10/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/06/2026 16:45
Au lendemain de la clôture de son débat général, la Troisième Commission, en charge des questions sociales, humanitaires et culturelles, s'est penchée aujourd'hui sur les deux premiers points inscrits à son ordre du jour: le développement social et la promotion des femmes. Dans les deux cas, les délégations -souvent représentées par des délégués de la jeunesse- ont exprimé leur attachement aux droits afférents, mais aussi constaté, en le déplorant, les défis persistants liés à la réalité.
Si la Fédération de Russie a fait valoir la « tradition » en vertu de laquelle la Commission de la condition de la femme est le forum intergouvernemental pertinent pour un « dialogue constructif » sur les questions liées à la condition féminine, « et pas la Troisième Commission », nombre de pays ont profité de ces discussions thématiques pour mettre en avant les mesures nationales destinées à protéger ou renforcer les droits humains.
Plus de trois décennies après le premier Sommet mondial pour le développement social, organisé en 1995 à Copenhague, son message reste plus que jamais d'actualité, ont convenu la plupart des délégations. « Le développement social doit placer les personnes au centre du développement », a résumé d'un trait le Viet Nam, qui s'exprimait au nom de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). Pour cela, il doit rester au « centre » de l'agenda multilatéral, avec des politiques publiques qui garantissent des opportunités, protègent les droits fondamentaux et visent l'éradication de la pauvreté.
Or, si le développement social se mesure « à l'aune de ses effets sur les populations », comme l'a relevé l'Algérie, force est de constater que ses promesses sont encore loin de la réalité de millions de personnes, ont observé une majorité d'intervenants. Pour preuve, la pauvreté, le chômage et l'exclusion sociale demeurent une « réalité » quotidienne sur le continent africain, touchant particulièrement les femmes et les jeunes, a fait remarquer la Namibie, au nom du Groupe des États d'Afrique.
En Ukraine, la « réalité », depuis le début de l'invasion à grande échelle menée par la Russie, prend la forme d'une hausse du taux pauvreté, passé de 43 à 65% chez les familles avec enfants. Aujourd'hui, a souligné la déléguée ukrainienne, 3,3 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays et 1,6 million d'enfants ukrainiens sont obligés de vivre « sous occupation russe temporaire ». À Cuba, la « réalité » a les traits des retombées de « l'agression des États-Unis », qui affectent « directement et gravement » les séniors, les personnes handicapées, les femmes, les enfants et les familles, tous privés d'un accès au carburant, à l'électricité, à la nourriture, aux médicaments, aux services de santé et à d'autres biens essentiels.
Au Myanmar, selon son représentant, le droit au développement est « totalement hors de portée » à cause du « coup d'État militaire illégal » qui, depuis février 2021, soumet la population à des « circonstances tragiques ». En Haïti, ce sont près de 1,5 million de personnes qui sont déplacées et 2,8 millions d'enfants qui ont besoin d'une assistance humanitaire en raison de la situation chaotique du pays.
Par ailleurs, des millions de jeunes -première génération à avoir grandi en utilisant les technologies numériques- font face à une « vague d'anxiété sans précédent », en raison de la totale réécriture du marché du travail par l'intelligence artificielle (IA), ont alerté plusieurs délégations. Si le développement social veut être « véritablement inclusif », nos systèmes éducatifs doivent intégrer d'urgence une « alphabétisation globale en IA », a plaidé une jeune déléguée de la Roumanie.
Il est tout aussi difficile de parler d'un « véritable développement social » quand le système économique international place de nombreux pays face à un compromis difficile entre le remboursement de la dette et l'investissement dans leur population, a encore estimé la Tunisie.
Le sujet des droits des femmes a lui aussi fait apparaître une certaine déception au sein des délégations, celle du Brésil évoquant des « reculs indéniables », notamment en Afghanistan. Le représentant de ce pays n'a pu que le confirmer, insistant sur la résistance des femmes afghanes et sur la nécessité pour la communauté internationale de leur venir en aide, en refusant l'impunité. Pour cela, a-t-il dit, il est essentiel de soutenir les efforts qui visent à « ériger l'apartheid de genre en crime contre l'humanité ».
La Tunisie a, pour sa part, noté qu'alors que la Troisième Commission débat de cette question, « des millions de femmes continuent de travailler et de prendre soin de leur famille sans salaire ni protection adéquate ».
L'Indonésie a appuyé ce constat en arguant que les femmes restent confrontées à la violence, à la sous-représentation dans les processus de prise de décisions, en plus d'être exposées à de nouveaux risques dans l'espace numérique. Elles continuent aussi de subir le poids des conflits, de la pauvreté et de la violence, tandis que les inégalités persistantes limitent leurs droits et leurs opportunités, a renchéri le Viet Nam.
Cette « réalité » décrite, de nombreuses délégations ont aussi fait état d'avancées. En Haïti, où sévissent les gangs, le Gouvernement a ainsi institué deux pôles judiciaires spécialisés, destinés à renforcer la lutte contre l'impunité, les crimes de masse et les violences sexuelles. De son côté, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a indiqué faire de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, notamment celles exercées par un partenaire intime ou liées aux accusations de sorcellerie, une priorité nationale.
Convaincu que les femmes ne pourront atteindre l'égalité des genres tant que la violence à leur égard reste généralisée, le Saint-Siège a rappelé que la majorité des victimes de la traite sont des femmes et des filles exposées à la violence, à l'exploitation et à la réification, « ce qui porte atteinte à la dignité humaine qui leur est conférée par Dieu ».
Le Liban s'est enorgueilli du fait que les femmes représentent désormais plus de la moitié de ses étudiants de l'enseignement supérieur et de ses juges de tribunaux civils. Aux élections municipales de 2025, la représentation des femmes a presque doublé, a-t-il ajouté. La Fédération de Russie a, elle, annoncé qu'elle accueillera à l'automne 2027, à Saint-Pétersbourg, le cinquième Forum féminin eurasien, dont les thèmes prévus sont la sécurité sociale et humanitaire, et l'impact des technologies contemporaines et de l'IA sur le marché du travail.
La Troisième Commission, qui a entamé en fin de séance sa discussion consacrée aux droits de l'enfant, reprendra ses travaux demain, mercredi 7 octobre, à partir de 10 heures.