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[LUM#23] Le tribut de l’Afrique

[LUM#23] Le tribut de l'Afrique

[Magazine LUM] - Publié le 7 mai 2026 dans Science-Société

Hausse des températures, sécheresse prolongée, mousson retardée… L'Afrique prend le réchauffement climatique de plein fouet, et les agriculteurs sont en première ligne, ce qui met en péril la sécurité alimentaire. Comment faire pour limiter les dégâts sur un continent déjà vulnérable ? Eléments de réponse avec Benjamin Sultan, spécialiste du changement climatique au laboratoire Espace-Dev.

Récolte de sorgho, Sénégal © IRD - Anaïs Boury

S'il est un phénomène qui ne s'encombre pas de justice, c'est bien le réchauffement climatique. Avec 7% des émissions cumulées depuis la période industrielle, l'Afrique est le continent qui a émis le moins de gaz à effet de serre. Et pourtant elle se réchauffe autant sinon plus rapidement que le reste du globe. Une menace qui s'ajoute aux nombreux défis auxquels fait face l'Afrique comme la sécurité alimentaire, la pauvreté et l'instabilité politique. Par ailleurs, le continent est « très vulnérable car il dépend beaucoup de la production agricole et manque de moyens pour s'adapter », décrit Benjamin Sultan, chercheur au laboratoire Espace-dev.

« 50 % ce serait du jamais vu »

En Afrique comme ailleurs, les températures augmentent et les évènements extrêmes se font de plus en plus fréquents. La sécheresse, avec laquelle les agriculteurs africains composent depuis toujours, s'intensifie. « Elle peut être liée à un déficit de précipitations comme c'est le cas pour le Sud de l'Afrique ou bien à la chaleur qui augmente l'évapotranspiration, ce qui provoque un stress hydrique pour la plante », explique le spécialiste du changement climatique qui consacre ses recherches au continent africain. Et moins d'eau, c'est moins de rendements. « On s'attend notamment à des pertes nettes de sorgho et de mil de 10 % si on dépasse les + 1,5 degré, un rendement qui pourrait même être divisé par deux dans les scénarios à + 3 degrés. »

Avec un impact majeur sur la sécurité alimentaire car ces céréales sont des cultures vivrières très importantes en Afrique. « Une baisse de 10 à 20 % pendant plusieurs années provoque déjà une crise alimentaire, 50 % ce serait du jamais vu », alerte Benjamin Sultan. Sans compter que la température affecte les conditions de travail des agriculteurs. « On estime qu'une augmentation de 3 degrés réduirait la capacité de travail de 30 à 50 % en Afrique », détaille Benjamin Sultan.

Crise alimentaire

Et le réchauffement climatique n'affecte pas uniquement la quantité de nourriture produite, il impacte également sa qualité nutritionnelle. En cause : l'augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique. « Même en maintenant la production, les apports nutritifs des végétaux sont plus faibles », explique le spécialiste. (Lire Si les plantes ne nous nourrissaient plus)

Si la partie végétale du bol alimentaire est directement affectée, les sources de protéines animales sont aussi sur le grill. « Le manque d'eau impacte la qualité du fourrage et les fortes chaleurs menacent la santé du bétail. Cela entraine une grosse mortalité dans les cheptels et une envolée des prix de la viande », souligne Benjamin Sultan qui précise qu'au-delà de 2 degrés supplémentaires on perdrait 30 à 40 % sur la productivité des pâturages (France info, 10/02/2026). Si l'on ajoute à cela l'impact sur la pêche qui affecte la ressource en poisson, tous les ingrédients sont réunis pour faire planer la menace d'une crise alimentaire.

Diversifier pour mieux s'adapter

« Il n'y a pas de retour en arrière possible, mais beaucoup de conséquences du changement climatique pourraient être évitées grâce à une meilleure gestion du risque climatique », tempère Benjamin Sultan. Objectif : s'adapter, par exemple en mettant en place un système d'alerte. « Il pourrait être déclenché dès les prémices d'un épisode de sécheresse ou de canicule pour accélérer l'aide alimentaire. »

Des leviers d'adaptation qui pourraient aussi être actionnés plus en amont, notamment en diversifiant les cultures pour rendre les agriculteurs moins vulnérables, « mais aussi en leur proposant de diversifier leurs activités, afin d'avoir une autre source de revenus en cas de mauvaise année », complète Benjamin Sultan qui précise que l'aversion au risque est très importante en Afrique. « Et pour cause : ici une mauvaise récolte peut être synonyme de mort, alors les agriculteurs savent déjà très bien anticiper, mais ce niveau d'anticipation suffira-t-il face à un risque qui est en passe de devenir permanent » s'interroge le chercheur ?

3,8% du financement mondial

Un tableau bien ombrageux qui peut aussi être regardé sous un autre jour, car l'impact du réchauffement climatique sur l'agriculture en Afrique pourrait être compensé par une transformation du système agricole. « C'est un des endroits du monde où les rendements pourraient être multipliés par 3. Il existe des leviers qui ne sont pas encore actionnés dans les domaines de l'agronomie, l'économie, la protection de l'environnement », détaille Benjamin Sultan. Lesquels ? Les progrès techniques, la mécanisation, l'achat d'intrants ou de variétés plus productrices, l'intégration au marché, la mise en place d'un système d'assurance. « Le potentiel est énorme, et si on met des choses en place cela pourrait permettre de gommer l'impact du réchauffement climatique », tempère le chercheur.

Et le nerf de la guerre, comme souvent, ce sont les financements. « À commencer par celui de la recherche ! Aujourd'hui seuls 3,8% du financement mondial sur la recherche climatique sont dédiés à l'Afrique, il n'y a pas assez de chercheurs africains pour aider les agriculteurs, mais également pas assez de données, pas assez d'observations, pas assez de publications », déplore le chercheur. Et c'est un fait : il y a moins d'études sur le sorgho et le mil que sur le blé, le maïs ou le soja. « Il est grand temps d'augmenter les moyens alloués à la recherche en Afrique », assène Benjamin Sultan. Et de donner plus de blé pour le mil.

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Mots clés : Climat, LUM#23, LumLu, Magazine LUM, Recherche, Science, Société

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