04/16/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/16/2026 18:25
Bonjour, et merci de votre présence.
Nous lançons aujourd'hui l'édition d'avril 2026 des Perspectives économiques régionales du FMI pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale. Cette mise à jour intervient à un moment extraordinairement difficile, et je tiens tout d'abord à exprimer ma profonde compassion à toutes les personnes de la région qui subissent les conséquences humaines et économiques de ce conflit.
Le choc
Le déclenchement de la guerre, le 28 février, a porté un coup sévère et multiforme à l'un des couloirs économiques les plus stratégiques du monde, et ébranlé trois piliers de la stabilité : les marchés de l'énergie, les voies commerciales et la confiance des entreprises.
Compte tenu de l'incertitude exceptionnelle qui entoure la durée et l'intensité de ce conflit, notre analyse présente un scénario de référence ainsi que des scénarios défavorables afin de mieux cerner les risques.
L'énergie est au cœur de ce choc. Le détroit d'Ormuz - le goulet d'étranglement le plus important au monde pour l'acheminement d'énergie, par lequel transitent habituellement environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et un quart des échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) - a été quasiment bloqué. Des attaques et des arrêts préventifs ont réduit la production de pétrole et de gaz dans l'ensemble des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et donné lieu à des pertes estimées à 13 millions de barils de pétrole par jour et à l'équivalent d'environ 3,5 millions de barils de gaz naturel par jour. Le complexe gazier de Ras Laffan, au Qatar, qui représente approximativement 17 % de la capacité mondiale de GNL, a subi des dégâts considérables. Le pétrole brut de Brent a dépassé les 100 dollars le baril, atteignant un pic à 118 dollars avant de reculer après l'annonce du cessez-le-feu, tandis que les prix du gaz en Europe ont augmenté d'environ 60 %, dépassant ainsi le bond enregistré après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Les perturbations sur les marchés des matières premières ne se limitent pas au pétrole et au gaz. Un tiers du commerce mondial des engrais transite par le détroit. Les pays du CCG représentent plus de 40 % des exportations mondiales de soufre et environ 20 % des exportations d'ammoniac et d'engrais azotés. Les prix à terme de l'urée ont augmenté d'environ 30 %, tandis que ceux de l'aluminium et du phosphate ont progressé d'environ 20 %. Ces hausses de prix se traduisent directement par une augmentation du coût des denrées alimentaires pour certaines des populations les plus vulnérables au monde, en particulier dans les économies dépendantes des importations alimentaires de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP), de l'Asie du Sud et de l'Afrique subsaharienne.
Les répercussions de la guerre ont également touché le secteur des services. Le trafic aérien s'est effondré dans les principales plaques tournantes du Golfe, les primes d'assurance maritime ont grimpé en flèche, les routes de navigation maritimes se sont allongées et les chaînes logistiques se sont fragilisées. Les marchés financiers ont réagi par un creusement des écarts de rendement des obligations souveraines, des sorties de capitaux et une hausse des coûts d'emprunt, souvent dans des pays où la marge de manœuvre était déjà limitée.
Dans l'ensemble, ce choc est de grande ampleur et profond, et il continue d'évoluer.
Les perspectives régionales
Avant le conflit, la région MOANAP suivait une trajectoire prometteuse : la croissance s'accélérait, l'inflation ralentissait et les secteurs non pétroliers affichaient de bons résultats. Ces progrès ont été brutalement effacés.
Même dans notre scénario de référence, qui suppose un retour à la normale des échanges commerciaux et de la production énergétique d'ici mi-2026, la croissance dans la région MOANAP devrait ralentir pour s'établir à 1,4 % en 2026, soit une révision à la baisse de 2,3 points de pourcentage par rapport à nos prévisions d'octobre. Il s'agit là de l'une des plus importantes révisions à la baisse de la croissance régionale enregistrées ces derniers temps.
Les répercussions du conflit sont très hétérogènes selon les pays. Parmi les pays exportateurs de pétrole touchés par le conflit, cinq des huit économies devraient désormais connaître une contraction en 2026. Le Qatar est le pays qui enregistre la plus forte révision à la baisse, en raison des dégâts considérables subis par ses infrastructures. Oman, en revanche, ne devrait connaître qu'une légère révision à la baisse, car son accès à la mer se situe entièrement en dehors du détroit d'Ormuz et il devrait voir ses soldes budgétaires et courants s'améliorer à la faveur du renchérissement du pétrole.
Pour les importateurs de pétrole, les facteurs de vulnérabilité s'accumulent. Ces économies sont confrontées à une hausse des coûts énergétiques, à une baisse des envois de fonds de leurs ressortissants qui travaillent dans les pays du CCG et à un resserrement des conditions financières, alors que leur marge de manœuvre était déjà limitée. Les écarts de rendement des obligations d'État se sont creusés de 50 à 100 points de base dans plusieurs de ces pays au cours du mois de mars, avant de revenir à leurs niveaux d'avant le conflit après le cessez-le-feu.
Les pays à faible revenu et les États fragiles sont ceux qui subissent les pressions les plus intenses. Au Yémen, au Soudan, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, ainsi qu'en Somalie, on craint le risque d'une grave dégradation de la situation humanitaire et économique. Les produits alimentaires représentent déjà 45 à 50 % du total des importations de marchandises dans ces économies, et plus de la moitié de leur population se trouve déjà en situation d'insécurité alimentaire. La hausse des prix à l'importation risque d'accroître les déficits courants, d'épuiser les réserves et d'amplifier les risques sociaux là où les marges de manœuvre macroéconomiques sont réduites.
L'incertitude qui entoure nos prévisions est élevée, et je tiens à préciser que les aléas négatifs sont nettement prépondérants.
Passons aux pays de la région Caucase et Asie centrale : cette région a terminé l'année 2025 sur une assise solide, affichant une croissance de 6,2 %, soit environ 0,5 point de pourcentage de plus qu'attendu. On prévoit maintenant que la croissance ralentira à 4,8 % en 2026, à mesure que les facteurs favorables de la guerre que mène la Russie en Ukraine s'atténuent et que le conflit au Moyen-Orient fait souffler de nouveaux vents contraires. L'inflation reste élevée, avoisinant en moyenne 8 %, et l'asymétrie des réserves rend la région vulnérable en cas de resserrement des conditions financières mondiales. Pour autant, la volatilité des prix des matières premières et les perturbations commerciales ne connaissent pas de frontières, et les risques pour cette région sont aussi orientés à la baisse.
Priorités
Pour l'heure, le principal message du FMI en matière de politique économique est qu'il convient de faire preuve d'une agilité maîtrisée. Les circonstances imposent d'adopter des mesures soigneusement calibrées qui protègent les plus vulnérables sans compromettre la stabilité à moyen terme. Les pays devraient laisser les stabilisateurs automatiques jouer leur rôle et appliquer des mesures de soutien ciblées et temporaires en faveur des ménages touchés, financées par une réorientation des dépenses plutôt que par un creusement des déficits. Les subventions généralisées aux combustibles ne devraient être ni rétablies, ni étendues. Des subventions non ciblées absorberaient une marge de manœuvre déjà restreinte, tout en ne procurant que des avantages limités à ceux qui ont besoin d'aide.
Les banques centrales qui font face à une inflation persistante, en particulier là où l'orientation monétaire reste accommodante, devraient donner un tour de vis ou conserver leur politique restrictive. Les autorités de contrôle du secteur financier doivent renforcer leur surveillance des asymétries des liquidités et des monnaies et se tenir prêtes à déployer des dispositifs de soutien en cas de besoin.
Perspectives
Au-delà des réactions immédiates, ce choc montre à quel point il est important de renforcer la résilience et l'intégration.
Cela passe notamment par la diversification des voies commerciales et par le renforcement de la coopération régionale, ce qui aidera les pays à absorber plus efficacement le prochain choc. Les économies du CCG, qui concentrent près de la moitié de la capacité mondiale de dessalement, ont besoin d'investissements soutenus pour améliorer la résilience des réseaux d'eau et d'électricité et des réseaux numériques. Une plus grande intégration régionale des marchés de l'énergie, des systèmes douaniers harmonisés et des facilités régionales de liquidité peuvent accroître sensiblement la capacité collective d'absorption des chocs de la région.
L'accompagnement du FMI
Depuis la pandémie, le FMI a approuvé près de 46 milliards de dollars de financements en faveur de la région MOANAP. Il mène ainsi plusieurs programmes, les principaux au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) en Égypte (environ 8,1 milliards de dollars), du MEDC au Pakistan (7,2 milliards de dollars), de la ligne de crédit modulable (LCM) au Maroc et du MEDC pour une durée de quatre ans en Jordanie (1,2 milliard de dollars). Le FMI travaille en étroite collaboration avec les autorités de toute la région, et nous sommes prêts à intensifier notre soutien sous forme de financements, de conseils de politique économique et d'activités de renforcement des capacités si les circonstances l'exigent.
Je vous remercie pour votre attention. Je suis prêt à répondre à vos questions.