10/09/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/09/2026 14:19
Le Yémen s'enfonce dans une nouvelle spirale de violence qui menace la stabilité régionale et les grandes routes du commerce mondial. C'est le constat dressé devant le Conseil de sécurité par l'Envoyé spécial pour le Yémen qui a mis en garde contre un retour à une guerre généralisée, susceptible de compromettre les perspectives d'un règlement politique après plus d'une décennie de conflit.
Pour les 40 millions de Yéménites, l'enjeu est d'empêcher que la guerre ne devienne une réalité permanente, a souligné M. Hans Grundberg, qui a prévenu que sans règlement politique crédible, le conflit continuera de resurgir et d'alimenter les tensions régionales.
S'inquiétant particulièrement de la dimension régionale du conflit, l'Envoyé spécial a indiqué que l'offensive menée par les houthistes sur Mokha et le littoral du détroit stratégique de Bab el-Mandab a ouvert une nouvelle phase des hostilités, pointant en outre les attaques d'Ansar Allah contre des infrastructures civiles et énergétiques saoudiennes, notamment les aéroports d'Abha et de Riyad.
Soulignant que les gains militaires ne sauraient remplacer un accord négocié, M. Grundberg a donc plaidé pour un processus politique conduit par les Yéménites sous l'égide de l'ONU, tout en reconnaissant que les rapports de force militaires influencent désormais le calendrier et les conditions d'éventuelles négociations.
Plusieurs délégations, dont la France, le Royaume-Uni, le Pakistan et la Fédération de Russie, ont, elles aussi, appelé au dialogue interyéménite, Moscou mettant toutefois en garde contre la désignation d'un « bouc émissaire ».
Accusant les houthistes d'avoir « tué dans l'œuf » toutes les initiatives de paix, la délégation yéménite a défendu l'opération « Aube du Yémen », une « nouvelle étape » dans le processus de restauration des institutions de l'État, de libération des territoires yéménites encore sous le contrôle des milices et de rétablissement de la sécurité, de la stabilité et de la paix au Yémen.
Son objectif est d'empêcher un groupe armé de confisquer la décision du peuple yéménite et de le replonger dans les conflits chaque fois que la paix entre en contradiction avec ses intérêts ou ceux de ses soutiens au sein du régime iranien, a-t-il ajouté.
L'Arabie saoudite a dénoncé de son côté les attaques des 6 et 7 octobre contre les aéroports d'Abha et de Riyad. « Nous ne permettrons pas que le Yémen soit transformé en une plateforme pour menacer sa sécurité, ni qu'une milice terroriste impose par la force sa volonté au Yémen et à la région, ou menace la liberté de navigation maritime en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandab », a prévenu la délégation.
Les atteintes aux lieux saints de l'Islam, y compris la mosquée du Prophète à Médine, ont alarmé le Pakistan, ainsi que Bahreïn, qui a exhorté le Conseil de sécurité à prendre des mesures concrètes contre les houthistes, notamment en durcissant les sanctions et en bloquant leurs approvisionnements en armes.
Dans ce droit fil, les États-Unis ont appelé à « assécher » les filières de composants à double usage et de précurseurs chimiques alimentant les houthistes. Le Royaume-Uni a lui aussi plaidé pour un renforcement des sanctions, dont le renouvellement est attendu en novembre, tandis que la France a demandé à l'Iran de cesser ses livraisons d'armes en violation de l'embargo. Elle a également exigé la levée du siège de Taëz et rappelé que « la liberté de navigation n'est pas négociable ».
Sur le terrain, l'escalade a provoqué, ces deux derniers mois, le plus important mouvement de nouveaux déplacements depuis la trêve de 2022, a indiqué de son côté le Sous-Secrétaire général aux affaires humanitaires et Coordonnateur adjoint des secours d'urgence, M. Mohamed Yahya. Depuis août, plus de 200 000 personnes ont fui leur foyer et près de 4 000 autres ont gagné Djibouti et la Somalie, accentuant la pression sur les capacités d'accueil déjà limitées de ces deux pays, comme l'a souligné la Somalie au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie).
M. Mohamed Yahya a également signalé que les combats précipitent le système de santé yéménite vers l'effondrement et que l'économie yéménite devrait connaître une cinquième année de contraction, avec un repli de 1,5% cette année.
En outre, l'appel humanitaire n'a été financé qu'à 22%, s'est-il inquiété. « Moins de dispensaires en activité, moins d'enfants soignés pour malnutrition, moins de familles nourries », a énuméré M. Yahya, avertissant que les organisations humanitaires doivent désormais choisir les communautés à secourir.
Mais c'est avant tout le sort des enfants, qui représenteraient plus de la moitié des morts et près d'un tiers des blessés parmi les civils, qui a retenu l'attention des délégations.
Le représentant du Yémen a accusé les houthistes de recruter des enfants et de les envoyer au front, affirmant qu'au moins 100 d'entre eux avaient péri lors des affrontements de septembre. « Leur place est à l'école, auprès de leurs familles, et non sur les champs de bataille », a-t-il martelé.
Face à cette situation, la Directrice générale de Save the Children a appelé le Conseil à protéger les enfants contre les attaques et le recrutement, et à veiller à ce que toutes les parties respectent le droit international humanitaire, préviennent les violations graves à l'encontre des enfants et protègent les infrastructures civiles.
Il importe notamment de veiller à ce que les vulnérabilités spécifiques des enfants soient explicitement prises en compte lors du ciblage des armes et de la planification des opérations, a précisé Mme Inger Ashing.