03/24/2026 | News release | Distributed by Public on 03/24/2026 05:32
CDC Habitat et les syndicats ont signé un accord relatif au soutien du déploiement de l'intelligence artificielle. Objectif : identifier les leviers d'innovation tout en préservant les emplois.
Pour CDC Habitat, premier bailleur de France avec 600 000 logements et près de 10 000 employés répartis entre la métropole et les territoires ultramarins, pas question de ne pas réfléchir à utiliser l'intelligence artificielle, qui représente un puissant levier de performance et de productivité. Mais pour les deux organisations syndicales représentatives de l'entreprise (le SNUHAB CFE-CGC et l'UNSA), l'ambition du groupe ne saurait s'affranchir d'une exigence fondamentale : préserver le bien-être et la santé mentale de celles et ceux qui font vivre CDC Habitat au quotidien.
UNE COMMISSION POUR CO-CONSTRUIRE UNE ÉVENTUELLE INTÉGRATION DE L'IA
En conséquence, les parties prenantes ont signé en novembre 2025 un accord relatif au soutien du déploiement de l'intelligence artificielle. Que prévoit-il ? En premier lieu, la création d'une commission IA au sein du CSE central avec un budget dédié et une formation-sensibilisation des représentants du personnel à cette technologie. « Cet accord IA est un accord de méthode. Il ne dit pas que nous validons l'IA à 100 % », précise Rémi Arcin, délégué syndical CFE-CGC. Lui qui a travaillé à la direction des systèmes d'informations pendant 15 ans connait bien les outils du numérique : « Comme il s'agit d'un sujet très impactant au niveau des métiers avec des risques importants, nous avons insisté sur la nécessité d'impliquer les représentants du personnel dans le projet. »
La commission créée par l'accord compte une trentaine de personnes : un représentant de chaque CSE (8 en tout), les représentants syndicaux des organisations représentatives, des experts métiers et la direction. Un grand cabinet de conseil indépendant spécialisé dans l'IA accompagne la commission en tant que référent sur les conséquences de la mise en place de l'IA sur l'organisation et les impacts sociaux. La commission se donne jusqu'à fin 2027 pour mener à bien ses missions.
ÉVITER LA TAYLORISATION DU TRAVAIL
« Notre but, explique Rémi Arcin, c'est d'éviter une taylorisation du travail où les salariés sont juste bons à valider ou non ce qu'a fait l'IA pendant la nuit. Il y a un véritable risque de perte de sens du travail dans certains métiers. » Pour l'éviter, les syndicats ont délibérément choisi la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation. « Afin de s'assurer que les choses soient bien faites, participer est plus productif que s'opposer et être tenus de côté », résume Rémi Arcin.
Le rôle de la CFE-CGC est ainsi de comprendre l'impact réel de l'IA sur les conditions de travail. « Est-ce que ça facilite le travail ? Est-ce que cela permet d'automatiser les tâches pénibles et de dégager du temps pour des activités plus intéressantes et à forte valeur ajoutée, comme les interactions avec les locataires ? Ce sont les questions auxquelles nous souhaitons répondre », détaille Rémi Arcin. L'ambition est de faire de l'IA un levier de montée en compétences sans qu'elle se double d'un instrument d'appauvrissement des métiers, quitte à imaginer la création de nouvelles fonctions là où la technologie viendrait bousculer les équilibres existants.
L'approche se veut donc avant tout pragmatique. Ce qui motive les syndicats, et donc la commission mise en place par l'accord, n'est pas une recherche de la performance mais protéger les salariés, améliorer les conditions de travail et veiller aux risques psychosociaux. « Pour la CFE-CGC, l'IA doit avant tout être une pierre à l'édifice de l'ascenseur social », souligne Rémi Arcin.
L'introduction massive de l'IA dans les métiers n'est pas sans conséquences sur les individus : sentiment de dépossession, pression accrue à la performance, brouillage des repères professionnels sont autant de signaux que la commission surveillera de près, en parallèle des expérimentations techniques pour s'assurer que la transformation en cours ne se fasse pas au détriment de ceux qui la vivent.
SUIVRE LES ÉVOLUTIONS DU SECTEUR
Un objectif plus facile à dire qu'à faire tant l'IA évolue vite. « Il y a un besoin permanent de tester et surveiller ce qui a été validé, écarté ou modifié », analyse Rémi Arcin. Pour cette raison, 6 réunions sont prévues par an, avec la possibilité d'en rajouter 5 extraordinaires.
Les tests consistent en des expérimentations menées sur des périmètres réduits avec par exemple trois personnes d'un même service qui testent une application IA en parallèle de leurs collègues qui travaillant de façon habituelle. La qualité du travail rendu, la productivité et le ressenti de chacun sont ensuite examinés et comparés. « Les cas d'usage sont nombreux : génération automatique de préparations de baux par récupération d'informations, compilation de données provenant de sources multiples pour en extraire une information synthétique, etc. », explique Rémi Arcin.
SÉCURISER LES DONNÉES
Parmi les points de vigilance, la question des données occupe une place centrale. En tant que bailleur social, CDC Habitat manipule une quantité massive d'informations personnelles hautement sensibles - noms des locataires, adresses, montants des loyers, etc. - qu'il est hors de question de stocker ou de faire transiter par le cloud sans précaution. « La direction a pris en compte cet impératif RGPD dès le départ, indique Rémi Arcin. À savoiroù vont les données, qui y a accès, à quel niveau placer le curseur entre ce qui est confidentiel et ce qui ne l'est pas. » Une réflexion qui pourrait, selon les conclusions, orienter le choix vers une IA plutôt qu'une autre.
L'IA avancera, c'est inéluctable. « On ne peut pas se dire "cachons-nous les yeux, on ne fera pas d'IA". Il faut monter dans le train », tranche Rémi Arcin. Mais sans foncer tête baissée. Loin d'être un blanc-seing donné à l'IA, la section CFE-CGC espère que cet accord sera la garantie que rien ne sera décidé à la légère et aux dépens des salariés. Pour la CFE-CGC, l'IA ne vaut que si elle tient cette promesse : transformer le travail au bénéfice de ceux qui le font.
François Tassain