06/18/2026 | News release | Archived content
18 juin, 2026Une cinquantaine de représentants syndicaux se sont réunis cette semaine au siège d'IG Metall à Berlin à l'occasion du colloque conjoint d'IndustriALL sur l'avenir du travail. Des délégués issus des secteurs des TIC, de l'électricité et de l'électronique, de la construction mécanique et de la section des non manuels sont venus d'Asie, d'Afrique, d'Europe et d'Amérique latine. Pendant deux jours, ils ont été mis face à une réalité partagée : les mutations technologiques s'accélèrent, les droits du travail sont mis à mal et les syndicats doivent s'adapter sous peine d'être écartés des décisions qui façonneront la vie professionnelle de millions de personnes.
Quelque 4,66 millions de robots industriels sont déjà opérationnels dans les usines du monde entier et 83 millions de postes sont menacés d'ici 2027. L'emploi dans le domaine de la construction mécanique régresse en Europe tandis que les secteurs des TIC et de l'électronique sont en plein essor en Asie. Alexander Ivanou, Directeur sectoriel d'IndustriALL, a cité des entreprises comme Tesla, actives à la fois dans la construction mécanique et les TIC, qui affichent une valeur boursière colossale et ne comptent aucun syndicat, comme symboles du défi de syndicalisation auquel nous faisons face aujourd'hui.
L'IA n'est plus une question de technologie, c'est une question qui relève du social. L'organisation du travail, l'emploi, les compétences, les salaires, la vie privée et la protection des données sont désormais tous affectés par les systèmes algorithmiques. Les délégués ont entendu Martin Peters, d'industriALL Europe, insister sur la nécessité de conventions collectives comportant des clauses d'adaptation intégrées. Représentant la FNV des Pays-Bas, Jacob Plat s'est exprimé sans détour : la numérisation doit être négociée, pas imposée. Les travailleuses et travailleurs doivent être associés aux décisions concernant l'IA et l'automatisation avant leur mise en œuvre et non pas à posteriori.
La Malaisienne Idawati Binti Idrus a décrit comment les données issues des tourniquets-compteurs sont exploitées pour identifier les erreurs du personnel, les relevés étant imprimés à des fins d'enquêtes menées par les ressources humaines, ce qui engendre des répercussions sur les salaires et les primes. Corinne Schewin, du syndicat des cols blancs CFE-CGC en France, a mis en exergue les risques psychosociaux auxquels les travailleuses et travailleurs sont confrontés : intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d'autonomie, conflit de valeurs et précarité de l'emploi. Les données montrent que les jeunes et les femmes sont particulièrement exposés à ces risques. Eduard Pakhlevanyan, Représentant des organisations syndicales des mineurs, métallurgistes et bijoutiers de la République d'Arménie, a posé la question qui a donné le ton de l'après-midi : où se situe la frontière entre progrès numérique et pression numérique ?
Alors que les employés des disciplines STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) et les travailleuses et travailleurs qualifiés occupent de plus en plus souvent des postes aux côtés des cols bleus, les syndicats doivent s'adapter à des attentes et à des modes de prise de contact différents. En Afrique du Sud, le NUMSA a adapté ses règles et ses cadres de négociation pour inclure cette catégorie de salariés. Malgré une faible sensibilisation, des doutes quant à la pertinence de cette démarche et les risques de répression syndicale, les affiliés d'IndustriALL trouvent de nouvelles façons d'entrer en contact tant avec les travailleuses et travailleurs des STIM qu'avec les cols blancs. La syndicalisation entre pairs, l'implication précoce auprès des universités et le fait de leur donner un véritable droit de regard sur l'organisation de leur lieu de travail s'avèrent être des outils efficaces.
« Si le défi est évident, l'opportunité l'est tout autant. La question est de savoir comment nous allons nous adapter, innover et créer des liens »
a déclaré Armelle Seby, Directrice en charge des cols blancs et de l'égalité des genres.
Deux développements récents confèrent aux syndicats un levier d'action concret au niveau international. Les conclusions de l'OIT sur l'IA dans le secteur manufacturier établissent que l'IA doit être au service du travail décent, de la croissance de la productivité et d'une Transition juste. La Convention n° 193 de l'OIT sur le travail décent dans l'économie des plateformes, récemment adoptée, crée un précédent pour la réglementation de la gestion algorithmique partout où l'IA régit le travail.
Comme l'a souligné Diana Junquera Curiel, Directrice des affaires industrielles d'IndustriALL :
« Cette convention constitue l'un des exemples les plus frappants montrant que l'IA régit notre travail. Nous ne pouvons pas laisser cette technologie sans réglementation. C'est pourquoi elle revêt une telle importance. »
Le document d'orientation sur l'IA et le guide pratique sur la Transition juste d'IndustriALL traduisent ces normes en revendications syndicales concrètes. Mais les outils internationaux ne suffisent pas à eux seuls.
Les délégués reconnaissent que la coopération intersectorielle et la solidarité syndicale sont essentielles pour syndiquer les travailleuses et travailleurs et défendre le travail décent dans le domaine de l'IA. Ils se sont engagés à mener une action conjointe au cours des prochaines années :
Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, a déclaré :
« La voie à suivre est toute tracée : syndiquer les travailleuses et travailleurs à la base pour renforcer leur pouvoir sur le lieu de travail, négocier des conventions collectives plus solides et créer les conditions nécessaires pour réglementer la technologie dans leur intérêt. »