04/07/2026 | News release | Archived content
Reporters sans frontières (RSF) et des organisations partenaires ont déposé le 7 avril une action en justice contre l'État brésilien, dénonçant l'utilisation de l'Agence brésilienne de renseignement (ABIN) pour surveiller illégalement des journalistes et des organisations de la société civile, dont RSF, pendant le mandat de l'ancien président Jair Bolsonaro. L'initiative vise à obtenir la reconnaissance juridique de la responsabilité de l'État dans de graves violations de la liberté de la presse et constitue une étape importante pour empêcher que les services de renseignement soient utilisés pour intimider les professionnels des médias.
RSF, la Fédération nationale des journalistes (Fenaj), l'Association brésilienne de journalisme d'investigation (Abraji), ARTICLE 19 et le Syndicat des journalistes professionnels de l'État de São Paulo ont conjointement engagé une action civile publique contre l'État brésilien le 7 avril concernant « l'ABIN parallèle » - une structure clandestine d'espionnage créée sous Jair Bolsonaro (2019-2022) sans aucune base légale ni autorisation allégé. Un rapport de la police fédérale, rendu public le 19 juin 2025 par la Cour suprême fédérale, a indiqué que RSF faisait partie des organisations surveillées.
Les mesures demandées comprennent la mise en œuvre immédiate de dispositions interdisant toute forme de surveillance illégale contre les journalistes et garantissant que les actions intrusives - telles que les écoutes téléphoniques, l'accès aux données personnelles et le suivi de localisation - ne puissent être mises en oeuvre qu'à la suite d'une décision judiciaire dûment motivée. Les organisations requérantes demandent également des réparations collectives pour la communauté journalistique, des réformes institutionnelles visant à prévenir de nouvelles violations - notamment un renforcement du contrôle externe de l'ABIN - ainsi que l'intégration, dans les programmes de formation des agents de sécurité et des autorités publiques, des modules consacrés à la liberté de la presse, à la protection des sources journalistiques et au respect du travail journalistique.
"Lorsque les structures de renseignement de l'État sont détournées pour espionner des journalistes, il s'agit d' une attaque directe contre la liberté de la presse et la démocratie. Cette action représente une étape sans précédent et significative : c'est la première fois que nous demandons aux tribunaux brésiliens une reconnaissance institutionnelle des violations de la liberté des médias. En déposant cette plainte, nous visons à établir un précédent juridique en défense du droit collectif à la liberté de la presse. Cette procédure ne vise pas des réparations individuelles, mais la reconnaissance de la gravité de ces violations et de réformes structurelles. Nous attendons que la procédure établisse des responsabilités, assure une réparation collective et contribue à garantir que de tels abus ne se reproduisent jamais.
Des zones d'ombre subsistent
Un rapport de la police fédérale, déclassifié le 19 juin 2025, a révélé que RSF figurait parmi les organisations surveillées par « l'ABIN parallèle ». Cette organisation clandestine de surveillance a notamment évoquéune campagne de communication de RSF concernant le gouvernement Bolsonaro et a demandé la collecte d'informations sur les activités de l'organisation. Depuis la publication partielle du rapport d'enquête, RSF a saisi un juge de la Cour suprême afin d'obtenir l'accès aux archives de l'ABIN et de déterminer quelles informations ont été collectées. Toutefois, l'ONG n'a reçu aucune réponse des autorités brésiliennes jusqu'à présent.
Selon les enquêtes, « l'ABIN parallèle » opérait au sein de l'agence de renseignement sous le gouvernement Bolsonaro afin de servir des intérêts politiques, en utilisant des outils de surveillance pour espionner illégalement des journalistes, des organisations de la société civile, des opposants politiques et des critiques du gouvernement. Il s'agit de l'un des cas les plus graves d'instrumentalisation de l'appareil d'État pour surveiller et faire pression sur la presse au Brésil.
Le Brésil est classé 82e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF.