UNOG - United Nations Office at Geneva

03/16/2026 | News release | Distributed by Public on 03/16/2026 12:28

Islamophobie : l’ONU alerte sur une vague mondiale de haine

Dans un monde déjà fracturé par les guerres et les crises politiques, une autre menace progresse plus silencieusement, la montée de la haine antimusulmane. À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre l'islamophobie, l'ONU lance un avertissement appuyé contre une vague mondiale de discrimination visant les deux milliards de musulmans de la planète.

« Nous sommes confrontés à une montée de l'intolérance et de la haine antimusulmanes », a déploré lundi le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors d'une d'une réunion à l'Assemblée générale sur la question. Cette hostilité prend selon lui des formes multiples : « discrimination institutionnelle, marginalisation socio-économique, restrictions migratoires généralisées, surveillance et profilage injustifiés ».

FINUL/Haïdar Fahs
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a rendu visite, ce weekend, à une famille de réfugiés syriens au Liban.

Mais, a-t-il insisté, la violence la plus visible n'est que la partie émergée d'un phénomène plus diffus. « Les préjugés peuvent aussi être subtils », a averti le chef de l'ONU, évoquant « des opportunités discrètement refusées, des suppositions laissées sans réponse, des questions empreintes de suspicion ». Autant d'expériences quotidiennes qui, accumulées, « façonnent des vies entières ».

Une hostilité attisée par les crises

Cette dynamique s'inscrit dans un contexte international particulièrement inflammable. Les conflits qui secouent le Moyen-Orient alimentent une circulation massive de discours hostiles sur les réseaux sociaux, tandis que certaines rhétoriques politiques contribuent à banaliser les stéréotypes.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, évoque ainsi une « vague croissante » d'islamophobie. « Partout dans le monde, les actes de harcèlement, de discrimination et de violence visant les musulmans ont augmenté », a-t-il déclaré dans un message vidéo. Des musulmans « sont attaqués dans la rue et à l'école », des mosquées sont vandalisées et « les commentaires haineux prolifèrent sur les réseaux sociaux », ciblant souvent « les femmes et les filles qui portent le hijab ».

Au-delà des agressions physiques, les discriminations s'infiltrent dans des domaines plus ordinaires, tels que l'emploi, le logement et l'accès aux soins. Dans certains pays, souligne le responsable onusien, ces biais peuvent même être « inscrits dans la loi ». Il dénonce également l'usage abusif de politiques antiterroristes qui servent à « surveiller et détenir des musulmans », ou encore le profilage systématique des voyageurs venant de pays à majorité musulmane.

La responsabilité des dirigeants

La montée de l'islamophobie ne relève pas seulement de comportements individuels. Elle s'enracine aussi dans des discours publics. « Lorsque des gouvernements, des responsables politiques ou d'autres dirigeants déshumanisent les musulmans et les désignent comme responsables de tous les maux de la société, il n'est pas surprenant que certaines personnes se sentent encouragées à exprimer leur haine », a averti Volker Türk.

Les Nations Unies ont également cherché à structurer leur réponse. À cette fin, António Guterres a nommé en mai 2025 Miguel Ángel Moratinos envoyé spécial chargé de coordonner l'action internationale contre l'islamophobie, un mandat destiné à renforcer les initiatives existantes contre les discours de haine.

Pour ce dernier, la dynamique actuelle dépasse largement la sphère numérique. « L'augmentation des actes islamophobes en Europe est très, très grave », a-t-il déclaré à l'Assemblée.

Mais l'origine du danger principal se situe selon lui ailleurs : « Le plus dangereux n'est pas la plateforme numérique ; c'est la plateforme politique. Ce sont des responsables qui encouragent leur électorat à utiliser les réseaux sociaux pour insulter et répandre la haine ».

L'ancien ministre espagnol pointe également « la grande ignorance qui existe dans le monde occidental à propos de l'islam », un déficit de connaissance qui nourrit les fantasmes et les amalgames.

Un combat pour l'égalité

Lors de la réunion, la présidente de l'Assemblée générale, Annalena Baerbock, a replacé cette lutte dans une perspective plus large. « Les musulmans continuent, dans de nombreuses régions du monde, de subir discrimination, hostilité et parfois violence en raison de leur foi », a-t-elle déclaré, évoquant notamment les discriminations rencontrées dans l'accès au logement ou à l'emploi.

Pour l'ex-ministre allemande des affaires étrangères, le combat dépasse largement la défense d'une seule communauté. « Se dresser contre l'islamophobie ne consiste pas seulement à défendre une religion », a-t-elle affirmé. « Il s'agit de défendre notre humanité commune ».

Pour le Secrétaire général, les gouvernements doivent protéger l'égalité plutôt que d'enraciner les préjugés. Et la responsabilité ne s'arrête pas aux États : les entreprises technologiques doivent aussi agir contre la propagation de la haine en ligne, tandis que les citoyens sont appelés à « s'exprimer clairement contre la xénophobie et la discrimination ».

Car, comme le rappelle Volker Türk, chaque acte de haine qui reste impuni « corrode nos sociétés et notre famille humaine ».

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