeté les interdictions de produits et les subventions vertes qui fonctionnent comme des barrières commerciales. Ils ont plutôt insisté sur le droit des États à mettre en place des chaînes de valeur régionales dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Influencés par l'expérience sud-africaine de « transition énergétique juste », les syndicats ont appelé à des transitions négociées prévoyant des préavis de cinq ans pour la sortie des énergies fossiles et la parité salariale pour les travailleuses et travailleurs concernés. Un thème récurrent a été la nécessité de protéger l'importante main-d'œuvre informelle du continent. Ils ont insisté pour que les normes de l'Organisation internationale du travail (OIT) soient explicitement liées au financement climatique. En particulier, les syndicats souhaitent que l'on accorde une attention particulière aux opportunités et aux droits des femmes et des jeunes dans l'économie verte. Les syndicats ont également appelé au financement intégral du Plan d'action pour l'égalité des sexes afin de lutter contre l'impact disproportionné des catastrophes climatiques sur les femmes.
La réunion, organisée avec le soutien d'IndustriALL, du syndicat danois 3F et de la Fondation Friedrich Ebert au Sénégal, a rassemblé 20 participants venus du Ghana, du Nigeria, du Sénégal, d'Afrique du Sud, de Zambie et du Zimbabwe. Des délégués de la société civile de Gambie et du Sénégal y ont également assisté.
« L'AGN s'engage à intégrer systématiquement les questions liées au travail, à approfondir des discussions ouvertes, à impliquer les principales parties prenantes et à fournir une plateforme et des orientations pendant les négociations »,
a déclaré Antwi-Boasiako Amoah, Président de l'AGN.
Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, a souligné :
« Le débat sur le changement climatique s'oriente désormais vers la protection des travailleuses et travailleurs et des intérêts communautaires. Pour les syndicats africains, la transition énergétique juste est un combat contre un nouvel extractivisme vert. »