03/16/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/16/2026 07:18
Après avoir couvert un défilé militaire chinois et les efforts déployés par Pékin pour influencer le discours des pays occidentaux sur Taïwan, le journal danois Berlingske a reçu une lettre, et fait l'objet d'un communiqué de presse et de publications sur les réseaux sociaux de la part de l'ambassade de Chine à Copenhague, visant à discréditer son travail. Cet épisode, mis en lumière par Reporters sans frontières (RSF), reflète une tendance plus large : celle de missions diplomatiques chinoises en Europe qui exercent des pressions sur les journalistes dont les reportages contredisent les discours officiels de Pékin.
"À la suite de nos reportages dans la capitale du pays, Copenhague, fin 2025, ma rédaction et moi-même avons fait l'objet d'une surveillance intense", explique à RSF le journaliste danois Alexander Sjöberg, correspondant en Asie pour Berlingske, le plus ancien journal danois encore en activité et l'un des plus anciens au monde. Son témoignage illustre comment les ambassades chinoises sont utilisées pour exercer des pressions sur les médias à l'étranger.
Après que Berlingskea couvert un défilé militaire à Pékin le 3 septembre 2025, l'ambassade de Chine au Danemark a envoyé une lettre au média pour lui faire part de son mécontentement. La lettre contestait principalement les articles qui évoquaient les efforts déployés par la Chine pour modifier l'interprétation par les pays occidentaux de la résolution 2758 de l'Assemblée générale des Nations uniesde 1971, qui transférait le siège de la "Chine" aux Nations unies de la République de Chine (Taïwan) à la République populaire de Chine.
La lettre dénigrait également une tribuned'Andreas Boje Forsby, chercheur en politique étrangère chinoise au Centre danois d'études internationales et des droits de l'homme, qui suggérait que la modernisation militaire de la Chine pourrait avoir pour objectif de "réunifier" Taïwan avec la Chine, qualifiant ses propos de "spéculations malveillantes"et "sans fondement". Enfin, la lettre condamnait les critiques au principe d'une seule Chine, position défendue par Pékin considérant Taïwan comme faisant partie de la Chine. De son côté, Alexander Sjöberg décrit sa couverture médiatiquedu défilé militaire chinois comme "un reportage très factuel".
Berlingskea publié un articlesur la lettre de l'ambassade ; en réponse, l'ambassade a publié un communiqué de pressesur son site Internet en anglais et en mandarin, affirmant que Berlingskecherchait à "inventer des mensonges sensationnels et à déformer la vérité". Elle a accusé le journal de "dramatiser des critiques raisonnables en les qualifiant d''attaques contre les médias' et d'amplifier les critiques à l'égard de l'article d'un chercheur pour en faire une attaque généralisée contre l'ensemble de l'institution de recherche".
Le communiqué de presse de l'ambassade, qui a également été partagé sur les réseaux sociaux, affirme que Berlingske "a exagéré des informations trompeuses et mensongères sur la question de Taïwan afin de salir la Chine". Selon Alexander Sjöberg, "les critiques sont toujours les bienvenues chez Berlingske, et notre rédaction a l'habitude de recevoir des commentaires, positifs comme négatifs, de la part de représentants de nombreux pays". Il ajoute qu'il estime que ces incidents récents reflètent une tendance plus large de Pékin à vouloir influencer les récits médiatiques en Europe.
"L'intensification des pressions exercées par les ambassades chinoises sur les journalistes et les médias révèle la volonté de Pékin d'exporter son contrôle sur l'information en Europe et son mépris flagrant pour la liberté de la presse. La surveillance, l'intimidation et parfois les menaces directes contre les reporters témoignent d'une volonté délibérée de museler le journalisme indépendant. RSF a identifié une stratégie de pressions, de dénonciations publiques et de menaces de la part des institutions diplomatiques chinoises visant les journalistes et les médias qui publient des informations contredisant le discours officiel du gouvernement chinois - en particulier sur des questions politiquement sensibles telles que Taïwan ou les violations des droits humains. Il s'agit là de tentatives transnationales visant à influencer les médias étrangers et à porter atteinte au droit du public à une information fiable provenant de sources indépendantes.
Ce n'est pas la première fois qu'une ambassade chinoise en Europe fait pression ou menace des médias et des journalistes locaux pour avoir relayé des informations qui ne lui plaisent pas. En 2018, le journaliste suédois Jojje Olssona été accusé par l'ambassade de Chine d'"incitation à la haine contre la Chine"et, en 2021, il a de nouveau été pris pour cible, accusé d'être "moralement corrompu"et sommé de cesser ses reportages sous peine de "subir les conséquences de ses actes".
En 2020, les journalistes français Sébastien Fallettiet Frédéric Lemaître ont été attaquéspar Lu Shaye, alors ambassadeur de Chine en France, connu pour ses fréquentes diatribes contre les médias. Il a qualifié les reportages de Sébastien Falletti de "bouffis de mensonges et de divagations"et a laissé entendre que les articles de Frédéric Lemaître étaient souvent inventés. Il a ensuite enjoint sans vergogne à la presse française d'"observer scrupuleusement la déontologie"et de "respecter les faits".
Le Danemark, l'un des pays les plus libres pour les journalistes, occupe le 3e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025. La Chine reste la plus grande prison de journalistes au monde, avec 121 actuellement détenus, et se retrouve dans les tréfonds du Classement, à la 178e place.