02/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/12/2026 17:09
L'Assemblée générale a tenu une séance, cet après-midi, afin de nommer les membres du Corps commun d'inspection (CCI) et ceux du Groupe scientifique international indépendant de l'intelligence artificielle, nouvellement créé par l'Assemblée générale.
Les 40 membres du Groupe scientifique international indépendant de l'intelligence artificielle entament, à compter d'aujourd'hui, un mandat de trois ans.
« Ce Groupe ne sert pas les intérêts des États-Unis », a objecté en début de séance la représentante américaine, en précisant que cette initiative n'a pas le soutien de son pays et en invitant les autres délégations à suivre son exemple. Alors que la déléguée a demandé une mise aux voix de ces nominations, l'Assemblée générale a entériné la proposition du Secrétaire général de l'ONU et ainsi validé la liste des 40 membres du Groupe, par 117 voix pour, 2 contre (États-Unis et Paraguay) et 2 abstentions (Tunisie et Ukraine).
Au lieu de s'investir dans les questions d'intelligence artificielle (IA) et d'« essayer d'étouffer les innovations du XXIe siècle », l'ONU devrait plutôt revenir aux fondamentaux ayant guidé sa création: paix et sécurité, développement et droits humains, a argué la déléguée des États-Unis. Selon elle, la gouvernance de l'IA ne relève pas des Nations Unies. « Les États Unis ne céderont pas. »
Mais la représentante a voulu en même temps rassurer ses pairs en insistant sur l'importance de la liberté de création qui doit prévaloir dans ce domaine. « Les États-Unis ont l'intention d'être le chef de file de l'IA », a-t-elle poursuivi. La déléguée américaine a mis en avant la disponibilité de son pays à partager son savoir en la matière avec le reste du monde, étant donné que les États-Unis « mettent tout en œuvre pour accélérer les innovations dans le secteur ».
Elle a également dénoncé le processus de désignation des membres du Groupe marqué évoquant une absence de transparence. « Les consultations ont eu lieu à huis clos et cela va à l'encontre de l'ouverture nécessaire pour ce genre d'initiatives », a-t-elle regretté. Forts de toutes ces raisons, « avec la souveraineté en tête », les États-Unis ont dit s'opposer à l'initiative de nomination des membres du Groupe.
Regrettant la demande américaine de mise aux voix, l'Uruguay, au nom du Groupe des 77 et la Chine (G77), a aussi pris la parole avant le vote pour apporter son soutien à la proposition de nomination du Secrétaire général. Le G77 a rappelé que « le Groupe doit être multidisciplinaire et doit fournir des avis impartiaux. Et les pays en développement doivent bénéficier de ses orientations afin de pouvoir combler leurs lacunes ». De même, la coopération doit être le socle de ses travaux, avec pour ambition de combler la fracture numérique et favoriser le transfert de technologies pour faciliter la réalisation du Programme 2030.
Après le vote, l'Espagne, cofacilitatrice du processus avec le Costa Rica, a exprimé sa volonté d'accueillir la première réunion en présentiel du Groupe dont les 40 membres ont été choisis parmi plus de 2 700 candidatures.
Chypre au nom de l'Union européenne, a salué la constitution d'un groupe équilibré sur les plans géographique et de genre, doté d'une forte crédibilité scientifique et d'une expertise multidisciplinaire. Le Royaume-Uni a salué les efforts déployés par le système des Nations Unies pour proposer un groupe de candidats diversifiés géographiquement et doté d'une solide expertise scientifique. Alors que la communauté internationale s'emploie à évaluer les risques et les opportunités liés à l'IA, le Royaume-Uni a indiqué attendre des modalités de fonctionnement inclusives, s'appuyant notamment sur l'expertise de l'UNESCO et d'autres institutions pertinentes.
S'exprimant également au nom de l'Estonie, El Salvador, en sa qualité de Coprésident du Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA, a estimé que la mise en place du Groupe constitue « un pas dans la bonne direction ». La Chine s'est prononcée contre l'adoption d'un modèle unique de gouvernance de l'IA, estimant qu'une approche uniforme ne constitue pas la bonne voie, tandis que la République islamique d'Iran a insisté sur le besoin de transfert de technologies en faveur des pays en développement.
L'Ukraine a expliqué son abstention par la présence d'un expert russe au sein du Groupe, évoquant un possible conflit d'intérêts, étant donné que ce dernier travaille avec le Gouvernement russe. De son côté, le Mexique s'est félicité de la nomination d'un scientifique mexicain de renom parmi les membres du Groupe, y voyant une reconnaissance de l'excellence académique du pays.
Dans sa résolution 79/1 du 22 septembre 2024, intitulée « Le Pacte pour l'avenir », y compris l'annexe intitulée « Pacte numérique mondial », l'Assemblée générale avait décidé de constituer un tel groupe et d'engager un dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA.
En vertu de sa résolution du 26 août 2025, l'Assemblée générale avait prié le Secrétaire général de publier un appel à candidatures fondé sur des critères précis et de lui proposer en temps utile une liste de 40 personnes à nommer au sein du Groupe, « en veillant à ce que celles-ci possèdent des compétences exceptionnelles dans le domaine de l'intelligence artificielle ou dans des domaines apparentés et contribuent à l'adoption d'une approche interdisciplinaire, et en s'assurant que les principes d'équilibre géographique et de représentation équilibrée des genres sont respectés ».
Le texte précise que le Groupe devra « publier des évaluations scientifiques fondées sur des données probantes dans lesquelles seront synthétisées et analysées les études existantes sur les promesses, les risques et les répercussions de l'intelligence artificielle et, sur la base de ces travaux, établir chaque année un rapport de synthèse ». De même, dans le cadre d'une séance plénière de l'Assemblée générale, le Groupe doit présenter son rapport annuel lors du Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA.
Selon les termes de la résolution, l'Assemblée pourra examiner l'opportunité de prolonger le mandat du Groupe et du Dialogue et se prononcer à ce sujet à l'occasion de l'examen de haut niveau du Pacte numérique mondial, qui aura lieu lors de sa quatre-vingt-deuxième session.
L'Assemblée a aussi nommé au Corps commun d'inspection (CCI) M. Paul Hanna (États-Unis) et Mme Carolina Fernández Opazo (Mexique) pour cinq ans à compter du 1er janvier 2027. Mme Fernández Opazo poursuit son mandat au sein de l'organe alors que M. Hanna remplacera sa compatriote Mme Eileen Cronin dont le mandat s'achève le 31 décembre 2026.
Les candidatures des deux élus avaient été proposées par la Présidente de l'Assemblée générale, après des consultations requises, notamment avec le Président du Conseil économique et social (ECOSOC) et le Secrétaire général de l'ONU.
Le CCI est le seul organe de contrôle externe indépendant du système des Nations Unies. Il est chargé de conduire des inspections, des évaluations et des enquêtes à l'échelle du système. Ces 50 dernières années, il s'est attaché à aider les organes délibérants de 28 organisations onusiennes à assumer leurs responsabilités en matière de gouvernance. Il recense les meilleures pratiques, propose des critères de référence et facilite l'échange d'informations dans l'ensemble des organismes du système des Nations Unies qui ont adopté son statut.
Enfin, l'Assemblée générale a pris note du fait que le Ghana, Saint-Vincent-et-les Grenadines et le Togo ont effectué les payements nécessaires pour réduire leurs arriérés en-deçà du montant équivalent à deux années de contributions au budget ordinaire de l'ONU. Les États Membres qui ne respectent pas cette exigence de l'Article 19 de la Charte perdent le droit de vote à l'Assemblée générale.
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