01/19/2026 | News release | Distributed by Public on 01/19/2026 23:24
De nombreux ménages vivent toujours à la limite, exposés à la moindre dégradation du contexte économique, politique ou sécuritaire. « Derrière ces chiffres se trouvent des familles qui ne sont qu'à un choc près de retomber dans une insécurité alimentaire aiguë », alerte Anne Valand, représentante du Programme alimentaire mondial (PAM) au Liban, soulignant le rôle déterminant d'une aide alimentaire prévisible pour éviter une nouvelle détérioration.
Les tensions restent particulièrement marquées dans plusieurs régions : Baalbek-Hermel, Akkar, Baabda, Zahlé, Saïda, Bent Jbeil, Marjayoun, Nabatieh ou Tyr. Ces territoires cumulent les effets de la crise économique, des déplacements de population et des destructions liées à la récente escalade entre Israël et le Hezbollah, une milice chiite dominante dans le sud du Liban et représentée au sein du parlement du pays.
Produites par la Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un groupe d'experts indépendants faisant autorité en matière de malnutrition, les nouvelles données intègrent pour la première fois les personnes arrivées de Syrie après la chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, reflet d'une dynamique régionale encore instable et d'une pression accrue sur des communautés déjà vulnérables.
L'arrière-plan sécuritaire continue de peser lourdement. Après l'attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, la frontière sud du Liban a été entraînée dans une escalade progressive, culminant avec l'invasion israélienne de la zone à l'automne 2024, suivie d'un retrait partiel début 2025.
Plus d'un an après le cessez-le-feu, les destructions sont encore visibles, la reconstruction avance lentement et les déplacements internes persistent. Cette situation freine la reprise économique et alimente l'insécurité alimentaire, notamment dans les zones rurales et frontalières.
Les perspectives pour les mois à venir demeurent préoccupantes. Entre avril et juillet 2026, le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë pourrait atteindre 961 000, soit près de 18 % de la population. Cette dégradation anticipée s'explique principalement par la réduction attendue de l'aide humanitaire, conjuguée à l'augmentation du coût de la vie, à la faiblesse persistante des revenus et aux retards dans la réhabilitation des infrastructures endommagées.
L'agriculture, pilier essentiel de la sécurité alimentaire, peine elle aussi à se relever. Dans l'ouest et le sud du pays, les systèmes d'irrigation endommagés, l'état des routes et des installations de stockage, ainsi que la hausse des coûts des intrants limitent la production. Une saison 2024-2025 exceptionnellement sèche a encore réduit la disponibilité en eau pour les cultures, compromettant les rendements. « Si les tendances montrent une légère amélioration de 4 % par rapport au cycle précédent, 17 000 ménages agricoles restent confrontés à l'insécurité alimentaire », rappelle Nora Ourabah Haddad, représentante au Liban de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), notant que les petits exploitants figurent parmi les plus durement touchés.
Pour le ministre libanais de l'agriculture, Nizar Hani, le diagnostic est clair : « Les conclusions démontrent l'ampleur des défis qui subsistent pour la sécurité alimentaire au Liban, malgré les indicateurs positifs enregistrés au cours de l'année écoulée ». Il appelle à accélérer les efforts, en misant sur la relance de la production agricole, la protection des ressources naturelles et le soutien aux communautés rurales, afin de réduire progressivement la dépendance à l'aide.
En ce début d'année 2026, le Liban reste ainsi suspendu à des équilibres précaires. L'amélioration observée ces derniers mois n'efface ni les séquelles du conflit ni les failles structurelles de l'économie. Elle rappelle surtout qu'en l'absence d'un soutien international durable et d'une stabilisation du contexte sécuritaire, la faim demeure une menace bien réelle pour une part importante de la population.