04/05/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/05/2026 06:56
"NOUS SOMMES AVANCES SUR DEUX PROJETS DE TEXTES, UN DECRET QUI VA ENCADRER LA FABRICATION, L'IMPORTATION, ET LA COMMERCIALISATION DES ACCESSOIRES ET UN ARRETE QUI VA ENCADRER LE CONTROLE DES BOUTEILLES"
Ces derniers mois ont enregistré de nombreux accidents liés à l'usage du gaz butane, notamment la B6, communément appelée "Faitout". Dans cet entretien, le Directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly explique les raisons et annonce des mesures pour mettre fin à cette situation.
Monsieur le Directeur Général, l'on enregistre de plus en plus d'explosions de bouteilles de gaz B6. Quelles en sont les principales causes ?
Merci de me donner l'opportunité de communiquer sur ce sujet d'une importance capitale. Plusieurs causes existent, mais nous allons nous attarder sur les principales, qui sont au nombre de trois. La première cause est relative à la qualité des accessoires qui sont utilisés pour les B6, notamment les brûleurs, les clapets et bien d'autres. Les bons accessoires se vendent dans les grandes surfaces, mais l'on constate que la plupart des accessoires utilisés dans de nombreux ménages sont achetés dans des commerces inadaptés, parfois en bordure des voies.
Le deuxième élément a trait à la qualité des bouteilles qui sortent des centres emplisseurs en bon état et qui arrivent chez le revendeur, déformées, à cause de la manutention. Le troisième élément est le facteur humain, notamment la méconnaissance des bonnes pratiques et des bons réflexes.
Quels sont les mécanismes de contrôle actuellement en place concernant ces bouteilles de gaz butane ? Et à quelle fréquence les bouteilles sont-elles inspectées ou requalifiées ?
La Direction de Contrôle technique procède à des contrôles réguliers. Nous notons quatre types de contrôle. À l'usine de fabrication, il y a un certain nombre d'éléments qui sont contrôlés, tels que l'épaisseur de la tôle utilisée, les soudures, les tests d'étanchéité et les tests à pression. Un expert et un agent de la Direction générale des Mines et de la Géologie prennent part au contrôle.
L'usine de fabrication ne suffisant pas pour approvisionner le marché local, il y a des bouteilles qui sont importées avec une certaine documentation. Le même exercice de contrôle est effectué avec un expert indépendant et l'un de nos collaborateurs, dont la tâche sera de vérifier l'épaisseur, les zones de soudure, afin de s'assurer que ces bouteilles sont de qualité. C'est le deuxième contrôle. Le troisième contrôle s'effectue dans les centres emplisseurs avant de les mettre en route. Nos agents et un autre expert indépendant, différent du premier présent à l'usine, à l'arrivée des bouteilles importées, effectuent une contre-expertise avec différents tests pour s'assurer que les bouteilles sont de qualité avant d'être remplies. Une fois que la bouteille est bonne, elle est chargée et entre dans le circuit.
Au cours de la vie de la bouteille, il y a des contrôles qui se font quotidiennement, au niveau du centre emplisseur, chez les détaillants et sur la chaîne de transport avec les camions-plateaux. Au terme de ce contrôle, il y a quatre lots de tris qui sont effectués. Les bouteilles usées (hors d'usage) sont mises à part et envoyées à la ferraille pour être pressées et utilisées à d'autres fins ; les bouteilles hors d'épreuves (tests effectués sur les bouteilles de gaz chaque 5 ans et ayant une marque indélébile) forment un *deuxième" tas et subissent les épreuves nécessaires pour mieux les sonder afin de les replacer dans le circuit ; le troisième tas est constitué de bouteilles ayant une petite différence qui peuvent être qualifiées pour une seconde vie ; et les bonnes bouteilles constituent, le quatrième lot, et sont envoyées pour le remplissage. Tous les jours, nos équipes sont sur le terrain pour le même exercice.
On se rend effectivement compte que les dispositions sont prises pour la sécurisation de ces bouteilles. Mais qu'est-ce qui explique qu'on observe, depuis quelque temps, une augmentation des cas d'explosion de bouteilles de gaz ?
Il faut noter que dans le cadre de la politique de vulgarisation de l'usage du gaz butane en remplacement du charbon de bois, une facilité a été mise en place par le gouvernement à partir de 1993, afin de sauvegarder nos forêts. L'on observe par conséquent une consommation de plus en plus élevée de bouteilles de gaz. Nous sommes partis de 830 bouteilles de gaz à plus de 10 000 bouteilles. Aujourd'hui, vous trouvez ces bouteilles de gaz B6 même dans les endroits les plus reculés de la Côte d'Ivoire, notamment dans les campements. C'est une très bonne politique qui a été mise en place par l'État pour faciliter le quotidien de nos concitoyens. Mais malheureusement, ils utilisent des matériels de mauvaise qualité, tels que ceux que j'évoquais tantôt.
La deuxième raison est relative au réseau de trafic. Aujourd'hui, le gaz est utilisé dans certaines villes, notamment Yamoussoukro, Bonoua, Daloa, pour ne citer que celles-là, comme du carburant. Et souvent, le transvasement se fait avec du matériel inadéquat. Ce qui détruit tous les accessoires. D'autres vont jusqu'à transvaser les bouteilles B6 dans la B12, ou vice-versa. Et ce, avec du matériel qui n'est pas adéquat. Tous ces éléments augmentent le nombre d'accidents, d'explosions en dépit de tous les efforts qui sont faits pour les contrôles.
La troisième cause est le facteur humain. C'est le cas du dernier accident qui s'est produit sur l'autoroute. Le conducteur a voulu faire un dépassement qui a malheureusement mal tourné. Voilà quelques raisons principales de l'augmentation des accidents dus à l'explosion des bouteilles de gaz.
Face à cette situation, quelles sont les mesures immédiates que vous avez prises pour contrer cette recrudescence des explosions des bouteilles de gaz ?
Dans l'immédiat, nous avons renforcé les contrôles et la répression. Nous faisons également des campagnes de sensibilisation via les canaux de communication et en présentiel. Nous procédons à des formations de tous les acteurs de la chaîne sur les bons réflexes, le bon usage et la connaissance, afin de permettre à tout le monde de s'approprier les bonnes pratiques dans toute la chaîne pour éviter les accidents que nous connaissons.
Dans l'élan d'amélioration des conditions, envisagez-vous une réforme du système de contrôle de ces bouteilles de gaz ? Si oui, cela va-t-il concerner le renforcement des normes techniques ?
Oui, nous sommes avancés sur deux projets de textes. Un décret qui va encadrer la fabrication, l'importation, et la commercialisation des accessoires sur lesquels il y aura des stickers, faute de quoi, ils ne seront pas normés. Il est également prévu un arrêté qui va encadrer le contrôle des bouteilles. Une marque indélébile sera mise sur la bouteille, autant de fois que de contrôles, peu importe la fréquence. Ce contrôle se veut différent de l'épreuve qui se fait chaque cinq ans.
Quels sont les bons gestes que doivent pratiquer les populations pour éviter des explosions de gaz ?
Quand vous arrivez chez le revendeur, vérifiez d'abord la marque sérigraphique qui est sur la bouteille, d'autant plus que cette date correspond à l'épreuve que subissent les bouteilles chaque cinq ans. Si cette date est échue, ne prenez pas la bouteille. Par exemple, si vous voyez marqué sur une bouteille 02-2025, alors que nous sommes en mars 2025, il est clair que vous ne devez pas l'acheter parce qu'elle doit aller subir l'épreuve hydraulique qui consiste à la mettre sous une forte pression de plus de 30 bars pour tester sa résistance.
Il y a en outre la forme de la bouteille. Si elle a subi des déformations, par exemple au cours de la manutention, ne la prenez pas. Vous devez regarder aussi la corrosion, d'autant plus qu'au centre emplisseur, nous ne remplissons pas les bouteilles qui font l'objet de corrosion. Si tel est le cas, vous ne la prenez pas.
Il y a dans les quartiers des personnes qui transportent les bouteilles de gaz dans des brouettes. Ce n'est pas mauvais en soi, mais il ne faut pas qu'ils laissent tomber la bouteille durant le transport de chez le revendeur jusqu'à la maison. De même, lorsqu'ils arrivent à la maison, il faut que la bouteille soit dans une zone aérée. Avant de fixer le brûleur, il faut mettre un peu d'eau sur le clapet (la partie où on fixe le brûleur). S'il y a des bulles, il faudra retourner la bouteille chez le revendeur. Ensuite en fixant le brûleur, ce n'est pas la peine d'attraper par la tête. Il faut s'assurer qu'il est bien fixé et refaire l'exercice de l'eau pour vérifier qu'il n'y a pas de fuite. S'il y a une fuite ou que vous sentez le gaz, il faut placer la bouteille dans une zone aérée ou ouvrir toutes les fenêtres.
Il est formellement déconseillé d'utiliser le portable quand le gaz est allumé. Tout ce qui est appareil électronique ou source de chaleur doit être évité. N'allumez pas la lumière quand vous sentez l'odeur du gaz et soupçonnez une fuite. Évacuez les personnes qui sont dans la zone où il y a la fuite. Au besoin, si le gaz n'est pas encore allumé que vous constatez la fuite, alors vous pouvez sortir carrément la bouteille et la mettre dans une zone hors danger. Si le gaz est cependant allumé, appelez les secours, notamment les pompiers, en ayant préalablement pris soin d'évacuer la zone et d'aérer tout l'espace en évitant d'allumer toutes les sources de chaleur. Ces mesures ci-dessus mentionnées concernent la B6. S'agissant de la B12, vous avez deux zones d'arrêt. Il y a le robinet à la tête et celui au niveau du brûleur. Vous avez donc le choix pour pouvoir arrêter l'hémorragie.
Quel est votre message pour rassurer les populations qui craignent aujourd'hui pour leur sécurité quand il s'agit d'utiliser le gaz butane ?
Je voudrais lancer un appel à toutes les populations pour nous accompagner dans nos efforts de sensibilisation et d'information. Lorsque vous voyez des gens en train de faire de la manutention et qu'ils jettent des bouteilles par terre, ou procèdent à des transvasements illicites, il y a un numéro vert, 1699, que vous pouvez appeler afin de nous aider dans le cadre de la sensibilisation et la répression. C'est l'affaire de tous et pas seulement celle du ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie. Nous allons par ailleurs renforcer la répression afin de réduire voire mettre fin définitivement aux accidents que nous constatons. D'ici là, nous invitons tout le monde à la vigilance et à la prudence dans l'utilisation du gaz domestique sous toutes ses formes.
CICG