06/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/12/2026 01:44
Depuis la nomination du gouvernement tchèque par le président en décembre 2025, Reporters sans frontières (RSF) a documenté 13 attaques politiques contre les médias, dont six ont été commises par le Premier ministre Andrej Babis. RSF alerte sur ces pratiques qui entravent le droit des journalistes à informer et le droit des citoyens à être informés. L'organisation exhorte le Premier ministre et les autres responsables de la majorité au pouvoir à maintenir leurs déclarations sur les médias dans les limites de la critique légitime.
"Seznam Zpravy est le plus grand tissu de mensonges des médias, tout comme Novinky et Pravo. Ne croyez pas un mot de ce qu'ils disent, pas même un 'bonjour'." Ce 7 juin, le Premier ministre tchèque Andrej Babis s'est exprimé sur les réseaux sociaux pour accuser une nouvelle fois, sans fondement, les médias détenus par l'entreprise tchèque Seznam de mentir. Entre le 9 décembre 2025, date de sa prise de pouvoir, et le 8 juin 2026, Andrej Babis a attaqué verbalement des journalistes à six reprises, en ciblant particulièrement Seznam, le plus grand éditeur en ligne du pays. Celui-ci publie régulièrement des enquêtes sur les dérives du gouvernement Babis et notamment à propos de son conflit d'intérêt présumé lié à sa carrière passée dans l'agro-industrie bénéficiant de financements de l'Union européenne (UE).
Au total, les journalistes et les médias tchèques ont subi 13 attaques politiques, via des déclarations publiques, depuis l'entrée en fonction du nouveau gouvernement à la fin de l'année dernière. Contrairement aux années précédentes, où RSF condamnait les pressions exercées sur la presse par des partis politiques actuellement dans l'opposition, les attaques de ces six derniers mois ont été, elles, perpétrées exclusivement par la coalition au pouvoir.
"Les attaques politiques contre les médias privés et publics sont devenues l'une des marques de fabrique du mandat d'Andrej Babis. Elles mettent les journalistes sous pression, les exposent au cyberharcèlement et incitent à l'autocensure, ce qui finit par saper le rôle de contre-pouvoir du journalisme d'intérêt général. En plus du droit des journalistes à informer, c'est le droit des citoyens à être informés qui est menacé. Nous condamnons fermement cette rhétorique abusive et appelons les partis au pouvoir à maintenir leurs propos sur les médias dans les limites de la critique légitime."
Menaces sur la sécurité des journalistes et l'indépendance des médias
Tout en ciblant régulièrement le rédacteur en chef du site d'information Seznam Zpravy, Robert Casensky, Andrej Babis s'en est également pris à d'autres journalistes tchèques de premier plan. Les31 mai et 1er juin 2026, il a accusé sans fondement de "manipulation" les membres du conseil d'administration du Comité tchèque de l'Institut international de la presse (IPI) - une organisation de journalistes qui défend la liberté des médias - parce qu'ils avaient cosigné une déclaration condamnant, ironie du sort, ses attaques contre les journalistes.
Par ailleurs, avec quatre cas recensés au cours des six derniers mois, Jindrich Rajchl, député de la Chambre des députés tchèque issu du petit parti d'extrême droite PRO, est le deuxième auteur le plus fréquent d'attaques politiques contre les journalistes, selon les observations de RSF. Zuzana Cerna, journaliste pour le média en ligne PastVina, a déposé une plainte après avoir été victime d'insultes de la part de Jindrich Rajchl, puis menacée de mort par les partisans de ce dernier sur Facebook.
Jindrich Rajchl a déclaré à RSF que sa rhétorique, pourtant manifestement abusive, contre les journalistes ne constituait "pas des attaques, mais plutôt des critiques tout à fait factuelles, systématiquement et uniquement déclenchées par des articles haineux ou mensongers à [son] sujet." Le député affirme avoir lui aussi dû déposer des plaintes pour menaces de mort à son encontre reçues via les réseaux sociaux et déclenchées, selon lui, à la suite d'une couverture médiatique défavorable. Pour étayer ses critiques à l'égard de cette couverture médiatique, Jindřich Rajchl a notamment cité deux éditoriaux le présentant comme un allié du gouvernement russe, contestant le caractère "factuel" de telles affirmations.
Cette mise en parallèle appelle toutefois une distinction essentielle : les menaces visant des journalistes ou des responsables politiques constituent des atteintes graves qui ne sauraient être banalisées ; les critiques adressées à des personnalités publiques, même virulentes, relèvent quant à elles d'un autre registre. La Cour européenne des droits de l'homme rappelle ainsi, dans une jurisprudence, que les responsables politiques s'exposent à un niveau de critique plus élevé que les simples particuliers, dès lors que cela participe à un débat d'intérêt public.
Le député a également pris pour cible les médias de service public, s'engageant le 15 avril à "mettre au pas la Télévision tchèque" la qualifiant de "pure propagande". Cette déclaration, non étayée par des preuves, révèle une partie des motivations qui sous-tendent le projet de la coalition au pouvoir de remanier le financement des médias publics, ce qui bafoue les législations tchèque et européenne sur l'indépendance des médias publics. Une nouvelle version de ce projet doit être approuvée par le gouvernement Babis le lundi 15 juin.
Note : Seznam est un donateur de RSF et collabore avec l'organisation dans le cadre de la norme internationale Journalism Trust Initiative (JTI).