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06/16/2026 | News release | Distributed by Public on 06/16/2026 12:06

Yémen : l'espoir suscité par l'accord irano-américain se heurte à la progression de la faim

L'annonce d'un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran ouvre la perspective d'un répit économique pour le Yémen, l'un des pays les plus pauvres du Moyen-Orient. Car derrière l'accalmie relative qui prévaut depuis plusieurs années dans le conflit yéménite se joue une autre bataille : celle de la faim.

Le pays a subi de plein fouet les répercussions commerciales de la guerre engagée fin février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, aggravant une crise humanitaire déjà parmi les plus importantes au monde.

« Le récent conflit régional a accru la pression sur l'économie yéménite, en raison de sa dépendance aux importations et de sa proximité géopolitique avec les zones de tension », a expliqué mardi l'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, devant le Conseil de sécurité.

ONU Photos/Eskinder Debebe Hans Grundberg, envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, au Conseil de sécurité (archive).

Cette situation a entraîné une hausse du coût des denrées alimentaires et du carburant importés, tout en accentuant les pressions inflationnistes qui pèsent déjà sur une population appauvrie par plus d'une décennie de guerre civile.

Les conséquences sont visibles jusque dans les rues d'Aden, où M. Grundberg rapporte que des manifestations ont récemment éclaté contre les coupures d'électricité, en pleine chaleur estivale.

Pour tenter d'atténuer la crise énergétique, l'Arabie saoudite a annoncé un don de 150 millions de dollars destiné à l'approvisionnement en carburant des centrales électriques situées dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Dans ce contexte, l'annonce d'un accord entre Washington et Téhéran, censé se traduire par une reprise des échanges pétroliers et de gaz dans le détroit d'Ormuz, apparaît comme une source potentielle de soulagement.

« Je travaillerai avec les parties afin de les encourager à saisir cette occasion pour faire progresser le dossier yéménite », a déclaré le diplomate.

Depuis 2014, les forces gouvernementales yéménites, soutenues par une coalition menée par l'Arabie saoudite, et les rebelles houthis, appuyés par l'Iran, se disputent le contrôle du pays. Les autorités reconnues par la communauté internationale sont principalement installées à Aden, tandis que les Houthis, également connus sous le nom d'Ansar Allah, contrôlent Sanaa ainsi qu'une grande partie du nord et de l'ouest du territoire.

Sans prédire d'effet immédiat sur le conflit yéménite lui-même, M. Grundberg estime qu'une diminution des tensions régionales pourrait créer un environnement plus favorable à la reprise des efforts politiques.

© PNUD Des femmes et filles déplacées par le conflit au Yémen assistent à un cours d'école.

Une crise alimentaire qui s'aggrave

Mais sur le terrain, le peuple yéménite souffre, comme l'a souligné lors de la réunion du Conseil Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU.

« La crise humanitaire au Yémen s'aggrave rapidement. La faim progresse. Notre capacité de réponse est poussée à ses limites », a-t-il alerté.

ONU Photos/Eskinder Debebe Tom Fletcher, coordinateur des secours d'urgence de l'ONU, au Conseil de sécurité (archive).

Car tandis que les tensions semblent s'atténuer dans le Golfe persique, plus de 18 millions de Yéménites souffrent toujours de la faim et les ressources destinées à leur venir en aide continuent de s'épuiser.

Les indicateurs se détériorent à une vitesse préoccupante. En l'espace d'un mois, la proportion de personnes incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires essentiels est passée de la moitié à près de 60 % de la population. Celle des habitants confrontés aux formes les plus sévères de privation est quant à elle passée d'un quart à près d'un tiers.

Car tandis que les tensions semblent s'atténuer dans le Golfe, selon M. Fletcher, plus de 18 millions de Yéménites souffrent aujourd'hui de la faim, soit plus de la moitié de la population.

Dans les zones contrôlées par le gouvernement, environ cinq millions d'habitants sont confrontés à une faim sévère. Plus d'un quart se trouvent déjà dans une situation qualifiée d'urgence alimentaire.

La situation dans les territoires sous le contrôle des houthistes est plus difficile à évaluer. Depuis les vagues d'arrestations qui ont visé les employés des Nations Unies, l'organisation dispose d'un accès plus limité à ces régions. Pour autant, prévient le haut responsable, le manque d'informations ne doit pas être interprété comme une amélioration de la situation.

« Les Yéménites sont peut-être hors de notre champ de vision. Ils ne doivent pas être oubliés », a-t-il martelé.

© FNUAP Yémen Une sage-femme dans un hôpital soutenu par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) à Marib, au Yémen.

Une génération menacée

Selon les Nations Unies, plus de 2,2 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent aujourd'hui de malnutrition aiguë. Pour beaucoup, les conséquences physiques et cognitives risquent d'être irréversibles.

« Une crise alimentaire ne se résume pas à des assiettes vides. Elle vole des vies et compromet des avenirs », a insisté M. Fletcher.

Conflit prolongé, effondrement économique, inflation, disparition des moyens de subsistance et affaiblissement du système de santé forment un cercle vicieux dont le pays peine à sortir.

Or, au moment même où les besoins explosent, les financements reculent.

L'appel humanitaire des Nations Unies pour le Yémen n'est financé qu'à moins de 15 %. Une situation qui contraint les agences à réduire leurs programmes et à restreindre leur présence sur le terrain.

« Chaque réduction de financement a un coût humain : un repas qui n'est pas servi, un cas de malnutrition qui n'est pas traité, une communauté privée d'assistance », a averti le responsable humanitaire.

© UNICEF / Ebrahim Suhail Des millions de personnes restent déplacées à travers le Yémen après des années de conflit, comme ici, dans le gouvernorat de Lahj, dans le sud-ouest du pays.

Des détenus au cœur de l'impasse

À cette crise s'ajoute celle des employés humanitaires pris pour cible.

Au total, 73 membres du personnel des Nations Unies restent arbitrairement détenus par les autorités houthistes de facto, pour beaucoup depuis une série d'arrestations massives en juin 2024. Des employés d'organisations non gouvernementales, de la société civile et de diverses missions diplomatiques sont également concernés.

« Leur détention n'est pas seulement injuste ; elle compromet directement notre capacité à sauver des vies », a déclaré M. Fletcher.

Malgré ces obstacles, quelques avancées ont vu le jour ces dernières semaines. Le mois dernier, les parties ont accepté la libération de plus de 1 600 détenus liés au conflit, la plus importante opération de ce type depuis le début de la guerre. Des discussions ont également repris entre représentants houthis, gouvernementaux et militaires soutenus par l'Arabie saoudite.

Pour Hans Grundberg, ces initiatives constituent des mesures de confiance nécessaires avant toute reprise d'un véritable processus politique. Car si les armes se sont largement tues depuis la trêve de 2022, la guerre demeure irrésolue.

« Le conflit yéménite n'est pas réglé ; il n'est pas terminé. Et chaque jour, ce sont les Yéménites qui paient le prix de cette incertitude ».

Au Yémen, l'accord irano-américain pourrait alléger certaines pressions extérieures. Mais il ne suffira pas à répondre à la question centrale qui continue de façonner le destin du pays : comment sortir durablement d'un conflit qui a détruit l'économie, fragmenté la société et plongé des millions de personnes dans la dépendance à l'aide humanitaire.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

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