08/18/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/18/2026 14:45
La Représentante spéciale pour la Libye a indiqué, ce matin, devant le Conseil de sécurité, que le pays entre dans une phase critique de la mise en place d'institutions unifiées et la création des conditions nécessaires à des élections inclusives.
Cette phase exige une détermination politique et des compromis des acteurs libyens, et un soutien international soutenu et coordonné, a souligné Mme Hanna Serwaa Tetteh, qui est également la Cheffe de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL).
« Les progrès ne dépendent pas uniquement des efforts de la MANUL, mais aussi de la volonté constante des acteurs politiques libyens de s'engager de manière constructive. » Les délégations ont en majorité évoqué la situation politique qui reste dans l'impasse alors que sur le plan social, les populations réclament des services de base qui sont peu fonctionnels.
En juillet, d'importantes coupures d'électricité ont touché de vastes régions du pays, perturbant l'approvisionnement en électricité et en eau de centaines de milliers de Libyens pendant une vague de chaleur prolongée, a relevé Mme Tetteh.
La Représentante spéciale y a vu une manifestation de la défaillance de gouvernance, pointant les conséquences la fragmentation institutionnelle, du détournement massif de ressources publiques, du sous-investissement et du manque de coordination dans la prise de décision, dans un pays qui possède pourtant les plus vastes gisements pétroliers du continent africain.
Le processus politique ne se limite pas à aplanir les divergences politiques. Il s'agit, a-t-elle insisté, de rétablir la capacité de l'État à répondre aux besoins de sa population.
Notant en outre que la Libye est confrontée à une grave pénurie d'eau et ainsi qu'à un problème de contamination des nappes phréatiques dont dépendent de nombreux ménages, Mme Nissa Bek, militante du climat et spécialiste des objectifs de développement durable (ODD), a appelé à intégrer des risques climatiques et environnementaux aux efforts de sécurité et de prévention des conflits en Libye.
Lorsque l'accès à l'eau devient plus difficile, la pression sur les institutions locales et sur les relations entre les communautés s'accroît également. C'est pourquoi la sécurité hydrique s'inscrit dans le cadre de la prévention des conflits, a-t-elle soutenu.
Affirmant que la crise énergétique que traverse son pays est en partie liée à la corruption, le représentant libyen a dénoncé « des flottes entières faisant trafic de ressources libyennes », avec des acteurs qui sont connus de tous.
L'importance stratégique de la Libye ne doit pas avoir des conséquences néfastes pour les ressources du pays, a tranché le délégué, qui a par ailleurs vivement dénoncé le maintien du gel des avoirs libyens, y voyant une « forme de vol qui est inacceptable ».
Les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie) ont eux aussi exprimé leur profonde préoccupation face à l'érosion des avoirs libyens gelés, soulignant que la valeur de ces fonds doit être préservée au profit du peuple libyen, et non pour servir les intérêts ou profiter aux institutions qui les détiennent ou les gèrent.
Plusieurs délégations ont souligné que la solution aux problèmes libyens passe par un accord politique. Pour remédier à l'impasse sur le cadre électoral et à la fragmentation institutionnelle, la MANUL avait présenté, il y a un an, une feuille de route politique articulée autour de trois axes: l'établissement d'un cadre viable pour les élections présidentielle et législatives; l'unification des institutions de l'État sous un nouveau gouvernement; et le lancement d'un dialogue structuré sur les questions de gouvernance, d'économie, de sécurité et de réconciliation.
Mme Tetteh a reconnu que « la feuille de route pourrait nécessiter plus de temps que prévu initialement ». Mais, il ne s'agit pas d'un manque de cap, mais d'une adaptation nécessaire aux réalités politiques et aux points de vue des acteurs libyens et des partenaires internationaux, a indiqué la Représentante spéciale, qui a appelé à décourager l'établissement de voies et d'initiatives parallèles.
« Dans les circonstances actuelles, il serait contre-productif de rejeter les efforts déployés par des acteurs influents du pays pour relancer le processus politique », a indiqué la Fédération de Russie. « Il faut appuyer les institutions libyennes, pas les court-circuiter », a aussi argué le délégué du pays.
Mme Tetteh a d'ailleurs promis que la MANUL consultera les acteurs libyens, les membres du Conseil de sécurité et les principaux partenaires internationaux afin d'adapter la feuille de route si nécessaire, tout en restant fermement ancrée dans ses objectifs et en s'appuyant sur les dispositions des accords politiques existants, les cadres juridiques pertinents et les résultats du dialogue structuré. Elle a rappelé que la Mission a mis en place la réunion restreinte, également connue sous le nom de comité 4+4. Les prochaines étapes consistent à convenir d'un mécanisme d'homologation de ses conclusions.
La Chine a appelé à un dialogue sincère afin de sortir de l'impasse, tandis que les États-Unis ont marqué leur fierté devant les progrès enregistrés cet été grâce à leur interaction directe auprès des dirigeants libyens de l'est et de l'ouest. Après la visite d'une délégation du Congrès américain en Libye, les dirigeants libyens se sont entendus sur trois mesures historiques pour parvenir à l'unification nationale: la création d'un centre d'opérations conjoint à Syrte, d'un centre de formation aérienne à Misrata et d'un commandement aérien intégré, a expliqué la délégation américaine.
Plusieurs délégations, telle que la Grèce, ont également mentionné leur préoccupation au sujet de la désinformation, des menaces et des discours de haine visant les réfugiés, les migrants et le personnel des Nations Unies. La délégation hellénique a souligné qu'« une approche globale est nécessaire pour s'attaquer aux causes profondes des déplacements de population, renforcer la protection des migrants et des réfugiés et lutter efficacement contre les réseaux de trafic et de passeurs ».
Mme Tetteh s'est également inquiétée de la marginalisation des femmes et des tentatives de les faire taire, soulignant en outre que la participation des femmes à tous les aspects de la vie publique est indispensable à la transition politique et à une paix durable en Libye. Elle s'est aussi émue de la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux en juillet montrant la flagellation publique d'une femme par la police judiciaire à Sabha.
La fragmentation du système judiciaire a elle aussi continué de préoccuper de nombreux intervenants, qui ont noté les résultats contradictoires des recours judiciaires déposés concernant la destitution et la nomination du chef du renseignement.
L'utilisation de drones d'attaques contre des infrastructures pétrolières, a préoccupé la Fédération de Russie, qui a pointé la persistance de « graves failles » dans l'embargo sur les armes imposé au pays.
De son côté, la France a jugé essentiel que le retrait des mercenaires, combattants et forces étrangères présents en Libye se poursuive, afin que le pays puisse recouvrer sa pleine souveraineté.