RSF - Reporters sans frontières

11/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 11/06/2026 09:24

Cuba : trois journalistes arrêtés en quatre jours, RSF alerte sur les entraves au droit d’informer

Yoani Sánchez, directrice du média indépendant 14ymedio, a été remise en liberté le 5 novembre 2026, après avoir été détenue pendant neuf heures à La Havane, la capitale. Selon son témoignage, des agents de la Sécurité de l'État l'ont menacée, au cours d'un interrogatoire, de poursuites pour « atteinte à l'ordre constitutionnel ». Son arrestation intervient après celles des journalistes Camila Acosta et d'Adelth Bonne Gamboa, respectivement les 3 et 2 novembre. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette série d'interpellations et alerte sur leurs conséquences pour la liberté d'informer sur des sujets d'intérêt public.

Trois journalistes arrêtés en l'espace de quatre jours. Ces arrestations visent à intimider les journalistes qui couvrent des sujets d'intérêt public et portent atteinte au droit de la population à être informée. L'arrestation de Yoani Sánchez, l'une des figures les plus emblématiques du journalisme indépendant cubain, constitue également une attaque directe contre 14ymedio, un média de référence qui continue d'informer depuis l'île malgré des années de harcèlement et de répression. Sa remise en liberté n'atténue en rien la gravité des faits, pas plus qu'elle n'efface la menace de poursuites pénales dont Yoani Sánchez affirme avoir fait l'objet. Les autorités cubaines doivent mettre fin à ces pratiques, clarifier la situation judiciaire de Yoani Sánchez et libérer un autre journaliste, toujours détenu, Henry Constantín. Informer n'est pas un crime.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de Reporters sans frontières (RSF)

Yoani Sánchez : une nouvelle arrestation après des années de harcèlement

Yoani Sánchez a été interceptée vers 9 h 30 alors qu'elle quittait son domicile, dans le quartier de Nuevo Vedado, situé dans la municipalité de Plaza de la Revolución, à La Havane, selon le récit de ses collègues de Selon 14ymedio. Elle a réussi à prévenir brièvement sa rédaction par message, avant que ses proches et ses collègues ne perdent toute trace d'elle pendant plusieurs heures. Après sa libération, la journaliste a confirmé sur Facebook qu'elle était rentrée chez elle. Reinaldo Escobar, journaliste à 14ymedio et époux de Yoani Sánchez, a indiqué à RSF que celle-ci avait gardé le silence face à ses interrogateurs et refusé de boire et de manger. Il a rappelé que, lors de précédentes arrestations, les autorités avaient déjà menacé son épouse de poursuites judiciaires, sans jamais donner suite à ces menaces.

Fondatrice du blog Generación Y en 2007, Yoani Sánchez a créé en 2014 le média indépendant 14ymedio, qui couvre l'actualité politique, économique et sociale de Cuba. RSF avait documenté deux de ses arrestations en 2012, dont l'une alors qu'elle tentait de couvrir un procès. En janvier 2026, des agents l'avaient empêchée de se rendre à une rencontre à La Havane. En mars, RSF avait dénoncé les restrictions à sa liberté de circulation, ainsi qu'à celle d'autres journalistes, dans un contexte de manifestations liées à la crise énergétique.

Camila Acosta et Adelth Bonne Gamboa également arrêtés cette semaine

Le 3 novembre, Camila Acosta, journaliste pour CubaNet et correspondante du quotidien espagnol ABC, a été arrêtée à proximité de son domicile, dans la municipalité de Plaza de la Revolución, à La Havane. Selon son époux, l'écrivain Ángel Santiesteban, des agents l'ont menottée avant de la faire monter dans un véhicule de police. Sa famille n'a appris son arrestation que grâce à un voisin. Conduite au commissariat de Playa, elle a été remise en liberté dans la soirée. La journaliste affirme avoir reçu un avertissement officiel pour avoir diffusé une vidéo montrant un homme qu'elle a identifié comme un agent de sécurité et qui, selon elle, l'empêchait de sortir de chez elle. Elle fait que son téléphone portable lui a été restitué hors d'usage.

Le 2 novembre, vers 10 h 30, la police a arrêté Adelth Bonne Gamboa, collaborateur de CubaNet, près de son domicile, dans le quartier de Santos Suárez, situé dans la municipalité de Diez de Octubre, à La Havane. Selon le média, le journaliste a été menotté puis conduit au quatrième commissariat de police, dans la municipalité de Cerro. Libéré le jour même, il a dénoncé des violences et la confiscation de son matériel professionnel. D'après son témoignage, il a également fait l'objet de nouvelles menaces d'emprisonnement et s'est vu infliger une amende de 3 000 pesos cubains pour ses publications sur Internet, imposée par le ministère des Communications en application du décret-loi 370.

Henry Constantín toujours emprisonné à Camagüey

Henry Constantín, directeur du média indépendant La Hora de Cuba, est toujours incarcéré depuis le 16 septembre à Camagüey, dans le centre-est du pays. Les autorités lui reprochent de ne pas avoir répondu à une convocation de la police, ce qu'il conteste, affirmant s'être bien présenté. RSF a recensé au moins 19 arrestations antérieures du journaliste. Selon sa compagne, la journaliste Alejandra García, il a passé 15 jours en cellule disciplinaire et deux plaintes déposées contre lui auraient été regroupées dans un même dossier. Il demeure détenu à la prison de Kilo 7.

À Cuba, la Constitution réserve à l'État la propriété des principaux médias, tandis que la loi sur la communication sociale, adoptée en 2024, encadre le paysage médiatique. Le pays est 160e au classement mondial de la liberté de la presse de RSF.

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Published on 06.11.2026
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